Lumière et transparence à la Verrerie Coquelicot

L'artiste verrier Jean Bélanger insuffle un peu de son âme dans chaque pièce qu'il vend à sa boutique, installée au 152, rue Saint-Paul, à Québec, depuis janvier. Des vitraux, des vases, des oiseaux en verre soufflé, des murs de verre empreint de textures. «C'est une forme d'animisme. Ce qui a été touché par l'artiste véhicule toutes les dimensions de sa personne.»
La boutique Verrerie Coquelicot occupe le rez-de-chaussée d'«une des plus belles maisons de la rue», dit l'artisan qui succède au maître verrier québécois Réjean Burns, aujourd'hui retraité. Comme lui, il offre des lampes de style Tiffany, des vitraux. Pour contrer la réputation vieillotte du vitrail, Jean Bélanger lui donne une autre dimension, très abstraite, très colorée. Et pourquoi ne pas y profiler un Mario Bros, un personnage de contes, une carpe koï? 
«Il y a 20 ans, les gens s'imaginaient que l'art, c'était juste des tableaux», glisse le verrier dont chaque pièce est unique. «Je ne copie pas les choses des autres. Je suis à l'aise avec les gens qui me poussent à créer.»
Dans le milieu depuis presque 30 ans, l'artiste de 51 ans a gagné en assurance et se garde une marge de manoeuvre pour répondre aux commandes sur mesure. Il se fie à son instinct, tout en prenant en considération le design de la maison, la lumière et les couleurs ambiantes. 
Verre fusion
Jean Bélanger s'intéresse aussi au verre à chaud. Il a appris la technique du verre fusion ou thermoformage, à partir duquel il fait des murs décoratifs, des comptoirs, des lampes qui ressemblent à de la glace fondante. 
Sur du plâtre cuit et égalisé, il explique créer des textures à la truelle ou en déposant divers objets. Il recouvre le tout d'une pièce de verre et met au four à un petit peu plus de 800 degrés Celcius, dans son atelier de la rue de l'Éperon. Le processus de chauffage et de refroidissement prend 24 heures. Il en extrait une oeuvre de verre, puis récupère le plâtre pour une prochaine utilisation. 
Un jour, un client lui a remis une boîte pleine de souvenirs à intégrer au verre. Jean Bélanger a pu composer une oeuvre très personnalisée.
«Généralement, j'utilise un verre d'un demi-pouce d'épaisseur, qui est assez lourd et solide.» Il en fait des meubles, des tables, des murs et s'occupe de toute la logistique de support et d'installation.
Outre l'esthétisme, l'artiste fait valoir le côté utilitaire de ses oeuvres. Ses murs laissent passer la lumière tout en préservant l'intimité. «On contrôle une bonne partie de la transparence», dit-il.
Il donne aussi l'exemple des entrées de bungalow, où l'on sent souvent un courant d'air quand on ouvre la porte. Ses panneaux peuvent couper le froid tout en diffusant la clarté. Jean Bélanger aimerait aussi faire plus de portes d'entrée. «Il me semble qu'il y a un potentiel là.»
Dosseret de cuisine, îlot, comptoir, évier de salle de bain, l'artiste montre ses réalisations rassemblées dans un portfolio.
Une vingtaine d'architectes et de designers l'ont fait travailler au fil du temps. On retrouve ses pièces de verre jusqu'à l'aéroport de Boston. Plus près de chez nous, à l'oratoire Saint-Joseph et au Casino de Montréal ou à la poissonnerie Némeau, à Lévis, qui arbore d'impressionnants prismes de verre.
Jean Bélanger vend ses plus grands vitraux ou ses murs en verre fusion entre 750 $ et 2500 $. Mais on trouve aussi à la boutique Verrerie Coquelicot des plus petites pièces à partir de 8 $.
Verre soufflé
Touristes, collectionneurs, amoureux des métiers d'art trouveront leur compte parmi une collection d'articles en verre soufflé, une autre technique maîtrisée par l'artiste. «Les gens sont curieux de savoir comment on met la couleur dans le verre soufflé. Ils croient que c'est de la peinture», mentionne Jean Bélanger en montrant des oiseaux, des chevaux, des poissons teintés. Il rectifie : la couleur vient plutôt de poudre de verre déjà coloré. 
Lors de la confection, il travaille une couche de verre clair, qu'il roule dans la poudre colorée, avant de recouvrir de verre clair. «Tout se passe très vite, en une à deux minutes. Au final, soit l'objet est jeté, soit il est bon.» À noter, pour son verre de soufflage, il utilise de la matière recyclée.
Le résultat est tout en finesse et en transparence. Pour l'artiste, chaque objet a une valeur de communication qui va au-delà de l'apparence. «Un peu comme un objet souvenir qui vaut plus que l'objet lui-même.» C'est la magie des métiers d'art.
Il raconte qu'il arrive qu'un enfant mette tout son cochon sur un petit cheval en verre soufflé. Une reconnaissance qui n'a pas de prix à ses yeux.
Information: Verrerie Coquelicot, 152, rue Saint-Paul, Québec, 418 692-1555 verreriecoquelicot.com