Madeleine Gagnon ne manque pas de fantaisie. Pour son entrevue avec Le Soleil, elle a endossé les vêtements qu'elle portait pour le lancement de son livre.

Madeleine Gagnon raconte le Petit-Village

Madeleine Gagnon a conservé ses «réflexes de l'enseignante». À 62 ans, elle signe à compte d'auteur un ouvrage sur le Petit-Village, un patelin coincé entre Beauport et Charlesbourg, que la construction de l'autoroute de la Capitale a anéanti.
Intitulé Le Petit-Village d'autrefois, ce livre est une monographie, c'est-à-dire qu'il contient toutes les informations accessibles sur un sujet donné, soit ce quartier de Giffard ainsi nommé en 1912. Il est question d'urbanisme, d'architecture, de système scolaire, de généalogie, de religion, des citoyens qui peuplaient ce bourg, etc. L'historien Michel Lessard a rédigé une préface des plus inspirées.
Les gens étaient attirés au Petit-Village par le travail que leur offraient les communautés religieuses installées au coeur des terres : l'Hôpital Saint-Michel-Archange (surnommé l'asile à l'époque et qui s'appelle aujourd'hui l'Institut universitaire en santé mentale de Québec), l'Orphelinat D'Youville, la Clinique Roy-Rousseau, la Maison généralice des Soeurs de la Charité... «Les religieuses nous ont sortis de l'ignorance et de l'indigence», rappelle l'auteur.
Sa mère et sa grand-mère y ont vécu. «Mon livre est le legs de leur histoire», confie-t-elle. Ce sont d'ailleurs des photos déposées dans une «boîte de tôle» par sa mère qui ont inspiré Madeleine Gagnon pour son livre de 367 pages.
Le Petit-Village était traversé d'est en ouest par une route délimitée par l'ancien quartier Giffard, à l'est de la rue D'Estimauvile, et par l'actuel Trait-Carré, dans Charlesbourg. La construction de l'autoroute de la Capitale, entre 1967 et 1970, a «tout brisé», résume Madeleine Gagnon. De nombreuses maisons ont été détruites ou déménagées. Mais certaines ont survécu aux années et au progrès.
À l'est, le Petit-Village était situé au nord de l'Hôpital Saint-Michel-Archange. Comme l'autobus s'arrêtait au terminus actuel, les habitants devaient faire le reste du trajet à pied, le long de la rue D'Estimauville, la peur au ventre.
Lugubre d'Estimauville
Du nord au sud, le Petit-Village était zébré par les rues Bourg-Royal (anciennement de l'Orphelinat) et D'Estimauville. Cette dernière était lugubre. Elle longeait Saint-Michel-Archange et était isolée. «Les autobus s'arrêtaient au terminus actuel et il fallait faire le reste de la route à pied pour atteindre le Petit-Village», raconte
Mme Gagnon dans son livre. «L'ombre de la longue bâtisse grise, les cris des malades, tout cela faisait battre nos coeurs effarouchés.»
Les Madelinots et les Acadiens ont contribué à l'essor socioéconomique du secteur. Ils ont construit des maisons en bardeaux typiques de leur coin d'origine. Ces maisons à deux niveaux attiraient les gens qui venaient travailler à Saint-Michel-Archange, mentionne l'auteure, car ils pouvaient louer une chambre ou un appartement à l'étage.
Madeleine Gagnon a enseigné le français et l'enseignement moral et religieux à la polyvalente de Neufchâtel. «J'ai le don de raconter avec intérêt, croit-elle. J'ai voulu mettre ces petits détails qui font l'âme d'un livre.»
Le Petit-Village d'autrefois est en vente à la Maison généralice des Soeurs de la Charité de Québec, à la Société d'histoire de Charlesbourg et à la Société d'arts et d'histoire de Beauport. Pour plus d'information : www.petit-village.org