Magistrale métamorphose

Huit ans de réflexion, six semaines de travaux, deux pièces transfigurées : un condo de Limoilou conserve son cachet malgré une magistrale métamorphose.  
Authenticité et audace dans un condo de Limoilou
Il y a huit ans, un couple de trentenaires a eu un coup de coeur pour un condo de Limoilou. La salle de bain ouvrait sur la cuisine. Les armoires étaient bizarres et les comptoirs, trop bas. Mais les deux hommes avaient une vision. Ils l'ont concrétisée quand ils ont eu assez d'économies pour se gâter.
Leur condo du Vieux-Limoilou, à Québec, est charmant. Une fois le seuil franchi, on aperçoit la cuisine rénovée tout au fond, mais on sent monter une petite émotion devant les murs de planches étroites du salon et du bureau, devant le plancher de larges lattes couleur miel et les moulures rescapées du passé. C'est le Limoilou intact et authentique.
La cuisine affiche un tout autre style, contemporain, oui, mais constellé des détails qui assurent une continuité avec les autres pièces par leur chaleur : le mur de fausses briques et les insertions de placage de bois de grange. L'éclairage indirect à la DEL en rehausse l'impact.
Andy Van Drom et Samuel Grenier, les propriétaires, avaient deux idées de base pour les rénovations de leur cuisine : du noir mat et du blanc lustré. Maude Gagnon, leur designer (de la firme NOVARO Créateur d'habitats novateurs), leur a suggéré des comptoirs de dekton, un matériau qu'on dit solide et résistant à la chaleur. Plus mat et plus noir que ça...
Les armoires blanches sont enduites d'une «simili-laque», tandis que les noires sont recouvertes de fénix, un matériau mat d'aspect soyeux.
L'îlot est surmonté de deux gros luminaires noirs retenus au plafond par des fils rouges. On adore. Trois tabourets hyper confortables, «sans base de chrome», s'assortissent à cet ensemble. Le couple a beaucoup magasiné, avant de les dénicher dans la collection Must de La Galerie du Meuble.
Le bar occupe une niche parée de placage de bois de grange.
Le bar occupe le comptoir perpendiculaire à l'îlot, dans une niche de faux bois de grange qui donne du panache aux bouteilles alignées de façon décorative. «On aime voir nos amis sans aller dans les bars», confie Andy, notre hôte, un jeune homme originaire de Belgique qui s'est vite intégré au quartier Limoilou. «C'est comme un petit village dans une ville.» Ça lui rappelle l'Europe. 
La salle de bain a fait partie du chantier. La métamorphose s'imposait puisque la porte donnait directement sur la cuisine, dans l'espace actuel du bar. Elle a été condamnée et replacée à l'arrière du condo, en face du duo laveuse-sécheuse. Intimité et association avec le coin-buanderie : cet aménagement semble si naturel maintenant.
L'audace caractérise son décor : des petites céramiques hexagonales tapissent le plancher, les murs et les parois de la douche à l'italienne. Il en résulte un effet un peu psychédélique qui s'estompe avec le temps, assure Andy. Parés de faux bois de grange, le miroir et le meuble-lavabo flottant adoucissent le design moderne de cette petite pièce.
Le salon, la salle à manger, la chambre et le bureau n'ont même pas été repeints. Quand le couple a acheté le condo, la peinture était fraîche et les couleurs lui convenaient. Un jour tout deviendra blanc, mais pour l'heure, le cachet des caissons et des petites planches est complet. 
Le mobilier de bois, les oeuvres d'art choisies avec goût (dont plusieurs signées par des artistes québécois) et les objets agencés en vignettes irrésistibles composent un intérieur ravissant.
Outre la salle de bain, à l'écart de la circulation, il n'y a rien d'extravagant chez Andy et Samuel. Ils ont patienté huit ans avant d'entreprendre leurs travaux. Ils ont bien mûri leur projet. Leur souci du détail s'est manifesté jusque dans les seuils d'inox entre la cuisine et les pièces contiguës.
Les travaux ont duré six semaines et ont été confiés à une firme de Limoilou, Docteurs House, un entrepreneur en petits travaux. «On s'est gâté, mais on a l'intention de rester ici longtemps», mentionne Andy.
En rafale
Le budget: il avait été fixé à 60 000 $, mais il est passé à 100 000 $. 
L'anecdote: en «ouvrant» le mur mitoyen de la cuisine, les propriétaires ont constaté qu'il y avait 
eu un incendie dans leur logement.
Le conseil: prenez le temps de réfléchir et de bien connaître votre espace. «On a vu six designers, raconte Andy. Chacun travaille avec ce qu'on leur dit.»
L'inspiration: du noir mat et du blanc lustré pour la cuisine
Le défi: trouver le juste milieu entre la raison, les finances et les coups de coeur.