Maison bigénérationnelle: prêcher le bonheur

L'enthousiasme du Dr Simon Biron est contagieux. Quand il parle de sa maison bigénérationnelle et de tous les petits bonheurs qu'elle procure à sa famille au quotidien, il se veut épidémique. Il prêche une «densification douce» dans les vieux quartiers comme Sillery.
Un beau portrait de famille: Simon Biron, Elliot, Jasmin, Mathilde, Camille Hardy et Marie-Ève
«Nous sommes passés d'une moyenne d'âge de 69 ans à 39 ans et nous avons triplé la population», clame M. Biron en parlant de sa maisonnée agrandie, aujourd'hui occupée par sa fille cadette, son conjoint et leurs deux enfants, ainsi que sa femme et lui. C'est ce qu'il a plaidé au conseil de quartier, devant des gens opposés à la densification.
Son expérience familiale et écologique, il veut la partager et, pourquoi pas, faire qu'elle devienne un sujet de discussion dans les chaumières pendant les Fêtes. 
Récapitulons. Simon Biron et Camille Hardy habitent l'avenue du Parc-Beauvoir à Sillery depuis 1978; dans une première maison d'abord, puis dans celle-ci à partir de 1987. Ils sont tombés amoureux de cette belle demeure conçue par l'architecte Roger Villemure. Vestibule exemplaire, fenestration omniprésente, lattes de bois au plafond, aire ouverte, salon en palier et chambres au sous-sol, comme «chez mon père», lance M. Biron.
Le couple y a élevé ses trois enfants, Stéphanie, Thomas et Marie-Ève, qui ont fréquenté les écoles toutes proches. Une fois que ceux-ci sont partis faire leur vie, la maison est devenue grande. «On a regardé un peu les condos», raconte Mme Hardy sans grande conviction.
Entre-temps, sa fille cadette Marie-Ève était installée à Saint-Gilles avec sa famille. Elle perdait une heure de voyagement matin et soir entre la maison, le travail et l'école des enfants à Québec, justement près de chez ses parents. «L'hiver, avec la neige, j'étais inquiète de les savoir sur la route», poursuit Mme Hardy, qui se dit mère poule.
C'est alors que son mari et son gendre Jasmin ont eu la même idée d'un projet d'agrandissement pour qu'ils vivent tous ensemble, mais chacun dans leurs quartiers. L'employeur de Marie-Ève s'était déplacé de Saint-Nicolas à Québec. Tout penchait en faveur d'un déménagement.
«Avant de construire leur maison à Saint-Gilles, Marie-Ève et Jasmin ont habité ici un certain temps. On a déjà vécu la cohabitation. On était fait pour bien s'entendre», mentionne Mme Hardy, qui convient que ce mode de vie n'est pas fait pour tout le monde. 
Elle précise ne jamais intervenir dans la vie de sa fille et de son gendre; sauf quand ils ne sont pas là et qu'il faut s'occuper des enfants, Elliot et Mathilde, aujourd'hui âgés de 9 et 7 ans.
Leur grand-mère, professeure de formation, va les cueillir à la sortie des classes et les aide pour les devoirs au besoin. «Ce n'est pas une obligation. Le service de garde est toujours disponible pour eux.»
Leur grand-père, lui, raconte avec fierté que le deuxième jour de leur arrivée, en rentrant de l'école après 10 minutes de marche au lieu d'une heure de voiture, Elliot s'est exclamé : «Ça, c'est de la qualité de vie!» Tout était dit.
Chacun ses quartiers
Et comment vit-on à deux familles dans cette maison? Un corridor commun sert d'entrée principale, volontairement dénudé, au cas où les enfants voudraient «jouer au hockey».
À droite, une porte s'ouvre sur les appartements des grands-parents, l'annexe qui a été ajoutée en 2015. Un escalier mène à l'étage, mais un espace a été conçu pour recevoir un ascenseur au besoin. Pour le moment, il sert de rangement.
En haut, la pièce à aire ouverte est inondée de lumière. Par les grandes fenêtres, Mme Hardy et M. Biron voient les saisons défiler et leurs petits-enfants jouer juste en bas. Ils ont accès à une terrasse sur le toit avec un auvent rétractable, le seul coin extérieur qu'ils ont à entretenir. «Ça nous libère beaucoup», souligne Mme Hardy.
Leur condo tout neuf, conçu par CCM2 architectes et réalisé par B-Tay construction, compte deux chambres et deux salles de bain pour leur permettre de continuer de recevoir. Tout est coquet et confortable. 
De retour au rez-de-chaussée, à gauche du corridor commun, une autre porte s'ouvre cette fois sur une colonie de lutins prêts à jouer au hockey. Il faut dire qu'une belle patinoire occupe la cour arrière, l'oeuvre de Jasmin, spécialiste en glace.
