Régis Lechasseur et Olivier Bourgeois

La parole aux architectes: Olivier Bourgeois et Régis Lechasseur

Les débuts d'année donnent envie de se projeter plus loin. Dans cet esprit, nous avons posé cinq questions à des architectes de tout âge sur notre façon d'habiter au Québec. Cette semaine, nous poursuivons avec Olivier Bourgeois et Régis Lechasseur. Une série à suivre chaque samedi.
Présentation
Noms : Olivier Bourgeois et Régis Lechasseur
Titre : associés chez Bourgeois Lechasseur architectes
Ce projet de Bourgeois/Lechasseur illustre bien la vision d'avenir de la firme. L'agrandissement d'un jumelé dans Sillery par une construction dans la cour arrière, avec revêtement extérieur authentique en bois.
Revenir à l'essentiel
1. Quelle est la maison type dans la région de Québec en 2017?
Il y aura encore quelques maisons de promoteurs. Certains tenteront d'acquérir des maisons existantes pour demeurer en ville avec l'idée de les rénover. Malheureusement, il y aura très peu de maisons d'architectes. Celles que l'on verra seront plutôt spacieuses et résolument contemporaines. Il est difficile de parler ici d'un type, mais on note une plus grande ouverture de la population pour le travail de l'architecte et de la plus-value qu'il peut apporter, c'est très encourageant, mais l'accès au terrain pour une construction neuve, en ville, est quasi impossible.
2. Selon vous, comment sera la maison type en 2037, dans 20 ans?
On rêve d'une mixité dans les quartiers. On imagine un assouplissement de la réglementation et une rationalisation du prix des terrains pour permettre de construire dans les interstices. Les maisons seront alors plus petites et les gens reviendront à l'essentiel. C'est-à-dire de miser sur la qualité des espaces plutôt que sur le surdimensionnement. Par exemple, les gens reviendront à des chambres principales plus petites avec un garde-robe standard et partageront les salles de bain. Les besoins ont vraiment explosé en l'espace d'une génération. Les maisons seront sobres de l'extérieur et plutôt introverties. L'apport de lumière naturelle, les points de vue sur l'extérieur et les finis seront d'une grande importance. Les espaces extérieurs seront traités comme des microclimats dans un prolongement des espaces de vie intérieurs. Les terrains seront très petits et les voisins proches. Les gens se parleront et partageront certains espaces. Les matériaux authentiques seront très présents pour leur noblesse et leur intemporalité. Ils prendront le dessus sur les composites. On imagine que toutes les nouvelles maisons seront signées par des architectes.
3. Qu'adviendra-t-il de nos quartiers de bungalows?
Ils seront toujours présents. Ceux qui possèdent un bungalow leur donneront une deuxième vie tout en respectant leur nature. Le format des bungalows s'avère tout de même très fonctionnel pour une jeune famille et certains sont très élégants dans leur simplicité. On peut aussi imaginer ajouter un étage dans une formule bigénérationnelle, on en voit déjà quelques-uns. On ne veut pas les raser, mais plutôt les conserver et permettre de bâtir dans l'entre-deux afin de limiter l'étalement urbain.
Qu'adviendra-t-il de nos bungalows? En voici un réaménagé dans Ste-Foy. La volumétrie et la pierre d'origine ont été conservées, une nouvelle vie a été donnée à la maison.
4. Que pensez-vous de la mode des minimaisons?
Pour nous, ce n'est pas une mode. On en retrouve déjà un peu partout dans le monde. On parle plutôt de quelque chose d'intemporel. On est plusieurs années en retard sur le Japon. C'est une façon de revoir notre façon de fonctionner à l'intérieur de la maison. On peut penser, par exemple, à réduire considérablement la dimension des chambres, d'avoir une pièce ouverte servant à la fois de cuisine, de salle à manger et de séjour. Si les détails sont soignés, que la lumière est contrôlée et qu'on exploite les points de vue, pas besoin de multiplier les pièces. À Québec, on en verra d'abord en basse-ville, puis les autres quartiers suivront. Pour les gens plus aisés, pourquoi ne pas imaginer posséder plusieurs mini-maisons à travers le monde plutôt que d'investir dans une immense propriété?
5. Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit quand vous pensez au projet de tour Le Phare? Quelle serait, selon vous, la limite optimale de hauteur pour permettre la densification à Québec et pourquoi?
C'est tout de même bien que le sujet fasse réagir la population. Ça démontre déjà une certaine sensibilisation. La population semble avoir de l'intérêt pour la vue sur le paysage depuis les airs et pour l'élément signalétique que le phare apporte. Mais il y a, selon nous, d'autres façons de signaler sa présence et d'optimiser des points de vue. Il faut le faire dans le respect de ce qui nous entoure. Il est difficile de mettre une limite sur la hauteur pour densifier Québec. Il faut d'abord répondre à un besoin fondamental et respecter les voisins, ne pas les écraser. Ce n'est pas une question de hauteur, mais d'échelle par rapport au lieu. Dans le cas du phare, le contraste est tellement intense qu'il est difficile de parler de sensibilité. Notre vision est de s'assurer que l'usager ait une expérience intéressante en se promenant autour du bâtiment, lors de son approche, de sa découverte et une fois à l'intérieur... Il ne faudrait pas que ces aspects soient oubliés lors de la conception du Phare. Un bâtiment peut être emblématique et faire rayonner la ville de Québec à travers le monde tout en respectant le contexte dans lequel il s'insère, le pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec en est un bon exemple.