Michelle Desrochers lit, mange et écoute de la musique dans ce vivoir lumineux où les plantes sont très heureuses.

La maison du samedi soir

Michelle Desrochers l'appelle sa «maison du samedi soir». Elle en est éprise depuis 43 ans et ne lui trouve aucun défaut. «Il n'y a pas de mais», glisse-t-elle, alors qu'elle papillonne de pièce en pièce, en saupoudrant les anecdotes et les souvenirs familiaux.
Il est rare d'entendre un propriétaire exprimer tant d'attachement pour sa maison. Michelle Desrochers a un don pour le bonheur. «Je suis une Bélier, il faut que j'aie du plaisir», confie cette dynamique retraitée qui place la famille au coeur de sa vie.
Ses trois enfants et ses trois petits-enfants sont partout dans la maison : dans les photos d'eux à diverses étapes de leur vie; dans les dessins encadrés de ses petits trésors; dans les chambres qu'elle a aménagées pour les recevoir.
«C'est une richesse, la famille», s'émeut-elle en évoquant Noël qui les réunit ici toute une semaine, Pâques qui les ramène pendant une longue fin de semaine, et cette fameuse randonnée à vélo qu'ils font tous ensemble chaque été. Ces rituels l'attachent à sa maison et c'est avec beaucoup de tendresse qu'elle décrit le grand hall encombré de valises quand ils arrivent de Mont­réal, de Gatineau et de Chicoutimi.
«Comment je ferais si j'étais en condo?» demande-t-elle, comme pour se justifier de vivre toute seule dans une si grande résidence.
Construite en 1964, cette maison canadienne est située dans ce qu'on appelait autrefois le «quartier des fonctionnaires», dans une rue qui donne sur «le petit boulevard Laurier», dans Sillery.
<p>Le plancher du hall a conservé ses tuiles d'ardoise originales. Des bandes ont été dessinées sur le bas des murs avec de la «peinture structurée».</p>
Michelle Desrochers et son mari l'ont achetée en 1971, et la dame lui a fait subir une cure de rajeunissement en 2002, sous les bons soins de la designer d'intérieur Renée Fontaine, qu'elle avait rencontrée au salon Expo habitat. «J'étais tombée en amour avec son kiosque, relate-t-elle. Je lui avais dit : "C'est vous que je cherchais."»
«Elle m'a fait un château», se réjouit Michelle Desrochers. «C'est une fée.» La designer a passé deux ans dans cet intérieur classique dont elle a transformé tout le rez-de-chaussée avec un électricien, deux peintres et trois menuisiers. Elle a rajeuni la cuisine, ajouté des poutres, des arches, des corbeaux, des moulures, repeint les murs et les éléments architecturaux. Elle lui a en somme redonné du panache et ses «lettres de noblesse».
«J'ai tellement de bonheur à me promener dans cette maison que j'adore», laisse tomber Michelle Desrochers. À 69 ans, elle n'y puise que du positif et s'offre de l'aide pour les tâches d'entretien, ce qui lui laisse du temps pour ses trois entraînements hebdomadaires de taekwondo. Cette ancienne infirmière est une dynamo sur deux pattes.
Chaque pièce de mobilier a son histoire. Il n'est pas question, ici, de diktats contemporains ou de respect des tendances. Michelle Desrochers vit dans un environnement extrêmement personnalisé, composé de meubles qui ont du vécu, de plantes chouchoutées, de lumière bienfaisante, ainsi que des mille et un détails qui façonnent une famille.
«C'est ma maison du samedi soir, résume-t-elle. On a envie de se mettre chic quand on y est.»