Maisons écoresponsables: du design en harmonie avec la nature

Marie-Anne Dayé
Marie-Anne Dayé
Collaboration spéciale
Parmi les gestes à poser pour réduire son empreinte environnementale figure la construction d’une maison écoresponsable. Ou encore la rénovation de celle que l’on possède déjà pour qu’elle devienne énergétiquement efficace. Deux expertes en la matière nous donnent leurs conseils pour y arriver!

Leur objectif premier, qui relève d’une passion profonde, est de créer des habitations où il fait bon vivre, en harmonie avec l’environnement auquel elles prennent part. Geneviève Mainguy (architecte associée principale et cofondatrice chez Tergos Architecture et construction) ainsi que Marie-Pier D. Bureau (designer d’intérieur et fondatrice de Design DB–Conception d’espaces écoresponsables)  exercent des professions différentes, mais complémentaires, qui visent la construction et la rénovation de maisons avec le moins d’impact possible sur notre planète.

Coactionnaire et fondatrice de Tergos architecture en 2001, Geneviève Mainguy dirige le département d’architecture depuis 2005. Elle a grandi à la campagne dans un milieu où le respect de la nature était une valeur très importante. «Pour moi, l’architecture écoresponsable, c’est simplement une bonne architecture, une architecture intelligente, un juste équilibre entre qualité, écologie et design».

Marie-Pier D. Bureau a démarré son entreprise Design DB–Conception d’espaces écoresponsables en 2015. «Je voulais faire les choses différemment, apporter quelque chose de positif dans le monde et laisser ma trace en créant un projet d’entreprise qui me ressemble», dit l’entrepreneure.

Cette maison a été conçue par l’équipe de Tergos Architecture et construction.
À l’intérieur de la maison, on retrouve un lambris de bois blanchi sur les murs, du bois lamellé-collé sur les planchers de certaines pièces et une dalle chauffante sur celui de la cuisine. La résidence a été conçue pour atteindre les certifications Novoclimat 2.0 et LEED pour les habitations.

Pour elle, la maison idéale est celle qui est «100 % saine et autonome, autosuffisante en eau, nourriture et en énergie».

Revenir aux bases

Depuis quelques années, on entend de plus en plus parler d’écoresponsabilité dans le domaine de la construction et du design. Pour Marie-Pier, une chose est claire : «l’écoresponsabilité, ce n’est pas une mode que l’on doit adopter aujourd’hui pour suivre la vague et changer nos façons de faire quand le trend sera passé. C’est une façon d’être, de vivre et de réfléchir, c’est profondément ancré en nous», soutient-elle.

Fervente adepte des techniques traditionnelles et des matières naturelles, elle préconise le bois et la pierre naturelle dans ses projets de rénovation. «Pourquoi dépenser des millions de dollars pour inventer quelque chose qui n’existe pas si en bout de ligne c’est nocif pour la planète et pour ses habitants?» se demande-t-elle.

Les articles de seconde main sont nombreux, tels que les chaises du salon, les luminaires de la cuisine et les portes noires. Chacun des éléments a été choisi avec soin et patience. «Lorsqu’on fait un projet comme celui-là, il ne faut pas s’attendre à tout trouver le jour 1», selon l’équipe de Design DB-Conception d'espaces écoresponsables.
Cette rénovation, pensée et exécutée par Design DB-Conception d'espaces écoresponsables, met de l'avant les matériaux naturels tels que le bois franc d'une essence nord-américaine et l'ardoise du Québec.

Les maisons en chanvre avec une finition à la chaux sont, selon elle, une belle avenue à explorer, car elle les considère comme étant efficaces sur le plan écologique et esthétique. «La transformation [de cette fibre] nécessite très peu d’énergie grise, la culture n’a généralement pas besoin d’engrais ou de pesticides et elle absorbe du CO2 le long de sa croissance», peut-on lire sur le site Web d’Éco-Habitation.

Choisir les bons matériaux

Ce qui fait jaser de plus en plus en matière d’architecture écoresponsable, selon Geneviève, est la maison passive, qui commence à être de plus en plus connue au Québec. «Grâce à sa conception bioclimatique, son isolation et son étanchéité supérieure, elle permet d’économiser 80 % de l’énergie utilisée en chauffage et en climatisation. Elle est une réponse concrète à la lutte aux changements climatiques, en phase avec la tendance actuelle prônant la réduction optimale de la consommation des ressources», explique l’architecte.

