Dans son atelier, Alain Aubin sculpte le bois et exploite ainsi le côté artistique de sa formation.

Métier: tailleur de pierre

Martin Aubin est tailleur de pierre, un métier rare. Pour l'exercer aux États-Unis, il a besoin d'un visa «spécialisé» que le pays délivre à un «étranger ayant des habiletés extraordinaires».
Martin Aubin a travaillé sur l'Église des Mormons, à Montréal, en 2015.
Une flèche néo-gothique de l'Université de Yale, aux États-Unis.
Non, les tailleurs de pierre ne courent pas les rues. Québec, ville quatre fois centenaire, recèle plusieurs bâtiments et ouvrages dont la restauration serait impossible sans eux. Depuis neuf ans, Martin Aubin a ainsi travaillé sur le Château Frontenac, le parlement, la Citadelle, les remparts, la porte Saint-Jean, l'église de Notre-Dame-de-Foy.
Sur les chantiers, il se fait appeler le «faux Français», parce que les «cousins» sont réputés pour leur expertise et leur expérience en taille de pierre. Pensez à leurs églises médiévales ou au pont du Gard, construit au 1er siècle. Ils tiennent mieux le coup que les constructions d'ici. «Nos pierres ont du mal à résister au gel et au dégel, explique Martin Aubin. L'eau les pénètre, elle crée de l'expansion en gelant.»
L'artisan de 42 ans peut donc dire merci à la vieille ville de Québec et à son climat: c'est grâce à eux qu'il peut mettre à profit ses «habiletés extraordinaires».
Une fresque sculptée par Martin Aubin pour Harvard
Sous-contractant pour Briquetal, Martin Aubin a travaillé sur la restauration des pierres du Château Frontenac.
Université de Harvard
Martin Aubin a participé, l'an dernier, à la restauration de la façade de la faculté de médecine de Harvard, à Boston, et des flèches néo-gothiques de l'Université Yale, dans le Connecticut. Il n'a pas eu besoin d'aller aux États-Unis, il a pu travailler à Saint-Nicolas, sur le site de l'entreprise qui l'embauchait, Technoprofil.
Il s'était fait remarquer par les fresques de granit blanc (une pierre très dure) qu'il avait sculptées, l'année précédente, sur l'Église des Mormons de Montréal.
Mis au fait que des architectes américains préparaient un gros chantier sur le bâtiment de la Cour suprême des États-Unis et sur le Capitole, à Washington, il a fait des démarches pour y être embauché. Il s'agit d'un projet de taille de marbre du Vermont, une affaire d'un an qui débutera en mai. Il lui manque son visa, mais il est prêt à partir.
Aux États-Unis, la formation de tailleur de pierre n'est pas courante. Martin Aubin, lui, a appris son métier de sculpteur à la Maison des métiers d'art de Québec, qui relève du Cégep de Limoilou. Il a commencé sur le tard, à 30 ans, après avoir travaillé dans les domaines de la construction et de l'agriculture biologique.
Il est embauché par des entreprises spécialisées dans le patrimoine ou par des usines de transformation de la pierre, qui fabriquent des comptoirs de cuisine, par exemple. Il est habitué à la pierre très dure de l'Amérique du Nord, qui requiert des scies diamantées et des ciseaux faits avec du carbure de tungstène.
«C'est un métier difficile, mentionne-t-il. Les journées sont longues, il fait souvent froid, on est sur des échafaudages, on développe des tendinites. Ça demande beaucoup de minutie.» S'il est engagé à Washington, il devra en outre travailler loin de sa blonde et de leurs deux enfants de 5 et 2 ans.