Lauberivière: d'un bon lit à l'autonomie

Un accueil chaleureux, un lit confortable, de l'accompagnement. Voilà sur quoi le refuge pour sans-abri Lauberivière mise pour raccrocher les gens et les remettre en mouvement.
Éric Boulay, directeur général de Lauberivière
Annuellement, ils sont 5000 hommes et femmes à cogner à la porte de Lauberivière, pour ses différents services. L'édifice sur la rue Saint-Paul, à Québec, est vieux et vétuste, mais très propre et il y règne une bonne odeur. Les quelque 70 lits d'hébergement sont changés chaque jour, la literie est nettoyée par les bénévoles et les résidents qui s'occupent de l'entretien. 
«La réinsertion commence à l'hébergement. Tout le monde se lève le matin, fait son lit, participe aux tâches ménagères», énumère Éric Boulay, directeur général de l'institution. La moitié d'entre eux ne viennent qu'une seule fois. «On les remet sur pied et ça dure.»
Les gens qui se présentent au refuge le font à contrecoeur, dit-il. Pas pour changer de vie, mais parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils ont faim ou froid. Ils n'ont plus de toit, plus de réseau social. «Il faut établir un lien de confiance. Les aider à retrouver de l'estime de soi.»
Comment en arrivent-ils là? Le directeur de Lauberivière répète ne pas être sociologue, mais il soulève plusieurs facteurs «personnels et sociétaux» pour expliquer l'exclusion, qui culmine avec l'itinérance. Il parle d'une tolérance moins grande («et sans doute justifiée») envers les problèmes de dépendance. D'une société de performance qui laisse moins de place aux écarts de conduite.
Cycliquement, la rareté du logement se traduit par des débordements dans les refuges, a-t-il constaté. «Elle n'est pas la cause de l'itinérance, mais un facteur de risque important. Elle crée de la compétition. Et sans être méchants, les propriétaires vont choisir des gens capables de payer leur loyer, parce que leurs frais augmentent.»
Le directeur de Lauberivière parle d'un autre phénomène survenu ces dernières années, la hausse des loyers qui a entraîné ce qu'il appelle une crise de «l'inaccessibilité» au logement.
Plus qu'un toit
Mais Éric Boulay est formel: «Il ne faut pas penser que la bulle immobilière va régler ça. Si tu offres des milliers de logements tout seuls, ça ne marchera pas pour les itinérants chroniques», dit celui qui cumule 19 ans de métier dans le domaine. «Ça prend un toit ET des accompagnants. La réintégration, c'est un parcours!»
En plus de les nourrir et de les héberger, Lauberivière guide ceux qui ont des problèmes de santé mentale, de consommation, de prostitution vers le bon organisme de soutien. Mais offre aussi des programmes de formation et de réinsertion sociale, comme À l'aube de l'emploi. Cette prise en charge plus globale est essentielle pour sortir les gens de la rue, selon lui.
Les nouveaux lits superposés de Lauberivière
Bénévoles et commerçants généreux
En faisant visiter les secteurs d'hébergement de Lauberivière, le directeur général Éric Boulay pointe des lits superposés tout neufs du fabricant Julien Beaudoin, livrés cet été.
Ce don de 10 lits solides est survenu quelques mois après la livraison gratuite de 70 matelas par Matelas René et ses boutiques auLit Signature, en partenariat avec Textiles Gauvin pour la literie. «Le lien de confiance s'installe quand les gens sont bien accueillis et ça commence par un bon lit», est persuadé Éric Boulay. Il salue l'effet d'entraînement créé par les commerçants qui s'impliquent.
Et ajoute que la population de la ville de Québec est généreuse, notamment dans les collectes de fonds, mais aussi par les 800 bénévoles qui donnent 37 000 heures de leur temps. «Pour Noël, on est déjà presque à pleine capacité de bénévoles!»
Lauberivière en chiffres
16 315 couchers enregistrés l'an dernier  
10 lits de dégrisement
12 lits pour l'hébergement des femmes
39 lits pour l'hébergement des hommes
7 à 11 jours, durée moyenne d'hébergement
lits tampons pour les débordements
10 lits de rétablissement, l'étape entre le refuge et le logement
Optimisme pour l'avenir
En juillet, Éric Boulay, directeur général de Lauberivière, sonnait l'alarme, notamment dans Le Soleil. Son refuge débordait et devait refuser une vingtaine de personnes par jour. Il dénonçait aussi ne pas pouvoir utiliser une unité toute neuve de 15 lits, n'ayant pas l'argent pour que des intervenants y assurent la sécurité et un suivi des personnes.
Deux mois plus tard, le débordement s'est un peu résorbé et le ton a changé. «On a une belle écoute de la part des différents paliers de gouvernement», dit celui qui rencontre la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, début octobre. 
Il refuse de vendre le «punch d'un nouveau projet», mais se dit très confiant et encouragé pour l'avenir. Une solution «encore meilleure» que l'ouverture de l'unité de 15 lits s'en vient très bientôt, laisse-t-il tomber.
«Il y a de nouveaux investissements fédéraux qui sont annoncés. On doit déposer des projets jusqu'au 29 septembre. Ça aussi, c'est positif pour ce qu'on prépare.»
Nouvelle construction
Parallèlement, Éric Boulay rappelle que le projet de construction neuve pour Lauberivière «va très bien». Il dit avoir besoin de 7500 mètres carrés dans un édifice prévu sur la rue de Xi'an, dans le quartier Saint-Roch, en face du futur YMCA. La bâtisse actuelle qu'occupe le refuge sur la rue Saint-Paul date du début des années 20 et ne répond plus au Code du bâtiment, faisait valoir l'automne dernier dans Le Soleil le président du conseil d'administration Georges Amyot.
Le nombre de lits offerts, qui plafonne présentement à 74, monterait au-delà de 100 entre les nouveaux murs, évoque Éric Boulay, en mentionnant que tout est encore sur les planches à dessin. 
Une nouveauté, il consacrerait un étage complet à des petites unités de logement, avec l'accompagnement nécessaire. Il y installerait par exemple des gens qui ont vécu 25 ans d'itinérance, des personnes de 55 ans et plus en perte d'autonomie. 
Éric Boulay explique qu'au fil des ans, la moyenne d'âge de sa clientèle n'a pas changé. Seulement le cliché de l'homme alcoolique chronique dans la cinquantaine n'est plus la norme. Il note de plus en plus de jeunes depuis 10 ans, alors que les personnes vieillissantes en perte d'autonomie sont aussi plus nombreuses à cogner à la porte de Lauberivière.
«C'est questionnant comme société d'avoir autant d'exclusion, alors qu'on a plus d'outils», conclut le directeur général.