Nous sommes cette fois dans la maison où Marie-Ève a grandi et où elle élève aujourd'hui ses enfants. Son conjoint et elle ont rénové une salle de bain et changé les revêtements au sol. Autrement, la demeure n'a pas pris une ride avec ses belles divisions, sa grande fenestration, son mélange de bois, son petit mur de béton.
L'ensemble des deux logis respire à la fois l'intimité et l'unité.
Un projet d'un an et demi
Avant de se lancer dans l'aventure, Mme Hardy et M. Biron ont tenu à consulter leurs deux autres enfants, ainsi que leurs voisins. Une fois les assentiments obtenus, ce projet bigénérationnel a mis un an et demi à se concrétiser. Mme Hardy raconte que les démarches ont été longues avec la Ville de Québec. Comme ils habitent un arrondissement historique, le ministère de la Culture avait aussi son mot à dire. Hauteur de construction et choix de matériaux ont suscité de nombreuses discussions. «Ça a été pénible», lâche M. Biron, qui s'est impliqué de près, qui a rencontré les fonctionnaires, qui leur a apporté des échantillons de revêtement. 
«Pour nous, une maison bigénérationnelle devrait être encouragée! Mais dans les permis à obtenir, ils considéraient ça comme un agrandissement. On a les contraintes de la bigénérationnelle, mais aucun avantage», poursuit Mme Hardy. La maison est taxée pour deux logements, deux aqueducs, deux égouts. Et leur condo ne pourra jamais être mis en vente ni être loué à quelqu'un d'autre qu'un membre de la famille.
Mais pour le moment, Mme Hardy et M. Biron souhaitent rester chez eux le plus longtemps possible. Et après eux, ils présument que Marie-Ève et Jasmin s'installeront peut-être dans leur condo pour faire place à un de leurs enfants.
Cette grande maison familiale sert d'ancrage, de point de rassemblement. À Noël, ils seront 13 avec les grands-parents, les parents et les petits-enfants réunis autour de «l'arbre de papi», le même depuis toujours, érigé au même endroit dans le salon d'origine.
On comprend M. Biron de vouloir prêcher le bonheur.
Lauréate aux Mérites d'architecture
La maison avant l'agrandissement...
... et après l'agrandissement
Vous l'aurez peut-être reconnue, la Résidence BH (pour Biron-Hardy) a été lauréate d'un Mérite d'architecture récemment, dans la catégorie Habitation - Rénovation-Agrandissement.
Quand l'architecte Mathieu Morel de CCM2 a vu la maison d'origine, entourée de son terrain boisé, il a été charmé et a immédiatement accepté le mandat. Le défi, dit-il, était de créer un nouvel espace isolé et de profiter d'une grande terrasse sur le bâtiment existant.
La structure n'a pas permis d'aménager une toiture jardin sur toute la surface, mais le condo dispose tout de même d'une belle aire extérieure. «Le plus intéressant a été de travailler la tête dans les arbres; il y a une proximité avec le feuillage», dit l'architecte.
Il explique s'être servi de ce qui était déjà en place. «Il y avait un carport à l'origine. C'était l'idée de M. Biron de vouloir construire leur unité au-dessus de cet espace-là, qui servirait d'entre-deux pour combiner un cabanon, un atelier, la machinerie, le système de géothermie et qui permettrait d'intégrer l'escalier. Leur condo est comme un cube qui vient s'asseoir sur cette boîte.»
Mathieu Morel a travaillé avec les mêmes teintes que le bâtiment d'origine, mais en délaissant le crépi. Il a plutôt utilisé un parement d'aluminium blanc et lisse. Et pour imiter les soffites en bois, il a opté pour un autre parement d'aluminium qui imite le bois, mais sans demander d'entretien.
Quels conseils donnerait-il aux gens qui envisagent d'aménager une maison bigénérationnelle? Évaluer les besoins de proximité et d'intimité, répond-il d'emblée. «Il faut savoir jusqu'où on pousse les rencontres. Est-ce qu'on préfère une entrée commune ou des entrées séparées? Quelles pièces on veut partager? La salle de lavage?»
Il ajoute que les besoins sont différents d'une famille à l'autre, selon s'il y a ou non des enfants. Certaines personnes veulent tout prévoir pour vivre à la maison jusqu'à la fin. «Il faut être prêt à échanger sur tout ça avec ses enfants.»
Deuxième vie
Mathieu Morel voit d'un bon oeil la transformation de résidences vouées à dépérir parce que les occupants prennent de l'âge et ont moins d'intérêt à entretenir. Des maisons qui se vendent plus ou moins bien, soulève-t-il. Quand il regarde la Résidence BH, il a cette agréable impression de lui avoir donné une deuxième vie. 
«Nous aurions déboursé plus de 500 000 $ pour un condo haut de gamme dans notre secteur. Nous pouvons donc considérer que nous avons fait le bon choix», conclut Camille Hardy en restant discrète sur le budget investi.