Michel Gilbert exerce le métier d'ébéniste-restaurateur depuis 40 ans. Cette table protocolaire se trouve dans la salle à manger du mess des officiers, à la Citadelle de Québec. Les trois chandeliers en argent ont été témoins de tous les dîners pris dans cette pièce.

La table du mess de la Citadelle de Québec retrouve son lustre

L'ébéniste-restaurateur Michel Gilbert s'est installé pendant tout le mois d'août dans la salle à manger du mess des officiers, à la Citadelle de Québec, afin de redonner son lustre à une table de banquet offerte par Maurice Duplessis, en 1950.
«Elle n'avait jamais été restaurée», a-t-il mentionné. Pour l'entretenir, les employés grimpaient dessus avec une polisseuse et l'enduisaient de cire à plancher.
D'une largeur de cinq pieds, cette table d'inspiration pub anglais est constituée d'un plateau central de 20 pieds de longueur et de deux rallonges de 6 pieds chacune. Elle avait été fabriquée à l'École du meuble de Montréal avec des poutres de chêne rouge provenant de l'un des quartiers de la Citadelle.
Elle était fissurée et «usée à cause de l'eau», avait observé l'ébéniste. Vider les fendillements de leurs anciens mastics et les remplir avec du bouche-pores lui a pris une semaine. Il a ensuite décapé tout le plateau avant d'en raviver les couleurs et de lui redonner son fini d'antan.
Il n'a pas utilisé de verni. Secondé par sa conjointe, il a appliqué au chiffon six couches d'huile polymérisée avec des intervalles de séchage de 24 heures. On peut les imaginer, le corps incliné, effectuant des allers-retours sur cette table longue comme une allée de quilles, y faisant glisser leurs chiffons d'un mouvement précis et délicat.
L'automne dernier, le premier ministre Stephen Harper a été le premier à s'y asseoir après sa restauration, a appris Michel Gilbert.
<p>Le dessous de la table a aussi été restauré. </p>
Le piétement a conservé sa couleur et sa finition d'origine. La traverse centrale chantournée, le piétement surmonté d'une toupie et la tige de fer forgé incurvée ont été nettoyés et protégés. L'ébéniste a ravivé à la main le castor de laiton incrusté au centre du plateau.
Michel Gilbert n'a fait aucune intervention sur les 36 chaises qui viennent du Conseil exécutif de l'Assemblée nationale.
Il a cependant établi les gabarits de la table afin de noter ses moindres dimensions. Advenant un incendie, elle pourra être reproduite.
Cette restauration a été effectuée à l'occasion du 100e anniversaire du Royal 22e Régiment, célébré cette année. Michel Gilbert s'est engagé à venir l'entretenir une fois par année.
L'artisan s'était illustré dans la restauration du grand catafalque à baldaquin à l'européenne de la fabrique de Saint-Joseph-de-Beauce, en 2009.
Encoignure
Coiffée de deux écureuils, cette encoignure victorienne en noyer noir a une histoire singulière. «Il s'agit d'une pièce unique», affirme Michel Gilbert.
Son grand-père, Méridée Gilbert, avait des boutiques d'antiquités, rues Saint-Louis et Saint-Vallier, à Québec. C'est lui qui avait vendu l'encoignure à la Citadelle, lui a appris son père, Robert Gilbert, qui fut responsable de l'administration de la Citadelle dans les années 50 et 60.
Michel, petit-fils de Méridée, a été chargé de la nettoyer, de raviver sa couleur, de remplacer ses moulures manquantes et de détacher ses cernes.
Il lui a aussi installé des fausses clés en guise de poignées, afin de protéger certaines pièces du contact des mains sur le bois.
Secrétaire Davenport
Michel Gilbert a eu le mandat de nettoyer les vernis et de réparer ce secrétaire de style Davenport utilisé lors des signatures officielles.
Il ne fera aucun décapage afin de lui conserver sa patine. Il lui offrira une finition manuelle à la gomme-laque.
Ce type de meuble a été introduit dans le mobilier anglais à la fin du XVIIIe siècle, probablement dans la marine. Il est doté de tiroirs sur les côtés, d'une tablette amovible, de petits casiers pour le courrier et de rangements secrets.