L'équipe des 2 Francs : Jérémy Marggi, Frantz Marggi et Yohan Frison-Roche

Les 2 Francs: les trois font la paire

L'aîné, Jérémy Marggi, est arrivé à Québec en 2008 avec un diplôme de menuisier. Frantz, pâtissier de formation, l'a suivi un an plus tard. «Je n'avais rien», raconte-t-il. Les deux frères ont donc commencé à lui bricoler des meubles. Sans le savoir, ils mettaient au monde leur entreprise de rénovation.
«On a fait des déménagements pour pouvoir acheter notre camion, poursuit Jérémy, 37 ans. Puis quand on a eu notre camion, on s'est acheté des outils.» Un voisin leur a demandé de lui construire une clôture; un autre, une terrasse. 
À la faveur de nouveaux contrats, les deux frères ont pu se payer plus d'outils. Il y a deux ans, ils ont été en mesure de fonder leur petite boîte, Les 2 Francs. Francs, pour Français, les deux frères étant originaires de la région de la Savoie. Et voilà que leur ami d'enfance, Yohan Frison-Roche, 34 ans, débarquait à Québec l'an dernier. «Deux jours après mon arrivée, j'étais sur un chantier», relate-t-il.
Ils n'ont pas d'atelier. Frantz, 28 ans, se souvient d'avoir fabriqué des contre-fenêtres dans son deux et demi. «Parfois encore, on se demande : ''Où est-ce qu'on va faire ça?''» rigole Jérémy. Isabelle, la blonde de Frantz a une grand-maman, Olivette Lamontagne, dont la maison de Sillery est dotée d'un garage. Elle le met à la disposition des garçons quand ils ont besoin d'espace pour travailler. C'est d'ailleurs chez elle que s'est déroulée l'entrevue.
Leur camion est leur quartier général. Quand ils le garent devant un chantier, il leur fait de la publicité. Pour les balcons et les escaliers du couple Brunelle-Champagne, cependant, le véhicule a été éclipsé par la qualité et l'ampleur des travaux. «Disons que c'est plus spectaculaire que de faire un plancher flottant dans un sous-sol», commente Jérémy.
Un très gros projet
«C'était un très gros projet, on hésitait, il y avait beaucoup de gestion», énumère Frantz. Il dit qu'il a passé un mois «sur la soumission», à vérifier et à contre-vérifier le prix des matériaux chez les fournisseurs. «On était pas mal stressés.» Au terme de leur présentation, Louis Brunelle leur a dit, simplement : OK, on y va. «Il avait confiance», analyse Frantz.
Jamais ils n'ont prétendu savoir tout faire. «On se renseigne, on apprend tout le temps», affirme Jérémy. La semelle de béton, au bas des marches, ce n'était pas de la tarte. Sous les recommandations de l'un, avec la truelle d'un autre, ils y sont arrivés. «Ça y est, on est maçons!», se sont dit les frères Marggy.
Ils tenaient à saluer les deux hommes qui les ont «lancés sur le marché» : l'entrepreneur général Éric Côté, qui les embauche à l'occasion; et Jean-Philippe Bonnelli, de l'ébénisterie Les Oiseaux rares. C'est dans son entreprise qu'ont été taillées les 1001 pièces qui composent les colonnes, les pilastres, les moulures et les frises du projet Brunelle-Champagne.
Des photos prises par les propriétaires montrent les pièces de bois entreposées dans le garage. Le travail des trois menuisiers a été, notamment, d'assembler ce casse-tête.
«On a bouché chaque trou de clou des frises, ajoute Frantz. On les a ensuite sablées et peinturées, la couche d'apprêt au gun, les deux autres, au pinceau.» «Madame Champagne voulait que ce soit parfait», renchérit le frère.
Sans anicroche
Les corps de métier (ferblantiers, électriciens, maçons...) se sont succédé sans anicroche, avenue Brown. Il n'y a eu aucun dépassement de coûts ni de temps, aucune mauvaise surprise, ce que Louis Brunelle attribue à une excellente planification.
Les gars des 2 Francs demeurent tous les trois dans le quartier Montcalm. Ils aiment y travailler, car ils peuvent laisser leur camion sur les chantiers. Ils ont une conscience écolo. 
Ils en sont aussi venus à bien connaître la structure des bâtiments du coin et à fraterniser avec les résidents. Le contact humain, c'est leur truc. Un jour, les enfants d'un client ont lancé, en les voyant : «Les travailleurs rigolos arrivent.» Est-ce que cette attitude amicale génère des contrats? C'est sur cette base, en tous cas, qu'Hélène Champagne les a embauchés.