Jardin de Métis: au-delà des fleurs

Les Jardins de Métis hébergent un bâtiment qui ressemble à une grange, la Maison des créateurs. Elle est destinée à la dizaine de stagiaires qui passent par le site chaque été. Elle a été conçue par une femme de 26 ans, Émilie Gagné-Loranger, elle-même architecte stagiaire à l'Atelier Pierre Thibault.
Constituée de deux volumes rectangulaires de cèdre, la maison a été bâtie en contrebas d'un terrain en pente de façon à «limiter l'impact visuel de la route 132». Le premier module contient la cuisine et le salon; le second, les chambres, ainsi que les deux douches et les deux toilettes, toutes séparées les unes des autres.
La route est bruyante. Émilie a donc créé des «zones tampons» en disposant à l'avant de chacun des volumes les «espaces de services», soit la cuisine, le grand bureau et les salles de bain. Le salon et les trois chambres donnent sur les champs et sur la forêt, à l'arrière.
Pendant l'hiver, l'ébéniste Gervais Pineau et ses quatre ouvriers ont préfabriqué, dans un atelier de Saint-Léandre-de-Matane, les panneaux en pin des murs et du toit. Ils ont prémonté les cadres rigides de la structure d'épinette, les ont transportés, puis assemblés sur le chantier.
M. Pineau a aussi confectionné le mobilier intégré. Il est fier du bureau longiligne qui occupe tout un mur et qui se prolonge en meuble-lavabo dans la salle d'eau attenante.
Les chambres sont simples et fonctionnelles. Malgré leur étroitesse, elles offrent beaucoup de rangement intégré et la nature en guise de tableaux.
Les espaces devaient être «flexibles» afin de convenir à des stagiaires de formations différentes (architecture, aménagement paysager) qui viennent en groupes durant l'été, et aux artistes solitaires qui s'installeront en résidence pendant l'hiver.
La mezzanine qui surplombe le salon a été conçue comme un «cocon» où les occupants peuvent s'isoler du groupe et jouir d'une ambiance différente.
La structure de bois est apparente à l'intérieur de la maison, qui est donc isolée par l'extérieur. Gervais Pineau fait remarquer qu'il n'y a aucune moulure, aucune plinthe. L'exécution a demandé une extrême précision.
Il s'agit de l'un des premiers projets d'Émilie Gagné-Loranger. Elle y a travaillé pendant l'automne en précisant qu'elle a eu l'aide de ses collègues.
L'influence de l'architecte Pierre Thibault transparaît dans cette maison qui s'inscrit, et s'efface presque, dans le paysage du Bas-Saint-Laurent.
Gervais Pineau: élevé «sur un tas de ripe»
Formé par son père et par son oncle dès l'âge de 14 ans, l'ébéniste Gervais Pineau clame qu'il a été élevé «sur un tas de ripe». Il se vante d'avoir travaillé pour Guy Laliberté et d'avoir du bois jusqu'à la fin de ses jours. Une rencontre avec lui, c'est une phrase, une anecdote.
L'ébéniste de 64 ans a commencé à travailler pour les Jardins de Métis en 1995. Leur directeur, Alexander Reford, était venu le solliciter à sa maison de Saint-Léandre-de-Matane, bâtie dans un rang du Bas-Saint-Laurent.
Cette maison, Gervais Pineau l'a «commencée» en 1976, «au maillet et à la scie à bois», et il s'est résigné à la finir une fois à la retraite. Un an avant, il avait déniché sa terre, qu'il avait payée «3000 piastres». C'étaient les «années peace and love» et Gervais Pineau les a vécues à fond. Avant d'arrêter de boire, en 1984, il travaillait à un rythme particulier: «une pierre, une bière», relate-t-il en pouffant. Sa maison, ce fut son école.
«Avec du bois, point!»
En 1995, «ma shop était encore dans maison», poursuit-il. Aujourd'hui, son atelier indépendant (Charpenterie et Menuiserie Petchedetz) s'élève sur trois niveaux pourvus de grandes fenêtres plus que centenaires récupérées dans une église de Saint-Joseph-de-Lepage. Il y construit des maisons, des bateaux, des meubles. «Avec du bois, point!»
Lorsque les forêts des alentours ont été rasées pour faire place à des éoliennes, Gervais Pineau a acheté les érables en une quantité telle qu'il en a jusqu'à sa mort. Quand le chantier d'AMT Marine, à Lévis, a fermé, il a ramassé tout le sapin Douglas (BC-Fir) qui s'y trouvait. Il s'est jadis approvisionné sur les «terres de la Reine», à Saint-Adelme, où il avait trouvé des épinettes «de quatre pieds de diamètre et de 91 pieds de longueur» dont il s'est servi pour les poutres de sa maison.
Il honore des contrats dans tout le Québec. Il a bâti, entre autres, le pavillon d'accueil des Jardins de Métis et du mobilier pour la Maison ERE 132. Il a construit un pavillon asiatique pour Guy Laliberté à Saint-Bruno. Et il s'est fait connaître avec la maison modèle qu'il a érigée en l'an 2000 sur le chemin des Patriotes, à Saint-Hilaire, afin de montrer «toutes les possibilités du bois».
Ce grand enfant de 64 ans roule en décapotable. Il est aussi un sacré collectionneur. Sa maison et son atelier débordent de jouets, d'antiquités, de bouteilles, de 1001 trouvailles qu'il exhibe avec autant de fierté et de plaisir que ses maisons et ses meubles.