Parti de rien, Rémy Bélanger a dû tout apprendre du métier de forgeron.

Machefer, forgeron et feu sacré

C'est en forgeant qu'on devient forgeron. Pour Rémy Bélanger, le proverbe bien connu prend tout son sens. Parti de rien, il lui a fallu tout apprendre du métier. Aujourd'hui, de véritables petites merveilles franchissent les portes de l'Atelier Machefer, sa shop, comme il se plaît à l'appeler.
Dans la grande région de Québec, on peut compter sur les doigts d'une main ceux qui chauffent, plient, étirent et martèlent le fer. Comme le faisaient nos ancêtres, s'entend. Les biceps de Rémy Bélanger parlent d'eux-mêmes. Des muscles qu'il a développés un coup de marteau à la fois, de la même manière que les techniques qu'il a acquises «par essais et erreurs».
Mâchefer : un mot qui désigne le résidu issu de la combustion du charbon - pour certains, il s'agit également d'un synonyme de limaille -, mais aussi et surtout une aventure qui a commencé il y a 17 ans à L'Ancienne-Lorette et qui se poursuit depuis 1998 à Neuville, dans un bâtiment que le forgeron a aménagé à proximité de sa résidence. Une shop qui lui servait au départ d'atelier de réparation... de chariots d'épicerie!
«Un jour, je me suis demandé ce que je pourrais faire pour les particuliers. Avec une simple plieuse, j'ai conçu ma première pièce ornementale. Par la suite, en 2002, est venue l'idée de la forge. Je ne connaissais absolument rien au métier. J'ai dû faire appel à un forgeron d'expérience pour qu'il me montre comment allumer mon feu. Puis je me suis lancé et j'ai évidemment fait un paquet d'erreurs», raconte le soudeur de formation.
L'évocation de l'apprentissage «infernal» auquel s'est soumis l'artisan incite à poser le regard sur un cadre de fer placé tout près de l'entrée de l'atelier et qui porte l'inscription «Défense de blasphémer». «Ici, il y a juste moi qui a le droit!» justifie l'homme, qui ne manque d'ailleurs pas d'originalité. S'il confirme qu'il garde peu de choses dans sa shop - il fabrique des objets selon les goûts de chaque client -, le décor en dit long sur le personnage.
<p>Difficile de ne pas apercevoir, dans l'atelier, cette horloge encastrée dans le chiffre 666 et qui tourne à l'envers.</p>
Sans limites
Difficile par exemple de ne pas apercevoir cette horloge encastrée dans le chiffre 666 et qui tourne à l'envers. Ou encore l'armoire de style gothique trônant près de son feu et qui contient un assortiment d'urnes funéraires. Tout sourire, voilà que Rémy Bélanger exhibe deux roses qu'une dame lui a récemment commandées et qu'il a enduites d'huile essentielle - de rose - «pour lui faire une surprise».
«Je réalise toutes sortes d'affaires bizarres. Un client m'a déjà demandé un lustre en forme d'hélice d'avion; pour m'inspirer, je suis allé prendre des photos à l'aéroport. Pour un autre, j'ai fait un lutrin personnalisé. Je suis ouvert à tout : il faut que je mange!» témoigne celui qui affirme tirer beaucoup d'avantages à faire ce qu'il fait, mais qui ajoute, du même souffle, que s'il avait voulu être riche, il n'aurait pas choisi le métier de forgeron.
Autrement, l'artisan du fer donne aussi dans le plus traditionnel et crée des enseignes, des accessoires de foyer et de maison, des jardinières, de même que les articles ouvragés plus volumineux que sont les escaliers, les clôtures, les rampes, les portails et les garde-corps. Il assure que sa clientèle lui est fidèle... et que le bouche à oreille fait le reste!