Pierre, bois, béton, cuir, textiles... un heureux mélange de textures, imaginé par la designer d'intérieur Stéphanie Bélanger, de Rebel Design.

La Tanière3: un décor de mystère, de pierre et de lumière

La Tanière3 porte bien son nom. Véritable retraite souterraine, elle n’abritera toutefois pas des bêtes sauvages, mais des gourmands aventuriers dès le 20 mars. Le nouveau restaurant installé dans les voûtes de trois maisons du XVIIe et du XVIIIe siècles, à place Royale dans le Vieux-Québec, n’a pas son pareil. La mise en scène, comme la mise en bouche, ont été réfléchies avec minutie. Rideaux!

De la pierre au béton, du cuir à la céramique, des miroirs aux végétaux, tout réfère à l’histoire, au territoire. L’expérience se vit comme un déambulatoire intriguant, dans différentes zones confortablement aménagées par la designer Stéphanie Bélanger.

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Tanière3, ouvre-toi! Un mot de passe secret tapé sur un clavier, rue du Don-de-Dieu, nous ouvre la porte du nouveau restaurant. Une forêt-labyrinthe nous accueille dans la pénombre, huit personnes maximum à la fois. Déstabilisés, intrigués, nous commençons à goûter cet univers.

À la fois musée, salle de spectacle intimiste et table gastronomique, La Tanière3 s’est gardé quelques secrets. Comme la voûte salle à manger, encore en travaux, où pourront prendre place 38 personnes, avec des groupes de six maximum. Les médias ont eu accès à l’accueil, au bar, à la cuisine, au comptoir-chef, à la voûte des desserts et à la salle de bain.

Derrière le bar, dans une arche de béton, l’artiste Rio (Sébastien Riopel) a tracé une plante carnivore du Québec en voie de disparition.
L’expérience confort était une priorité pour toute l’équipe. Ici dans la voûte bar-apéro.

À une semaine de l’ouverture, le 12 mars en après-midi, la fébrilité et la fatigue étaient palpables. «Faire du neuf avec du vieux, vieux, vieux... c’est dur!» a soufflé Karen Therrien, nièce du fondateur de La Tanière du rang Saint-Ange, près de Saint-Augustin, qui a repris le restaurant en 2002 avec son conjoint, le chef Frédéric Laplante.

Toute la finesse du décor est concentrée sur le comptoir des maîtres mixologues.

Pour cette renaissance urbaine, dans l’espace des anciennes Voûtes du Cavour, il a fallu rénover, moderniser, passer les murs de pierre au jet de sable pour retirer le vieux vernis jauni par la fumée de cigarette. Derrière, la pierre qui ne respirait plus a été nettoyée et protégée par un polymère, les joints ont été refaits par un artisan. Toute la vieille tuyauterie a dû être remplacée. Ce qui a retardé l’ouverture, prévue cet automne, au printemps.

Décors Véronneau signe les touches végétales. Ici, de fausses feuilles ont été collées sur de réels troncs d’arbre, asbence de lumière naturelle oblige. L’éclairage et les miroirs ajoutent à la magie.
Une section de la cuisine, rutilante d’acier inoxydable et de tuile métro noire.
Toute la vaisselle en céramique de La Tanière3 a été conçue par LOAM Clay Studio, à Ottawa. Il a fallu neuf mois de création. Certaines pièces reproduisent des artefacts trouvés sur place, d’autres ressemblent à une écorce d’arbre, d’autres encore permettent de contenir des cendres fumantes pour rappeler les incendies qui ont fait rage dans le quartier jadis. Sous un fausceau lumineux, ces splendeurs en terre racontent une histoire.

L’équipe travaille jour et nuit pour offrir la meilleure prestation. Les yeux fatigués, Crocs et chaussettes de laine aux pieds, ces passionnés n’avaient pas moins le sourire aux lèvres lors de la visite.

Les vieilles pierres restaurées sont magnifiées par des miroirs et un éclairage parfaitement dosé. Bien qu’étant au sous-sol, nous ne nous sentons pas confinés. Ici, la voûte des desserts se veut plus décontractée et ludique. Les troncs de bouleaux qui transpercent quelques tables ont été coupés sur la terre de Laurier Therrien, fondateur de La Tanière sur le rang Saint-Ange en 1977, aujourd’hui acériculteur pour le plaisir.
La graine d’enquêteur en vous aimera ce détail : ce long miroir sans tain permet de voir sans être vu. Effet miroir côté lavabos, effet vitre côté couloir, à la sortie des toilettes. La salle de bain mixte est à la fois chic et organique. Au mur, une œuvre de l’artiste Rio.

Une folie du chef du restaurant, François-Emmanuel Nicol, et de son mentor, Frédéric Laplante, trois cuvées de champagne Laurent-Perrier ont été scellées dans le trou d’un mur de pierre. Ils se promettent de les ouvrir «dans 10 ans ou avant, si La Tanière3 se retrouve dans un palmarès». L’objectif demeure : se classer parmi les 100 meilleurs restaurants au monde.