Le hall d’entrée a pu garder son décor d’avant l’incendie.
Le hall d’entrée a pu garder son décor d’avant l’incendie.

L’Hôtel Clarendon renaît de ses cendres

Francis Higgins
Francis Higgins
Le Soleil
Un an presque jour pour jour après l’incendie qui a fait de lourds dégâts et forcé sa première fermeture complète en 150 ans d’histoire, l’Hôtel Clarendon a rouvert ses portes cette semaine. «C’est une journée symbolique pour nous. Psychologiquement, ça va nous permettre de passer à autre chose», confie le copropriétaire Marc-Olivier Côté, lors d’une visite privée avec Le Soleil.

L’hôtel qui se prétend fièrement le plus ancien au pays a retroussé ses manches. Le but de ses rénos: trouver l’équilibre entre un coup de jeune et la protection du cachet historique. Un projet d’envergure — dont le coût se situe «bien au-dessus» des 10 millions $ — qui vise à attirer la clientèle corporative tout en séduisant les gens de Québec. Tour du propriétaire.

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Tiramisu à l’honneur

Sur les étages, certains murs des couloirs et des chambres ont été peints en tiramisu, un ocre riche qui a peu à voir avec le célèbre dessert italien. «Le tiramisu donne un air chic qui rappelle le doré. Et on a pâli d’autres murs pour que ça reste plus clair», explique M. Côté. Dans les corridors, on a changé le tapis et ajouté caissons, boiseries et moulures couronnées (ogees). Au mur, des luminaires aux courbes métalliques dorées font un clin d’œil au style art nouveau de l’entrée, qui a contribué à la réputation de l’adresse. On envisage de créer un «parcours muséal» dans ces couloirs avec des photos antiques de l’hôtel, «mais aussi des photos et des œuvres de certains membres de l’équipe.»

Les lampes des corridors s’inspirent du style art nouveau.

Garder le style anglais

On a veillé à souligner l’inspiration «anglo-saxonne» originale des chambres. On a choisi une tête de lit capitonnée, cloutée et recouverte d’un cuir noir lustré (qui réfléchit la lumière et facilite l’entretien). Un style répété en partie sur le fauteuil. «Avec la couleur riche du tiramisu, les poignées dorées des tables de nuit et la tête de lit, le rendu final de style anglais prend tout son sens», dit M. Côté, directeur général.

Le décor typique d’une chambre «corporative» de l’hôtel.
On a misé sur le style anglais dans les chambres. Et on a pu récupérer certaines des lampes d’origine.

Inventer de l’espace

Le pied carré vaut son pesant d’or dans le Vieux-Québec. Or, les rénos du Clarendon ont permis d’en ajouter! «On a découvert des espaces vides dans les murs de certaines chambres. On les a ouverts pour construire des salles de bain et des lingeries», explique M. Côté. De plus, on compte désormais 144 chambres, soit une de plus qu’avant le feu. «Il y avait une salle au premier étage, la salle Russell [d’après Russell House, le nom de l’hôtel en 1870] qui se louait moins bien, mais qui disposait d’une vue exceptionnelle sur l’hôtel de ville. Alors, on l’a coupée en deux pour en faire de nouvelles chambres.»

Deux des copropriétaires dans le hall: Michel Côté et son fils Marc-Olivier Côté.

Des vues imprenables

En visitant une chambre «corporative» du sixième étage, on est frappé par la vue sur Québec qu’offrent les deux fenêtres ovales. Par une journée dégagée, on aperçoit nettement la marina du port, les silos de la Bunge et les forêts qui recouvrent les Laurentides. Dans la chambre «supérieure» du même étage, on a l’impression de voir les toits de la ville jusqu’à l’infini. La vue doit couper le souffle quand le soleil se couche ou lors de feux d’artifice.

Certaines fenêtres offrent une vue spectaculaire sur la ville.

Les pieds au chaud

Un plancher chauffant confère une touche de luxe à n’importe quelle pièce. Le Clarendon a profité de cette leçon puisque toutes ses salles de bain sont équipées d’un chauffage radiant intégré sous la céramique, même dans les chambres économiques. Certaines douches — recouvertes de larges dalles de porcelaine noire marbrée — sont aussi munies d’une colonne de douche à jets hydromassants.

Toutes les salles de bain sont équipées d’un plancher chauffant.

Passez donc au rez-de-chaussée…

Pas besoin de minibar dans les chambres quand on a un restaurant-brasserie de la trempe des Mordus au rez-de-chaussée! Ce resto — dont le menu fait la part belle aux poissons et fruits de mer — assure aussi le service sur les étages. «L’apport des Mordus chez nous sera aussi d’être un attrait pour les locaux. Et nos clients étrangers, entourés de gens d’ici, auront alors l’impression de ne pas être dans une trappe à touristes», estime M. Côté. Pour sa part, le hall d’entrée a été épargné par l’incendie. Si bien qu’il conserve son apparence d’origine, du moins celle d’avant le brasier, avec ses massives poutres et son décor noir et blanc avec une touche de vert lime sur la banquette circulaire. L’entrée a bénéficié d’un simple rafraîchissement. «Ce que les touristes photographient le plus, ce sont nos portes d’entrée en chêne et en fer forgé. Elles avaient été endommagées à cause des coups de hache, des vitres cassées, etc. On les a revampées et revernies.» 

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«Ce que les touristes photographient le plus, ce sont nos portes d’entrée en chêne et en fer forgé. On les a revampées et revernies», dit Marc-Olivier Côté.

Pratico-pratique…

Le diable — et peut-être la clé de la satisfaction des clients et des employés — est dans les détails. C’est pourquoi on a songé à une foule de petites améliorations. Par exemple, on a installé une chute à déchets et une chute à linge — accessibles de tous les étages — pour faciliter le travail du personnel d’entretien et pour éviter aux clients la vue disgracieuse des bacs de draps à laver. Les avertisseurs de fumée sont équipés de clignotants lumineux pour les clients malentendants. Deux sources de ventilation sont installées dans chaque chambre pour une climatisation ou un chauffage accéléré. Sans oublier les réveils Bluetooth, les cafetières Lavazza (avec produits David’s Tea dans certaines chambres) et les écrans de télé à DEL de 55 pouces. Pour finir, les couloirs seront climatisés l’été pour éviter les «coups de chaud» à la sortie de la chambre. 

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Info
• 57, rue Sainte-Anne, Québec
• Prix: à partir de 159 $ (pour une chambre économique en basse saison) jusqu’à 419 $ (pour une chambre supérieure en haute saison)
• Designer: Pauline Dupré, Design Ère
• Entrepreneur général: Construction et Rénovation M. Dubeau
hotelclarendon.com