Les jambes molles après deux journées folles

Par deux belles et longues journées de juillet, Sonya Auclair et Daniel Croteau ont démantelé le grenier de leur maison, érigé de nouveaux murs, installé le toit, posé le bardeau d'asphalte et appris qu'ils seraient parents. Le soir venu, le futur papa avait les «jambes molles».
Sur une photo prise à la brunante, à la fin du second jour, Daniel Croteau est appuyé sur un poteau, les yeux rivés sur le résultat d'une corvée qui l'a lessivé. «Quand on repense à ça, c'est fou», confie-t-il.
Le 15 mars 1996, au moment de se «mettre en  ménage», le couple a acheté cette maison quinquagénaire de L'Ancienne-Lorette. Elle avait toujours été habitée par Joseph-Albert Martel, par sa femme, Diana Drolet, et leurs six enfants, que Sonya connaissait bien puisqu'elle avait grandi dans la maison voisine.
Daniel et Sonya ont d'abord agrandi la salle de bain du rez-de-chaussée en utilisant l'espace d'un garde-robe, reverni les planchers, changé la céramique de la cuisine et «enlevé cinq couches de papier peint, une couche à la fois», martèle Sonya. Ils ont ensuite «fini» le sous-sol où Sonya ouvrait sa garderie, le 1er août 1997.
Le meilleur s'en venait. Le «meilleur», dans le sens d'ampleur des travaux et d'esprit d'équipe fabuleux. 
Rolland, le père de Daniel, et Pierre, celui de Sonya, ont accepté d'embarquer dans le projet du couple qui souhaitait ajouter un étage à ce cottage alors doté d'un grenier exigu. Le premier, 76 ans, avait travaillé 30 ans comme menuisier; le second, 71 ans, est concierge d'école depuis 27 ans et a vécu toute sa vie dans les rénos.
«On va le faire nous-même»
Le rôle de «maître d'oeuvre» a été donné à Alphonse Kirouac, l'oncle menuisier de Daniel, aussi propriétaire d'une compagnie de murs préfabriqués. «C'est lui qui nous a dit : "on va le faire nous-mêmes"», raconte Daniel.
Les «deux belles journées du 6 et du 7 juillet 1998» ont marqué non seulement le couple et la famille, mais également les voisins de la rue Notre-Dame. Une grue, on ne voit pas ça tous les jours dans ce quartier qui se prend pour un village. 
Quand une inspectrice de la CSST se pointe en ordonnant l'arrêt des travaux, alors que la grue est en action et que les f  de toit s'en viennent, ça met du piquant et ça fait grimper l'anxiété. «L'inspectrice craignait qu'un arc électrique survienne près des échafaudages, poursuit Daniel. Pour avoir la paix, on a retiré une hauteur d'échafaudage.»
Un voisin a accepté que la grue verse les débris dans un conteneur déposé sur son terrain.
À la fin de la première journée, la maison dénudée a été recouverte d'une toile. Ce qui n'a pas empêché Daniel de rêver que l'eau s'infiltrait partout.
Le lendemain, les murs préfabriqués et les fermes de toit étaient installés, le bardeau d'asphalte était posé, et Sonya constatait qu'elle était enceinte.
Une salle familiale bien éclairée occupe maintenant l'espace du grenier. En 2001, après la naissance de leur seconde fille, Alice, le couple y a aussi établi ses quartiers, une suite en réalité. Cet étage a été aménagé pour être facilement transformé en appartement. Ainsi, un comptoir de cuisine pourrait être placé sous la fenêtre que le couple a perchée plus haut justement pour ça.
«On n'avait pas d'argent, mais on a réussi à faire ces travaux sans s'endetter, résume Daniel. On est très reconnaissants.»