Pour Yasmina Lacasse, la maison type est une maison où il devrait faire bon vivre, où la lumière naturelle, les interrelations, fonctionnelles et spatiales enrichiraient nos expériences,  notre plaisir à profiter de ce lieu privilégié.

La parole aux architectes: Yasmina Lacasse

Les débuts d'année donnent envie de se projeter plus loin. Dans cet esprit, nous avons posé cinq questions à des architectes de tout âge sur notre façon d'habiter au Québec. Cette semaine, nous terminons notre série avec Yasmina Lacasse.
Présentation
Nom : Yasmina Lacasse
Titre : architecte, elle a collaboré durant 11 ans au sein de la firme BGLA et est devenue associée. Récemment, elle a fait le saut dans la pratique publique.
Quelle est la maison type dans la région de Québec en 2017?
La maison type? Une maison où il devrait faire bon vivre. Où la lumière naturelle, les interrelations fonctionnelles et spatiales enrichiraient nos expériences, notre plaisir à profiter de ce lieu privilégié. Cette question devrait toucher beaucoup plus le fond que la forme. Les murs, les ouvertures, les proportions spatiales sont le siège de nos souvenirs. Ainsi, pouvons-nous nous rappeler aisément les lieux de notre enfance, de notre travail, de notre vie adulte. J'ose espérer que la maison de 2017 est accueillante et paisible, qu'elle est empreinte d'ouverture. 
Selon vous, comment sera la maison type en 2037, dans 20 ans?
Elle aura la forme nécessaire, la dimension requise, de même que les dispositions qui organisent un espace fonctionnel, juste et approprié pour les usagers. Espérons qu'elle sera constituée de matériaux durables, de qualité et qui permettront d'assurer une pérennité à la maison. Que nous utiliserons des ressources et des énergies présentes dans nos régions pour ériger ou bonifier ces constructions.
Nous sommes d'excellents créateurs et pouvons réaliser des bâtiments de qualité. Il faudra oser être plus sobre dans les choix de la facture esthétique et amplifier les notions de qualité et de longévité.
Cette maison renouvelée de 2037 aura reconquis les espaces urbains existants en les densifiant. Ce qui permettra de renouer avec des pôles accessibles à pied ou à vélo. Qui sait, peut-être que dans cette organisation de proximité, vous y ferez de belles rencontres.
Peut-être qu'à mes propos, vous aurez même envie de travailler avec les nombreux architectes qui savent concevoir ces créations et qui, par leur travail, bonifient l'organisation d'un lieu, ici, la maison. Cet endroit unique qui vous est dédié, ce repaire, cette pause, ce refuge, ce lieu unique.
Qu'adviendra-t-il de nos quartiers de bungalows?
Je les souhaite réinvestis par de nouvelles familles. J'espère que ces quartiers bordés d'arbres matures et de constructions de qualité seront remis sur la carte. Que le marché résidentiel actuel permettra l'achat de ces maisons parfois onéreuses dans des quartiers à proximité des centres, des parcours d'autobus, des magnifiques parcs aménagés et des écoles. Ils sont à redécouvrir! Certains nouveaux propriétaires préservent l'essence architecturale d'origine des bungalows, tout en assurant un passage actuel et juste, en apportant des modifications, en remplaçant des composantes désuètes. Ils permettent, par leurs efforts, de bonifier ces quartiers et de leur donner un nouvel élan. 
Que pensez-vous de la mode des mini-maisons?
Associer les mini-maisons à une mode pourrait suggérer que celles-ci, au même titre qu'un vêtement dernier cri, passera de mode. Je ne pense pas que ce soit sous cet angle que ces nouvelles (pas si nouvelles) constructions doivent être observées. Elles représentent pour leurs propriétaires un réel besoin de contraindre leur espace à des besoins minimaux, étudiés et hautement organisés, de profiter non seulement de la maison, mais de ce qui dépasse ses murs. Elles sont le reflet d'un mode de vie. 
Souhaitons-nous tous adhérer à ce mode de vie ? J'émettrais l'hypothèse suivante : quoiqu'invitantes, souvent très ingénieuses et esthétiques, elles tranchent grandement avec les vastes espaces intérieurs habités par les Québécois. Encore aujourd'hui, une maison d'envergure demeure l'expression d'une fierté personnelle, bien loin du concept très judicieux et de son temps des mini-maisons. Cette approche spatiale, même si elle bouscule les habitudes de vie apprises dès le jeune âge, est assurément contemporaine. Les mini-maisons limitent les charges énergétiques, utilisent peu de surface, permettent une mobilité et une emprise au sol minimale. Mais comme je l'ai mentionné, sommes-nous prêts à enfin nous lancer?
Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit quand vous pensez au projet de tour Le Phare? Quelle serait, selon vous, la limite optimale de hauteur pour permettre la densification à Québec et pourquoi?
Pour être un «phare», faut-il s'ériger aussi haut? Ce n'est peut-être pas une vision architecturale, mais plutôt une vision économique de l'usage d'un lot qui influence tant la direction verticale. Je n'oserais pas me commettre sur une hauteur idéale. Si je connaissais cet idéal répondant aux besoins de tous, qui ferait le bonheur du citoyen, du promoteur, du commerçant et des professionnels, nul doute que j'aurais donné le précieux métrage.
Au risque de me faire remettre à l'ordre par des collègues, j'ai remarqué que le projet s'est transformé à la suite de commentaires de multiples provenances. Les perspectives et les efforts visuels sont séduisants. Constater que le projet poursuit son amélioration pour mieux s'arrimer avec le contexte bâti existant est porteur. S'il tient compte des impacts à l'échelle humaine tout en poursuivant l'objectif d'être ce «phare», il est possible qu'il rallie les passions plutôt que de soulever un tollé.