Marie-Sophie Berruex, spécialiste du désencombrement, invoque ses gènes suisses et allemands pour expliquer sa «passion» pour l'ordre.

L'ordre dans les gênes

Ce vase rangé dans l'armoire au-dessus du frigo servira-t-il encore? Relirez-vous tous ces romans qui prennent la poussière dans votre bibliothèque? Ces bibelots «bichonnés comme s'ils avaient une âme», en avez-vous besoin pour évoquer les souvenirs auxquels ils sont rattachés?
Êtes-vous devenu, en somme, «gestionnaire» de votre maison? Voilà l'essentiel des conférences livrées par l'organisatrice professionnelle Marie-Sophie Berruex à l'occasion du salon Expo habitat, qui s'est tenu à Québec à la fin de février. 
Il a été peu question de petits paniers, de housses transparentes ou de chemises à classement. Pour Marie-Sophie Berruex, en effet, l'organisation débute dans la tête et le coeur. Ranger, c'est désencombrer, se défaire de nos biens, lâcher prise. C'est évaluer chaque chose et se demander pourquoi on la garde. Si elle n'est pas utile, ses jours devraient être comptés.
Cette bibliothèque IKEA (la Kallax) sert à la fois de rangement et de division dans cette pièce qui fait office de bureau, de chambre d'amis et de salle de télévision.
«Dans un intérieur encombré, on se sent encombré soi-même, explique-t-elle. On peut difficilement faire des projets, car on pense à la gestion de la maison.»
«Mais les liens affectifs ne sont pas faciles à briser», convient l'organisatrice. Même avec les objets, sur lesquels trop de gens transfèrent leur affection. «Ils les aiment au lieu de les utiliser», résume-t-elle.
Objets du présent
Il faut avoir aidé une personne âgée à casser maison pour mesurer la futilité des choses. Quand une vie entière doit être compressée dans une commode et une garde-robe, les objets inutiles sont éliminés comme les adverbes dans un court texte. Ne restent que les vêtements, les produits d'hygiène et les médicaments. «Ce sont les objets du présent, explique Marie-Sophie Berruex. Ceux qu'on utilise.» Il s'agit du premier type d'objets de la maison.
Il y en a deux autres : ceux du passé, soit les souvenirs (les photos et les bricolages de nos enfants, par exemple), avec lesquels on entretient «un gros lien d'affection». Et ceux du futur, qu'on garde «au cas où» et qui témoignent de notre insécurité. 
Qu'ils soient d'hier ou de demain, ils nous embarrassent et ils drainent notre énergie. «Le souvenir est-il ancré dans un objet, demande Mme Berruex. Ne fait-il pas partie, plutôt, de notre mémoire et de notre coeur?»
Il est irréaliste de bannir tout objet du passé de la maison. En tout cas, un souvenir ne devrait pas nous faire de peine. Il doit être heureux, décrète-t-elle. 
Marie-Sophie Berruex a travaillé dans l'organisation d'événements pendant 15 ans, avant de faire un burn-out, l'an dernier, et d'être forcée de réfléchir à sa vie. «J'ai brûlé la chandelle par les deux bouts, confie-t-elle. Pour prouver quoi?» D'origine suisse et allemande, elle dit que l'ordre fait partie de ses gènes. C'est devenu une «passion».
En octobre 2016, elle lançait son entreprise, Marieso-Organisation, forte de l'expérience acquise auprès de son nouveau conjoint et de ses trois enfants nés d'une union précédente. Tous les aspects de leur vie ont été soumis à son organisation : les horaires, la paperasse, la bouffe, le bureau, la salle familiale, les placards...
Un bel exemple d'un avant/après où le gain d'espace et le plaisir visuels sont indéniables.
À la bonne place au bon moment
Cherchant à se faire connaître, Marie-Sophie a contacté les gens de l'Association professionnelle des constructeurs d'habitation du Québec pour s'informer des modalités de location d'un kiosque au salon Expo habitat. On lui a proposé d'animer des conférences et de les tenir dans la mini-maison Air (signée Laprise) dotée d'ingénieux espaces de rangement. Être à la bonne place au bon moment, c'est ça! «Je n'avais pas encore démissionné de mon autre emploi, relate-t-elle. Mais je me suis lancée!»
L'association Organisateurs professionnels au Canada existe depuis 20 ans et compte 660 membres, dont 30 à Montréal et 3 à Québec. Aucune formation n'est requise pour en faire partie. Cependant, l'association offre des cours à l'interne, un congrès annuel, quelques réunions. Marie-Sophie Berruex y participe. Elle estime qu'elle a les prérequis pour réussir : un sens pratico-pratique, une bonne évaluation de l'espace, de la patience, de l'ouverture, de l'écoute.
Marie-Sophie attribue les causes de l'encombrement à notre société de consommation et au transfert de nos liens affectifs envers les objets. «On n'a jamais appris à ranger», ajoute-t-elle. Conséquence? La plupart des gens sont désordonnés, croit-elle. Ou ils le deviennent, à la suite d'une maladie, d'un accouchement, d'une dépression. «Le rangement n'est plus une priorité, ça devient une montagne, ils remettent ça à plus tard.» Et ils en ont honte. Mais ils ne devraient pas. Ils peuvent se faire aider.
Information : www.marieso-organisation.com; sur Facebook; tél.: 581 309-2408; marieso.organisation@gmail.com
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Petit et élégant
Une bonne organisation s'exprime dans toutes les sphères domestiques, même dans la salle de bain. Pour gagner de l'espace, Marie-Sophie Berruex a ainsi déniché une toilette avec évier et robinet intégrés. Chaque fois que quelqu'un se lave les mains, l'eau est stockée dans le réservoir pour la prochaine chasse. Aussi petit qu'élégant, le dispositif permettrait des économies d'eau de 17 %, sans tuyauterie supplémentaire à prévoir. La toilette Profil Smart est une création de l'entreprise australienne Caroma. Marie-Sophie a «cherché fort» pour en dénicher une en 2015, car elle n'était pas distribuée au Québec. Elle invite les lecteurs à  contacter le distributeur canadien à www.bergeronsales.com/residential. Information : caroma.usa.com et goo.gl/qr9TLY
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Quatre raisons de désencombrer
1. Le bien-être procuré par le gain d'espace et par la réduction de la «pollution visuelle».
2. Le temps gagné à moins ranger, moins épousseter, moins chercher ses clés dans un intérieur en désordre.
3. L'argent épargné en vendant ce qui ne sert plus et en consommant moins.
4. Le respect de l'environnement, grâce à la réutilisation, au recyclage et à la transformation des choses.