À défaut d’adopter un tel type de maison, on peut favoriser certains matériaux pour une habitation plus écologique, comme la charpente de bois lamellé-collé et le CLT (cross laminated timber), qui apportent de la chaleur et une touche industrielle au design, note-t-elle. «Le bois massif offre également l’avantage d’être une excellente masse thermique et contribue à réguler l’humidité à l’intérieur de la maison», poursuit-elle.

Elle mentionne également le bois brûlé Shou Sugi Ban, une méthode traditionnelle japonaise. «Ce procédé de conservation permet d’éviter l’utilisation de produits de finition, ne nécessite pas d’entretien et prolonge la durée de vie du bois en le rendant plus résistant aux insectes et à la pourriture».

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5 CRITÈRES POUR UNE MAISON ÉCORESPONSABLE

Marie-Pier D. Bureau, designer d'intérieur et fondatrice de Design DB-Conception d’espaces écoresponsables

Selon Marie-Pier D. Bureau, designer d'intérieur et fondatrice de Design DB…

  • Elle est déjà construite et les matériaux qui la composent ont déjà été créés, extraits, transformés et transportés.
  • Elle consomme peu d’énergie. Pour chauffer, climatiser, ventiler et approvisionner une maison en eau chaude, ça prend de l’énergie. Pour produire de l’énergie, ça prend des ressources naturelles, des matières, premières, du transport, des usines de transformation. Bref, tous des éléments qui affectent nos écosystèmes.
  • Elle contribue à maintenir et améliorer la qualité de l’air, pour le bénéfice de tous, en étant fabriquée à partir de matériaux naturels et de finitions saines pour l’environnement. Il faut éviter les produits pétrochimiques, les produits qui demandent un grand processus de transformation, les produits qui demandent beaucoup de transport, les finitions chimiques et tout ce qui dégage des composés organiques volatils (COV).
  • Elle consomme peu d’eau potable et contribue à ne pas embourber les usines de traitement des eaux inutilement.
  • Elle est meublée et décorée avec des accessoires de seconde main. Utiliser ce qui existe déjà contribue à diminuer la quantité de déchets qui se retrouvent à l’écocentre, à l’incinérateur ainsi qu’au centre d’enfouissement, en plus d’apporter plus de charme et d’originalité à vos intérieurs.

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Geneviève Mainguy, architecte chez Tergos

Selon Geneviève Mainguy, architecte chez Tergos…

  • Elle s’intègre avec sensibilité et respect dans son environnement, qu’il soit naturel ou plus urbain. L’implantation et la volumétrie doivent répondre au contexte spécifique du projet. Le paysage, les traditions et le savoir-faire local sont pour Geneviève une source d’inspiration donnant une profondeur historique et sociale au design.
  • Elle est une conception bioclimatique, c’est-à-dire qu’elle sait tirer profit des conditions d’un site et est en parfaite harmonie avec son climat. À notre latitude, nous recherchons des gains solaires passifs en hiver, une occultation solaire adéquate en été ainsi qu’une ventilation naturelle efficace. Cette approche permet de concevoir une architecture naturellement plus confortable pour ses occupants.
  • Elle comprend des matériaux à faible énergie intrinsèque (énergie mise en œuvre tout le long du cycle de vie du matériau) de provenance locale, sains (sans COV) et naturels, à haute teneur en contenu recyclé et recyclable en fin de vie. Lorsque le contexte s’y prête, l’intégration de matériaux récupérés permet de valoriser des matériaux nobles et d’ajouter de l’âme à un espace. L’utilisation de matériaux durables dans le temps et nécessitant moins d’entretien est aussi à prioriser. C’est un investissement payant sur le long terme.
  • Elle est efficace sur le plan énergétique. Il est donc important de prioriser une enveloppe performante (isolation supérieure, couverture des ponts thermiques, qualité des fenêtres et grande étanchéité à l’air) pour le bâtiment plutôt que de miser sur des systèmes mécaniques coûteux (panneaux solaires, géothermie, etc.)
  • Elle présente une esthétique durable et saura traverser le temps et les modes. La qualité et le confort des espaces intérieurs sont également importants : lumière et ventilation naturelles, stabilités thermique et hygroscopique et isolation acoustique. Après tout, nous passons près de 90 % de notre temps à l’intérieur des bâtiments!