Johanne Piché aime le contraste du noir et du blanc. Sa nouvelle collection, qui comprend aussi des vases et des feuilles, y fait écho.

Johanne Piché, artiste du Mocha Tea

Sur les plateaux, les assiettes et les bols de Johanne Piché, certains voient des arbres, des cellules, des fossiles, des dendrites, qui se dessinent à la surface d'une pierre. Pour obtenir ces jolies ramifications, la céramiste utilise une technique d'ornementation répandue à la fin du XVIIIe siècle, qu'elle revisite à sa manière : le Mocha Tea.
Dans son atelier, au sous-sol de sa maison patrimoniale dans le Vieux-Québec, flotte une petite odeur âcre. Autrefois, quelques gouttes d'oxydes colorants étaient délayées dans du jus de tabac pour obtenir le mélange à l'origine des motifs arborescents. Johanne Piché a troqué les oxydes de fer ou de manganèse pour des pigments commerciaux et le jus de tabac pour du vinaigre. «Ça prend un mordant pour l'effet», explique-t-elle.
La céramiste adore jouer avec les textures. En témoigne ce plateau, ourlé comme un encadrement.
Sa mixture ressemble à de l'encre de Chine. Elle la dépose par goutte sur de l'argile liquide, «l'engobe», qu'elle vient de verser sur une pièce d'argile pas tout à fait sèche, à la consistance du cuir. Elle incline la main, le liquide se répand. «On arrive à créer des paysages, mais c'est assez aléatoire», poursuit la céramiste qui s'y exerce depuis cinq ans. Avec une éponge, elle peut nettoyer et recommencer. Mais visiblement, la main est agile et le résultat, fascinant.
Il faudra ensuite laisser sécher doucement sous un plastique, pour éviter que le tout ne craquelle. Une première cuisson, l'application d'un émail transparent, puis une seconde cuisson viendront sceller le travail.
Dans les étagères ordonnées, l'inventaire se gonfle. Johanne Piché prépare sa collection pour l'expo-vente Carac'Terre dans le quartier Saint-Roch, fin juin. Déjà l'an dernier, elle avait attiré notre oeil avec ses petits tableaux délicats aux motifs intrigants. La céramiste aime les textures et reproduit en marge des moulures d'encadrement, ce qui renforce cette impression de toiles miniatures. Objets de contemplation ou poteries utilitaires, ses pièces peuvent aussi bien être exposées au mur que servir pour la table. Johanne Piché confectionne aussi des bijoux décorés à la façon Mocha Tea.
Assiette, tableau ou objet de curiosité, cette jolie pièce décorée selon la technique du Mocha Tea est l'une des préférées de Johanne Piché.
En plus de cette série qui se décline en noir et blanc, elle tourne et façonne des cache-pots, des plateaux en forme de feuilles d'asclépiades, de rhubarbe, d'hosta. La nature a toujours été sa source d'inspiration et le fil conducteur de ses créations.
Prochain défi, elle voudrait pousser le dessin ornemental, même si «on ne s'improvise pas Marcelle Ferron du jour au lendemain», dit-elle en référence à l'artiste québécoise. Autodidacte, Johanne Piché a une curiosité contagieuse. La céramiste aime changer de technique de cuisson, de glaçure, sortir de sa zone de confort. Depuis 30 ans, elle baigne dans ce monde où elle a été technicienne, animatrice, enseignante. Elle a suivi différentes classes de maître. «Actuellement, ma création se veut libre.»
Johanne Piché en pleine démonstration
Son amour pour la poterie est tangible, chaque armoire de sa maison recèle des pièces d'autres céramistes. «C'est notre patrimoine», clame-t-elle.
Carac'Terre à Québec, 1001 pots à Val-David, Johanne Piché propose sa production dans les marchés de poterie.
Autrement, il est possible de la joindre directement par courriel : jpiche@bell.net