Lucie a travaillé pendant deux jours pour préparer sa maison de Sillery.

Le Noël de Lucie

Chez Lucie, toute la maison scintille pour Noël : l'argenterie, le feu dans le foyer, le cristal, les chandelles dont les flammes dansantes se démultiplient dans les miroirs. Ces objets transmis de génération en génération distillent une ambiance surannée et solennelle. Par la décoration et la gastronomie, Lucie rend hommage à ses ancêtres tout en gratifiant de son amour ceux qui veulent bien se souvenir avec elle.
Un sapin discret se dresse au fond de la salle à manger conformément à la tradition qui existe dans la famille de Lucie depuis des générations.
Ces chandeliers en argent datent de 1850. Des arabesques et des feuilles de houx sont finement sculptées dans le métal.
La soupière en argent sterling, les chandeliers de 1850 aux fins détails sculptés et la feuille de gui suspendue dans l'entrée évoquent pour Lucie des «bornes le long du chemin de l'histoire», des «rappels» de son hérédité dans laquelle figurent les Patriotes de Louis-Joseph Papineau et l'un des pères de la Confédération canadienne.
Quand Lucie sert la dinde, ce sont les Français en sol d'Amérique qu'elle honore. Son roastbeef symbolise la présence anglaise. Et les courges pilées au beurre assaisonnées d'un soupçon d'ail «représentent l'apport des Indiens dont nous partageons la terre».
Dans un courriel envoyé au Soleil quelques heures après notre visite, inspirée, elle écrit : «Au temps des Fêtes, particulièrement à Noël, on doit se remémorer d'où l'on vient pour mieux comprendre où l'on va, connaître ses racines pour mieux se projeter et, finalement, mieux se connaître soi-même pour transmettre l'amour aux autres.» La maison endimanchée de Lucie ne jette pas de poudre aux yeux.
Qui aurait  envie de  se chicaner autour  d'une table si bellement dressée?
Le sapin, artificiel et discret, se dresse sur le bord d'une fenêtre, au bout de la grande table. C'est la tradition, dans la famille de Lucie, de faire le sapin dans la salle à manger, comme en témoignent quelques photos de l'ancien temps. La vaisselle bordée d'or, les couverts d'argent et tout ce rouge sur les étoffes, les chandelles et les fleurs composent un décor classique et attendrissant. Qui a envie de se chicaner autour d'une table dressée avec tant d'attention?
Cette année, Lucie confectionnera «précisément 28 desserts». Dans son courriel, leur énumération remplit huit lignes coulantes de calories, dans lesquelles les sablés, la Charlotte russe, l'ananas au gin de minuit, les petits fours au glaçage pastel fondant et le sucre à la crème des Ursulines déclenchent la frénésie des papilles.
Écarlate,  la salle de  télé est sans prétention, mais pimpante.
La plupart des pièces de sa maison sont parées pour les Fêtes. À l'occasion de notre visite, Lucie avait dressé la table de la cuisine comme un lendemain de Noël. À l'étage, la salle de télé avait une longueur d'avance avec son canapé rouge; Lucie n'a eu qu'à lui ajouter quelques bibelots pour passer de l'automne à l'avent!
Aux yeux de Lucie, tout a un sens dans cette extravagance. Vous lui montrez un objet, un sucrier en argent par exemple, et la voilà revenue chez ses aïeuls au mont Saint-Bruno, au début du XIXe siècle. Et les ornements qui viennent de l'étranger? Ils n'ont pas été achetés par souci d'exotisme ou pour faire contraste, assure-t-elle. Ils magnifient la beauté d'une époque révolue, celle où les objets étaient travaillés à la main par des artisans et révélaient «l'essence du travail humain». Voilà le Noël de Lucie.