Avant d'assigner une tâche à son enfant, il faut tenir compte de ses capacités physiques et de ses goûts.

Le ménage, un jeu d'enfant

Éternel sujet de dispute au sein des familles, les tâches ménagères ont du mal à se débarrasser de leur étiquette de corvée. Comment faire alors pour y intéresser vos enfants? Voici quelques conseils pour les inciter à prendre de bonnes habitudes et à s'acquitter de leurs responsabilités.
On peut initier son enfant aux tâches ménagères dès l'âge de 18 mois selon Nancy Doyon, coach familial et présidente de SOS maison. «Je trouve cela important qu'on les fasse participer à certaines tâches, qu'ils soient d'accord ou pas. Par exemple, en sortant du bain, maman tient le panier et il doit mettre les jouets dedans.» Ces petites actions créent une routine et normalisent les corvées pour l'enfant. Ceux qui fréquentent la garderie ont d'ailleurs souvent une routine de tâches. Vous pouvez même reprendre certains trucs qu'utilisent les éducateurs pour les appliquer chez vous.
À cet âge, la tâche choisie doit cependant bien s'intégrer à ses activités et doit rester très près de son univers. On peut commencer par lui faire ranger ses jouets, ses vêtements ou sa vaisselle. Pour les tâches ménagères assignées, il faut cependant attendre que l'enfant soit prêt. «Autour de quatre ans, ça devient plus flagrant, l'enfant commence à imiter papa et maman, à faire des jeux de rôles», explique Marie-Claude Hébert, psychologue clinicienne pour enfants. Quelques années plus tard, «vers six, sept ans, l'enfant, au plan cognitif, est plus capable de se mettre à la place de l'autre», on peut alors ajouter progressivement des petits travaux pour aider ses parents, explique Gabrielle Pitre, psychologue clinicienne pour les enfants et les adolescents.
On l'initie petit à petit. «Quand j'interviens dans les familles, je m'assure que tous les enfants, même les tout-petits, lorsqu'ils ont fini de manger, prennent leur assiette et la mettent sur le comptoir. À six ans, ils peuvent la rincer et la mettre au lave-vaisselle, même si parfois on est obligé de rincer derrière», dit Nancy Doyon.
Pour nos intervenantes, il est important de commencer à initier les jeunes très tôt. Plus l'enfant vieillit, plus il sera difficile de changer ses habitudes, et son opposition n'en sera alors que plus grande. «Quand on a un jeune de 10, 12, 14 ans qui est habitué qu'on fasse tout pour lui, qui arrive dans une phase où il est encore plus indépendant et qu'on lui en demande beaucoup, c'est sûr qu'il risque de réagir. Il n'est jamais trop tard, mais c'est beaucoup plus difficile.»
Ce qui ne signifie pas que d'initier son enfant tôt se fera sans heurts. «Il faut qu'on s'attende à devoir leur faire penser, qu'on s'attende à devoir insister et tenir notre bout, et ce, pendant toute leur jeunesse, rappelle Mme Doyon. C'est un coup de chance si vous avez des jeunes qui font leurs tâches sans que vous ayez besoin de demander et redemander. À ceux à qui ça arrive, allumez un petit lampion à l'église, parce que c'est très rare.»
Pour éviter une trop grande opposition, on peut se baser sur ses champs d'intérêt. S'il préfère jouer à l'extérieur plutôt que de rester dans la maison, on peut lui demander de l'aide pour jardiner, par exemple. Si en plus, le parent participe avec lui, il percevra les travaux ménagers comme une période de jeux ou un moment privilégié avec son père ou sa mère.
<p>On peut initier son enfant aux tâches ménagères dès l'âge de 18 mois.</p>
Merci ... peu importe les circonstances!
Pour intégrer ces nouvelles habitudes et les rendre plus naturelles, les parents doivent aussi faire preuve d'une grande rigueur et conserver une bonne attitude. Si la demande est constamment accompagnée de remontrances ou que, perfectionniste, la mère ou le père repasse par la suite en relevant toutes les erreurs, les tâches ménagères seront perçues très négativement par l'enfant. Nancy Doyon rappelle qu'il ne faut jamais oublier de remercier une fois le travail accompli, même si elle ne l'a pas été de gaieté de coeur.
«Il ne faut pas parentifier les enfants, leur faire faire des travaux qui sont au-delà de leur âge», mentionne Marie-Claude Hébert. Ils ne doivent pas devenir un soutien familial ou un substitut pour un parent absent.
Les habitudes que les parents désirent inculquer à leurs enfants passent toujours à travers le filtre de leurs propres actions. S'ils ne sont pas particulièrement soignés eux-mêmes, ils ne peuvent s'attendre à ce que leurs jeunes le soient. Pour éviter de les surcharger, on peut réserver certaines cases horaires pour s'assurer qu'ils puissent profiter de leurs périodes de jeu en toute tranquillité. «Tout au long du primaire, une tâche ne devrait pas durer plus longtemps que 15 ou 20 minutes. Au secondaire, on peut augmenter à deux tâches ou à une tâche plus longue», souligne Nancy Doyon, qui rappelle que si on doit encourager nos enfants à devenir des adultes, on doit leur laisser le temps d'être des enfants.
Argent de poche ou non?
Payer les enfants pour qu'ils fassent leurs corvées : l'idée plaît à certains, mais pour d'autres, c'est hors de question. Pour nos intervenantes, donner de l'argent de poche n'est ni recommandé, ni écarté, il faut cependant lui accorder un caractère spécial. «Je donnerais une allocation pour des actions qui se distinguent, pour des tâches plus importantes, plus longues ou plus ardues qu'à l'habitude», indique la psychologue Gabrielle Pitre.
Selon cette dernière, tout ce qui a trait à l'enfant lui-même, comme son lit ou sa chambre, ne devrait pas accorder d'argent de poche. De plus, quand la tâche payée sort de l'ordinaire, il est alors plus facile d'être juste envers tous les enfants de la famille.