À la cuisine, les comptoirs sont plus bas, excepté celui qui recouvre le lave-vaisselle.

Maison adaptée: des propriétaires en quête de bien-être

En arrivant chez Mario Trudel et Johanne Racine, un détail frappe le visiteur. La sonnette est plus basse qu'habituellement. «C'est une erreur de l'électricien, une erreur du pitcher», dit en riant la propriétaire, qui n'a pas besoin de sonner chez elle.
À l'intérieur toutefois, les prises électriques sont plus hautes et les interrupteurs, plus bas. Et pour cause. Johanne Racine, secrétaire à la retraite, est atteinte du syndrome de Morquio, une maladie rare et orpheline. Elle mesure quatre pieds. Son conjoint, analyste en sécurité de l'information, se déplace en fauteuil roulant.
Tous les deux ont vécu en condo durant 10 ans. Un logement avec vue sur le fleuve qu'ils avaient acheté sur plans et adapté à leurs besoins. «On trouvait qu'on manquait de terrain, de verdure», explique Monsieur qui est sportif. Le couple a jonglé avec l'idée d'acheter un chalet en plus du condo. Puis tant qu'à payer pour deux endroits, a décidé de magasiner une maison avec cour. C'est alors qu'a commencé la tournée des développements résidentiels.
<p>L'évier double est aussi moins profond.</p>
Accommodements
«Malheureusement, ils construisent pratiquement juste du deux étages pour respecter les normes» d'harmonisation, a constaté Mario Trudel. Aussi, avec toutes les adaptations dont ils avaient besoin pour le terrain et la maison, ils ne se sentaient pas partout les bienvenus, poursuit sa conjointe.
En arrivant au Domaine de l'érable rouge à Sainte-Foy, le vent a tourné. «Les gens étaient plus ouverts à faire des accommodements, on l'a senti tout de suite», indique Johanne Racine. Autres points positifs, le quartier mélangeait bungalows et cottages et d'autres personnes handicapées y étaient déjà installées. «C'est ici qu'on a eu envie de venir.»
La condition était d'avoir un terrain en coin de rue, de superficie suffisante pour recevoir une maison d'un étage avec garage double. Ce qu'ils ont obtenu.
Malgré l'expérience du condo, le couple a mis un an à travailler sur les plans avec l'architecte. Plans qui ont été revus par Daniel Bouchard, un technicien en architecture d'Action-Habitation, qui les a conseillés et qui a fait quelques suggestions. «Entre autres, une des salles de bain était trop petite selon les normes pour le pivotement d'un fauteuil.»
Mario Trudel et Johanne Racine ont également embauché un inspecteur pour six étapes cruciales durant les travaux. «Ça vaut la peine et l'investissement, on ne pouvait pas avoir accès au terrain. Et de toutes façons, c'est une bonne pratique générale d'avoir un surveillant de chantier», souligne le propriétaire.
Résultat, après trois mois de construction (et trois semaines de retard), le couple a emménagé dans sa maison, bien adaptée à deux types de handicaps différents.
<p>Une plate-forme élévatrice mène au sous-sol.</p>
Les assurances de Mario Trudel, un accidenté de moto (SAAQ), ont payé une bonne partie des coûts supplémentaires dûs à l'adaptation. Monsieur souligne que ces coûts sont moins élevés pour une maison neuve que pour une maison existante. Par exemple, installer des portes coulissantes plutôt que des portes standard ou demander des comptoirs plus bas entraîne peu ou pas de frais supplémentaires lorsque c'est prévu dès le départ.
Il s'agit toutefois de bien des détails à penser. Johanne Racine constate parmi leurs amis handicapés que peu ont un logement adapté. Certains ont peur que le propriétaire augmente le loyer. Beaucoup ne connaissent pas les programmes comme celui d'adaptation de domicile (PAD), ne savent pas qu'ils peuvent recevoir l'aide d'ergothérapeutes, de techniciens en architecture.
«C'est du taponnage!» entend-elle souvent. «Les gens travaillent, ils sont fatigués, ils n'ont pas le temps de penser, ne savent pas par où commencer. Mais ça vaut tellement la peine!»
