Érigé à Bruxelles, le bâtiment Europa est une structure en verre en forme de lanterne à l'intérieur d'un cube composé de cadres de fenêtres récupérés dans les 28 pays membres de l'Union européenne.

L'«oeuf de l'espace», un rêve de 450 millions $

L'UE a dévoilé récemment son nouveau siège à l'allure futuriste, un symbole de «joie», à 450 millions$, dans une époque marquée par une vague de colère populiste dont Bruxelles fait les frais et qui a porté le Brexit.
Structure en verre en forme de lanterne à l'intérieur d'un cube composé de cadres de fenêtres récupérés dans les 28 pays membres, le bâtiment Europa s'est déjà vu affublé du surnom d'«Oeuf de l'espace» à cause de son aspect.
En son coeur, une énorme salle décorée d'une moquette aux couleurs de l'arc-en-ciel et d'un plafond psychédélique qui lui répond sera le futur lieu de réunion des dirigeants européens, notamment des sommets des chefs d'État et de gouvernement.
Mais le bâtiment aux normes écologiques érigé à Schuman, le «quartier européen» de la capitale belge, subit déjà les critiques liées à son coût élevé et aux retards de chantier, alors que les États membres se débattent pour trouver des économies dans leurs budgets et que Bruxelles ambitionne d'éliminer toute gabegie.
Transparence et unité 
Pour l'architecte belge Philippe Samyn, il s'agissait avant tout de symboliser le meilleur d'une union fondée sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale et destinée à souder un continent.
«J'ai voulu créer un lieu de réunion joyeux où les gens qui entrent avec un paquet de problèmes peuvent respirer un peu», a expliqué M. Samyn à des journalistes réunis dans l'atrium du bâtiment de 11 étages.
«Le symbolisme de la lampe est fondamental à l'histoire» de l'édifice, a-t-il observé, précisant que l'idée lui était venue au milieu de la nuit après avoir tenté de résoudre le casse-tête suivant : comment faire rentrer une salle de sommet «chaleureuse» et circulaire dans un bâtiment cubique?
Les 3750 fenêtres de la façade reflètent la «diversité». La structure est aussi un message de «transparence», insiste l'architecte gantois de 68 ans. Et le décor de couleurs, qui demande un peu d'accoutumance pour les yeux, est un «patchwork unifié».
Les ministres de l'UE y tiendront leurs premières réunions à partir de janvier et les 28 chefs d'État et de gouvernement s'y retrouveront pour la première fois en mars.
«Cage dorée»
La commande avait été passée par les dirigeants de l'UE en 2004 pour remplacer son voisin immédiat, le Justus Lipsius (du nom d'un humaniste flamand de la Renaissance), un bloc massif de béton qui n'avait pas été conçu pour recevoir des sommets européens.
Le budget original était de 350 millions $, mais, 12 ans plus tard, le montant actuel s'affiche à quelque 450 millions $, a expliqué William Schapcott, directeur général du Conseil de l'Union européenne.
«Il y aura un petit dépassement, mais rien de dramatique», a avancé M. Schapcott, d'une «poignée de pour cent» et non de 50 ou 100 % comme c'est souvent le cas pour les gros chantiers. Sa mise en service a également été retardée par les difficultés rencontrées au sein du chantier adjacent du métro, la découverte d'une pollution de carburant dans le sol et un dossier interjeté en appel.
En 2011, David Cameron, alors premier ministre du Royaume-Uni, ne s'était pas privé de décrire le projet comme une «cage dorée» pour les dirigeants en pleine ère d'austérité dans un Vieux Continent plombé par les dettes.
Mais avec le départ prévu des Britanniques après les résultats inattendus du référendum du 23 juin, la question se pose désormais : que faire des salles réservées aux délégations du Royaume-Uni après le divorce?