«La beauté gratuite» du bois flotté et de la céramique de plage

La grève de Baie-des-Sables est la plus propre du Bas-Saint-Laurent. Bertrand Cloutier y zigzague quelques heures chaque jour en quête de bois flotté et de «céramique de plage». Il en tire des tableaux et des lampes qui distillent des émotions juvéniles.
Ce jeune sexagénaire solitaire connaît les vagues et les marées qui charrient sur sa plage sauvage des matériaux à «la beauté gratuite». Bertrand Cloutier n'intervient jamais sur les morceaux de bois, les tessons de verre ou les fragments de plastique qu'il déniche. Il les ramasse, les nettoie, les trie et les fait sécher, parfois pendant plusieurs années.
Des centaines de bacs dispersés dans son atelier contiennent les matériaux qu'il classe de façon méthodique par grandeurs, formes et couleurs : branches polies par le sel, bâtons de hockey cassés, planches de contreplaqué, pompes d'asthmatique, blocs Lego, seringues, bigoudis et 1001 débris de verre et de céramique. L'artiste n'obéit qu'à une règle: les assembler de façon harmonieuse en partant de l'émotion qu'ils suscitent.
Il dit qu'il fait du «surcyclage»: il rend un objet plus beau dans sa deuxième vie que dans sa première. Un moineau de badminton transformé en queue d'oiseau, par exemple, ou des pièces de verre juxtaposées en mosaïques représentant des voiliers ou des personnages naïfs.
Ses lampes sont des oeuvres d'art. Plusieurs sont exposées dans la Maison ERE 132, aux Jardins de Métis. «Une lampe dans un décor, c'est comme une broche sur un veston», analyse l'artisan. Avec du papier qu'il achète chez DeSerres, il fabrique lui-même certains de ses abat-jour, qui se prennent pour de jolies «courtepointes lumineuses».
«C'est une passion; je me réveille la nuit en pensant à mon bois», confie l'homme originaire de Saint-Adolphe, non loin de Québec.
Sa boutique (Atelier Bertrand) est installée à même la maison de Baie-des-Sables où il vit depuis novembre 2010. Bertrand Cloutier accueille les clients avec gentillesse et générosité. Mais quand ils repartent avec un tableau, ils l'amputent d'une infime part de lui-même. Ça commence avec l'émotion... et ça finit de la même manière. C'est le lot de l'artiste.