Elle donne l'exemple des copropriétés, où il faut convaincre le conseil d'administration pour faire installer des portes électriques à l'entrée. Selon elle, il importe alors de bien argumenter. «Ça peut aussi aider les mamans avec leurs bébés, les personnes plus âgées qui ont du mal à se déplacer. Une adaptation peut aider bien du monde.»
Beaucoup de personnes handicapées pensent qu'elles ne peuvent pas avoir de maison, poursuit Johanne Racine. Son conjoint et elle prouvent le contraire. La clé du succès pour avoir une demeure réellement adaptée : «Il faut investir du temps. Et l'architecte, on le tanne!»
<p>Dans chaque salle de bain, un espace dégagé de 60 pouces de diamètre permet de circuler facilement.</p>
Des trucs auxquels il faut penser
Mario Trudel et Johanne Racine ont tout réfléchi et tout magasiné ensemble pour adapter leur maison à leur situation. À les voir évoluer avec aise chez eux, on comprend que la réflexion a porté fruits. Fait intéressant et économique, presque tout ce qu'ils ont trouvé pour les aider au quotidien est du matériel standard et non pas fait sur mesure.
À la cuisine, les comptoirs sont plus bas, excepté celui qui recouvre le lave-vaisselle. Une plaque de cuisson séparée du four mural permet de dégager sous le comptoir pour que Mario Trudel puisse glisser les jambes.
Même logique pour le comptoir lavabo sans armoire en dessous. L'évier double est aussi moins profond. Le congélateur et le réfrigérateur, côte-à-côte, sont moins profonds et plus larges. Une suggestion du vendeur en magasin. «Comme ça, les aliments ne se ramassent pas dans le fond.»
Une plate-forme élévatrice mène au sous-sol.
<p>Pour dévisser-revisser les ampoules, le couple utilise une tige rétractable avec un embout qui enveloppe l'ampoule, «en vente partout».</p>
Dans chaque salle de bain, un espace dégagé de 60 pouces de diamètre permet de circuler facilement. Au sous-sol, un bain-douche standard est muni d'un banc de douche. Au rez-de chaussée, il y a une grande douche standard avec siège.
Toujours dans les salles de bain, un évier avec podium ou un comptoir moins profond et libéré en dessous facilitent encore l'approche du fauteuil roulant. Le couple a déboursé un peu plus cher pour une belle plomberie comme elle est apparente. Laveuse et sécheuse sont à chargement frontale.
Les luminaires ont des ampoules dirigées vers le bas, ce qui facilite leur remplacement. Pour les dévisser-revisser, le couple utilise une tige rétractable avec un embout qui enveloppe l'ampoule, «en vente partout».
<p>Les fenêtres sont plus basses. Johanne Racine les ouvre et les referme à l'aide d'une pince.</p>
Les prises électriques sont plus hautes, les interrupteurs, plus bas. Johanne Racine est arrivée juste à temps le jour de leur installation, l'électricien allait tout mettre à hauteur habituelle.
Les fenêtres sont plus basses. Johanne Racine les ouvre et les referme à l'aide d'une pince.
Pour les fenêtres du sous-sol, le couple utilise des manivelles.
Plusieurs portes sont coulissantes et ont une largeur de 32 pouces. Toutes les sorties sont plain-pied, sans dénivellation, même au garage. Des portes françaises donnent sur la cour arrière, ce qui évite d'avoir un rail à surmonter.
La boîte électrique est installée au rez-de-chaussée et est plus basse. «C'est légal, mais il faut une dérogation au Code du bâtiment.»
<p>Toutes les sorties sont plain-pied, sans dénivellation, même au garage.</p>
Pour l'entretien ménager, l'aspirateur central devient intéressant.
Pas de tapis dans la maison, ce qui est moins plaisant avec un fauteuil roulant.
Si c'était à refaire, Mario Trudel et Johanne Racine ne choisiraient pas un plancher en bois foncé. Ça marque et c'est plus d'entretien. Ils opteraient pour une céramique qui imite le bois.
Autre irritant, la pente du terrain avant est plus inclinée que souhaitée. Ce qui leur complique l'accès à la maison, à eux et à certains amis. Ils ont même dû faire aménager un sentier en serpentin pour atteindre la porte. Mais l'hiver, ça cause problème. «Il y a toujours des imprévus», philosophe Mario Trudel, qui n'hésite pas à dévaler la pente en vélo adapté durant la belle saison.