L'artisane-ébéniste Vicky Dessureault dans son atelier

La chaiserie: sauvons les chaises!

«Certaines personnes récupèrent des chaises dans les poubelles, dehors. Elles viennent me voir et me demandent si elles ont bien fait de les ramasser. Souvent la réponse, c'est oui!» À voir l'éclat dans les yeux de l'artisane-ébéniste Vicky Dessureault, nul doute qu'il y a de nombreux trésors qui dorment encore dans les sous-sols québécois.
Est-ce que Vicky Dessureault est tombée dans l'ébénisterie quand elle était jeune? Oui. Du moins, assez pour être «fascinée par les machines». «Mon arrière-grand-père et mon grand-père étaient ébénistes, et c'est un univers qui me stimulait.»
À cette fascination se sont ajoutés une formation en design d'intérieur, puis un intérêt marqué pour le patrimoine. Comme sur un chemin déjà tracé d'avance, Mme Dessureault s'est inscrite en histoire de l'art, pour mieux comprendre et saisir les subtilités des meubles d'époque, véritables oeuvres d'art.
Après le design et l'histoire, elle a appris l'ébénisterie. Une formation qui l'a convaincue de faire de la restauration de chaises. «La fabrication est une partie de mon travail, mais la restauration, donner un second souffle, ça, c'est ce qui m'attire le plus.»
Elle lançait La chaiserie en 2005 et ouvrait sa boutique sur la 3e Avenue, dans Limoilou, en 2007.
<p>Chaise en rempaillage</p>
Amoureuse du patrimoine
La chaiserie, c'est aussi une façon de protéger le patrimoine. «Durant ma formation en design d'intérieur, j'ai réalisé combien de belles choses nous entourent. Je me suis dit : "Il faut sauver ces meubles-là!"»
La migration de plusieurs fabrications d'époque dans les années 70 et 80 désole Vicky Dessureault. La vague de revendeurs américains qui cherchaient d'anciens meubles a vidé les greniers du Québec. «Il y a tellement [de choses] qui sont parties aux États-Unis. Ce qu'il nous reste, il faut le conserver», répète, comme une mission, Mme Dessureault.
«Dans mon travail, je conserve le maximum, c'est un principe de base. Je ne décape pas pour décaper. La conservation, c'est le mot d'ordre», souligne Vicky Dessureault. «Je respecte l'histoire de la chaise, je n'irai pas mettre n'importe quel fond paillé.»
À côté d'elle, de grandes chaises en teck des années 70 fraîchement regarnies d'un nouveau dossier. Si toutes les chaises se restaurent, les plus anciennes demeurent les plus intéressantes. «Parce qu'il y a plus d'histoire, parce que les gens ont un sentiment d'appartenance envers ces meubles-là et parce qu'ils sont bien fabriqués, tout cela est un avantage pour moi. Les meubles d'aujourd'hui sont souvent mal fabriqués, alors on fait plus de la réparation que de la restauration.»
Et si, pour certaines personnes, les antiquités représentent la misère et l'atmosphère dans laquelle elles ont grandi, d'autres, plus jeunes ou plus collectionneuses, y voient un legs. À voir le local tapissé de chaises, elles sont nombreuses à vouloir sauver les chaises!
<p>Pour un fond en cannage, après avoir mouillé les brins, il faut aligner les fibres verticales, puis les horizontales. On double ensuite les lignes verticales et horizontales et on commence à tresser. On termine avec un tressage en diagonale. Nul besoin de colle; en séchant, les brins gardent leur forme. </p>
S.O.S. protection
Pour prolonger la durée de vie d'une chaise avec un fond en fibre naturelle, il faut répartir la pression sur toute la surface plutôt que localement. Comprendre : on ne monte pas debout sur la chaise! Pour garder sa chaise en bon état, il est conseillé de la frotter avec une huile de lin, une huile d'abrasin ou toute autre huile naturelle une fois par année ou, au mieux, une fois par saison. 
À chacun son siège
Entre la technique du rempaillage, du cannage et du tressage, le modèle, la couleur et la finition ont une grande importance dans le choix du fond ou du dossier de chaise.
«Tout le monde peut réussir à faire un fond de chaise, mais il faut se donner du temps», rappelle Vicky Dessureault, qui peut passer plusieurs jours sur une même chaise. Ou quelques heures, selon la technique choisie.  Elle se fait d'ailleurs un plaisir de conseiller les propriétaires et d'analyser les pièces. «Je trouve plein de petits détails de ce que les gens ont fait avec leur chaise. Est-ce qu'ils ont travaillé avec? Se sont-ils juste assis? Il faut être fins observateurs pour ne pas effacer ces détails-là.»
Information : Atelier La chaiserie, 418 524-3837 et www.facebook.com/AtelierLaChaiserie