La maison Bignell

Joyaux menacés: la maison Bignell et le centre Durocher

Québec, ville d'histoire, de patrimoine mondial. Québec, aimant à touristes. Québec, qui veut se faire belle pour épater la galerie... La «fierpette» capitale peine toutefois à préserver certains de ses plus beaux atours.
Consultant en patrimoine chez Patri-Arch et chargé de cours à l'Université Laval, Martin Dubois (MD) s'en est récemment inquiété dans son blogue (www.contact.ulaval.ca/blogues). Le spécialiste nous convie à une visite guidée en 10 lieux menacés. Le directeur général d'Action patrimoine, Pierre B. Landry (PBL) agrémentera le parcours de ses commentaires. La conseillère municipale Julie Lemieux (JL), vice-présidente du comité exécutif, fermera la marche pour expliquer ce que la Ville fait (ou ne fait pas) pour préserver ces sites d'exception. En route!
La maison Bignell, 1524, côte à Gignac
MD Un citoyen du secteur de Sillery possède cette maison bicentenaire dans sa cour. De style néoclassique, elle a été construite en 1811 par un riche marchand écossais. «Elle aussi est à l'abandon. Ce serait la plus vieille maison encore debout dans l'arrondissement historique de Sillery. Si on ne fait rien, un jour elle va être tellement en mauvais état qu'on ne pourra plus la sauver.» Même si la demeure est protégée par la Loi sur le patrimoine culturel, les autorités semblent impuissantes...
PBL «C'est une maison ancienne vraiment intéressante. [...] Avec une restauration appropriée, ce serait un petit bijou. La maison vaut la peine d'être conservée. Elle est encore récupérable [...]. Elle est vraiment dans un état pitoyable.»
JL «C'est un dossier qui date aussi, ça fait vraiment plusieurs années.» En 2011, la Ville a effectué des travaux d'urgence de 15 000 $ afin de «freiner la détérioration». «Ça reste une propriété privée. On a eu des discussions avec le propriétaire. On essaie de le convaincre de soit la vendre, soit la restaurer au complet. Ce n'est pas simple. [...] Ça reste chez lui.»
<p>Le centre Durocher</p>
Le centre Durocher, 290, rue de Carillon
MD «C'est un bâtiment plus moderne, de 1950. Souvent, les gens ne voient pas la valeur patrimoniale. Mais il faut conserver des traces de toutes les époques sinon il va y avoir des trous dans l'histoire. Ça a toujours été un lieu public. Avant le centre communautaire, ça a été un marché public. C'est comme préserver la mémoire publique, l'usage public.» L'édifice est un legs des pères Oblats. Au moins, la Ville pourrait exiger que la tour d'entrée octogonale, décorée de bas-reliefs, soit intégrée au futur complexe d'habitation envisagé sur le site.
PBL «C'est une bataille perdue et c'est dommage. [...] Le bâtiment, il est perdu. Je ne vois pas comment on réussirait à renverser la vapeur.» Pourtant, l'édifice a une valeur réelle. L'amiante présent dans les murs rend toutefois les coûts d'une restauration «complètement prohibitifs». [NDLR : La Ville a refusé d'assumer les travaux évalués entre 23 millions $ et 30 millions $.]
JL «Ce n'est pas un immeuble qui appartient à la Ville.» La démolition est décrétée. Le projet de remplacement n'a pas encore reçu le feu vert de la Commission d'urbanisme et de conservation de Québec. Il n'est même pas acquis que la tour centrale pourrait être conservée afin de l'intégrer aux futures bâtisses de logements. «C'est un immeuble qui a beaucoup, beaucoup d'amiante à l'intérieur. [...] Ce n'est pas un immeuble qui est en bonne condition et l'amiante est un enjeu.»