Paysage sismographique, d'Amélie Proulx

Les métiers d'art se font sexy à MATERIA

MATERIA inaugure l'automne avec Naked Craft - Les métiers d'art mis à nu, une exposition qui marie les oeuvres de 22 artisans canadiens et écossais. Ludique et troublante, cette exposition caresse aussi l'idée de montrer à quel point «le métier d'art est devenu sexy».
Pourquoi l'Écosse et le Canada? «À cause de leurs réflexions avancées sur les métiers d'art», répond Amélie Marois, directrice de MATERIA. «La recherche est jeune sur l'histoire des métiers d'art. Ces deux pays ont produit plusieurs doctorats sur la question.»
Et le sex-appeal? Il faut remercier les Écossais, qui sont sans pareils dans la pratique de l'humour et dans la maîtrise des jeux de mots, a-t-elle observé. 
Quatre thèmes
Ainsi, l'exposition Les métiers d'art mis à nu est-elle divisée en quatre thèmes aux titres égrillards : nouvelles positions, faites-le vous-mêmes, bien pourvu et un sujet osé. Ils font référence aux nouvelles méthodes de production artisanale, au tricot-graffiti par exemple; au Do It Yourself; à l'utilisation des technologies et de procédés audacieux; aux objets qui révèlent l'attachement d'une personne à un lieu, un territoire.
«Les pièces ont été choisies pour leur sens symbolique», mentionne Amélie Marois. La joaillière canadienne d'origine chinoise Kari Woo, par exemple, a encadré des photos de famille et des objets avec lesquels elle aborde le lieu, le souvenir, l'identité culturelle. Sous son regard, les grains de riz, les épis de blé, une mèche de cheveux et les douilles de projectiles composent une vignette personnelle à la portée universelle.
La céramiste Amélie Proulx et l'artisan du verre et du bois Nicola Mainville ont exploité le son dans leur création respective. 
La première a fabriqué des fleurs de porcelaine qui oscillent doucement et produisent un bruit de coquillages s'entrechoquant. Le second a conçu, avec du cristal et du bois, une oeuvre qui impose une relation nouvelle entre l'art et la musique.
Recherches
Cette exposition a été élaborée en réponse à l'Année des métiers d'art 2015. Elle a été rendue possible grâce aux recherches menées par cinq commissaires (Sandra Alfoldy, Denis Longchamps, Juliette MacDonald, Emma Quin et Arno Verhoeven) qui, pendant quatre ans, au Canada et en Écosse, ont tenté de définir les métiers d'art et de comprendre leur évolution. 
Leurs recherches ont servi à produire deux résidences, trois symposiums, une exposition itinérante et une publication.
Quelques oeuvres
«Hunting for the Lost», de Kevin Anderson Morris
<p><em>Hunting for the Lost</em>, de Kevin Anderson Morris</p>
Le céramiste écossais propose une oeuvre plus touchante qu'elle n'y paraît de prime abord. Trois boîtes rondes sont disposées côte à côte, l'une le couvercle fermé, la deuxième entrouverte, et la troisième béante. Elles évoquent le grand-père de Morris, un guide de pêche, qu'il n'a jamais connu et qu'il cherche à (nous faire) découvrir grâce à des objets et des images lui ayant appartenu, et à des histoires recueillies auprès des communautés de pêcheurs.
«She's Come Undone : Our Lady of the Trapline», de Teresa Burrows
<p><em>She's Come Undone : Our Lady of the Trapline</em>, de Teresa Burrows</p>
La Canadienne Teresa Burrows combine les techniques du textile, de la photo, du perlage et du dessin dans un flamboyant costume d'inspiration écossaise qui raconte l'histoire de la pauvre Isabel Gunn. Au début du XIXe siècle, elle a travaillé pour la Compagnie de la Baie d'Hudson en se faisant passer pour un homme. La vérité a éclaté au grand jour quand elle a accouché. Une femme blanche avec un enfant à charge? Elle devenait sans intérêt pour son employeur, qui l'a renvoyée dans son Écosse d'origine. Ce sont des milliers des perles tissées qui dessinent la mère, le nourrisson et les motifs fleuris.
«Hapticstance», d'Aaron Nelson
<p><em>Hapticstance</em>, d'Aaron Nelson</p>
La technologie numérique et la céramique se donnent rendez-vous sur ce vase de style XIXe siècle, dont l'ornement supérieur a été remplacé par un iPod qui présente en boucle une vidéo de sa fabrication. «Ce qui bouge nous intéresse», observe Amélie Marois, la directrice de MATERIA. Rapportant les propos de l'artisan, elle raconte que ce dernier demandait parfois aux gens qui étaient passés devant son oeuvre, de quelle couleur était le vase. Nombreux étaient ceux qui ne pouvaient répondre. Doit-on en conclure que la technologie brouille nos cerveaux? L'art, en tout cas, nous invite à y réfléchir.
Apple Box, d'Amanda McCavour
<p><em>Apple Box</em>, d'Amanda McCavour</p>
L'artisane textile canadienne a recréé avec du fil et du tissu les boîtes en carton qu'elle avait utilisées pour déménager de Toronto à Philadelphie, et en revenir. «Confrontant la couture et la broderie à l'objet fabriqué en série», ces boîtes délicates sont d'abord confectionnées à plat avant d'être assemblées en trois dimensions.
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Quoi : Les métiers d'art mis à nu
Où : Centre MATERIA, 395, boulevard Charest Est, Québec
Quand : jusqu'au 28 novembre
Horaire : du mercredi au dimanche, entre 11h30 et 17h30
Info : centremateria.com