Jamais sans mon café!

Un geste banal, préparer son café? Pour les passionnés, c’est tout le contraire. Lorsqu’on entre en profondeur dans le monde du café, on découvre des façons étonnantes de savourer cette boisson, qui est beaucoup plus qu’un carburant quotidien. Avec style en plus!

V60, Chemex, Aeropress, ça vous dit quelque chose? Depuis que la troisième vague de café (par là on entend la reconnaissance de l’importance donnée à chaque maillon de la chaîne du café) a touché le Québec il y a plus de 10 ans, de nouvelles méthodes d’infusion comme celles-ci ont gagné du terrain. 

On découvre des grains de meilleure qualité, achetés directement aux producteurs, et souvent torréfiés ici. Quand on demande à des férus du café comme Louis Roy-Couture et Florence Lahoud-Douville, propriétaires du Mayflower, quelle est leur méthode d’infusion préférée, la réponse est sans équivoque. «On ne vit que pour le V60». Le Hario V60, un infuseur japonais nommé ainsi d’après l’angle de 60 degrés de sa forme en V, est accessible mais exige de la précision. Il faut maîtriser le flow avec la bouilloire, explique Louis. Selon le barista, cet infuseur permet de «faire sortir tout le côté exceptionnel du café, sa personnalité». Il met également au grand jour les facettes moins reluisantes d’un café, s’il y en a. «Tu ne peux pas cacher une mauvaise torréfaction».

Le Chemex est un très bel objet que l’on veut laisser à la vue sur un comptoir ou une tablette.

Julie Audet, directrice du contrôle de la qualité et des achats de grains verts chez Saint-Henri Micro Torréfacteur, a elle aussi élu le Hario V60 à titre de méthode d’infusion préférée et déguste sa tasse de 8 onces chaque matin. «Lorsque l’extraction est réussie, il permet de goûter clairement les subtilités propres au terroir d’un café». Elle qui est aussi responsable du programme de formations à l’interne et pour les consommateurs a remarqué une hausse de popularité pour les infuseurs manuels. «Le filtre est une méthode beaucoup moins concentrée que l’espresso et permet de goûter plus facilement les caractéristiques d’un café, quand il est préparé avec précision et avec les bons équipements.» 

Le Hario V60, le choix le plus populaire parmi les infuseurs manuels.

Quant à Constantin Ioan, copropriétaire du Nektar Torréfacteur, il utilise une cafetière électrique à filtres Bonnavita. «Les arômes sont plus délicats et le breuvage a moins de corps qu’en espresso, mais j’ai toujours préféré le filtre. Une bonne machine qui est capable de chauffer l’eau à la bonne température permet de sortir toute la gamme de saveurs d’un terroir donné.»

Découvrir les infuseurs manuels

Louis Roy-Couture recommande l’AeroPress pour les débutants, car l’appareil est plus simple à maîtriser que le Hario V60 et permet d’obtenir des résultats presque aussi satisfaisants. Comme il est léger et compact, il se transporte très bien en randonnée ou en camping, tout comme l’infuseur pleine immersion que l’on connaît aussi sous le nom de Clever Dripper.

L’AeroPress est une méthode à pression manuelle qui permet d’obtenir un café avec du corps, se rapprochant de l’espresso.

Le Chemex, créé en 1941 par le chimiste Peter J. Shclumbohm, est une carafe en borosilicate (moins pratique pour le camping, celle-là!). Comme le filtre utilisé pour cette méthode est plus épais, le café qui s’en écoule est plus clair et les notes sont plus légères. 

Des guides d’infusion complets sont disponibles sur le site Web du Saint-Henri : sainthenri.ca/pages/infusion.

Le Clever Dripper se place directement sur la tasse lorsque le temps d’infusion est écoulé et le café coule grâce à un mécanisme intégré.

Les essentiels des geeks de café

Bien que les infuseurs manuels sont moins onéreux qu’une machine à espresso, il n’en reste pas moins que la facture peut monter rapidement si l’on se procure tous les à côtés qui permettront d’obtenir un breuvage parfait. Parmi les essentiels, on retrouve le moulin à meules pour moudre le café juste avant l’extraction, une balance précise pour calculer son ratio de café et d’eau ainsi qu’une bouilloire à col de cygne. «Le plus important, c’est une mouture fraîche et homogène. Un bon moulin, ça change une vie», insiste Constantin Ioan.

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QUAND CAFÉ RIME AVEC DESIGN

Une manne d’accessoires liés au café exhibent un esthétisme soigné et certains artisans poussent la note plus loin en choisissant des matériaux nobles tels que le bois et la porcelaine. Il n’est donc pas du tout gênant de les laisser à la vue, sur une tablette, un comptoir, ou dans une vitrine. Voici quelques coups de cœur. 

La tasse-gobelet «Québec» (aussi disponible en version «Limoilou») en porcelaine blanche et tournée à la main est produite en quantité limitée par la céramiste Cindy Labrecque. Visuel par Émilie Hébert. En prévente chez Article 721, article721.com

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AMÉNAGER SON COIN CAFÉ À LA MAISON

Comme le travail à la maison sera de plus en plus répandu dans les mois et les années à venir, il peut être judicieux de penser à un coin café convivial à la maison. Une station café indépendante permet d’avoir tout à portée de main. On peut créer un espace dans la cuisine ou la salle à manger avec un comptoir, des tablettes pour mettre les tasses et son infuseur manuel, un espace fermé en bas pour disposer l’équipement d’entretien ou les accessoires que l’on utilise moins souvent. 

Tous les matins, Michel Arnautovitch active ses appareils pour servir à qui le veut bien le café de son choix, en calculant avec précision la quantité, la température, la grosseur de la mouture et la durée d’extraction. Il aime fréquenter le Mayflower et discuter de sa passion avec Louis et Florence, les propriétaires. «Un café, pour moi, c’est comme un pont pour communiquer!»

«Quand on refait la cuisine, c’est le temps d’y penser parce que ce sont des coins qui se prévoient bien, qui allègent visuellement des gros modules de cuisine. Ça fait des endroits plus aérés, plus punch», conseille Matthieu Boulianne, designer chez Atelier C3 Design. On peut s’inspirer d’un bar à café que l’on a aimé fréquenter en voyage, avec des couleurs vives, ou encore opter pour un style plus chic, avec du noir, du bois et des plantes, qui traversera bien le temps. 

Jérôme Lévesque, qui a déjà été barista à Québec, aime se faire un V60 le matin avec des grains de café qui proviennent de ses torréfacteurs québécois préférés. «Surtout en ce moment, je trouve que c’est important d’encourager local. C’est une période difficile pour les cafés indépendants.» Il aime boire sa tasse sur son balcon et profiter des rayons du soleil.

Pour une station café où l’on utilise seulement des infuseurs manuels, on pourrait penser à un chariot, très tendance, qui donnera un look chic vintage à la pièce. Si l’on souhaite intégrer la machine à espresso dans un caisson intégré et caché, il faut penser à une tablette coulissante, une prise qui coupera le courant lorsque l’armoire sera fermée (une exigence du Code du bâtiment) ainsi qu’un espace suffisant (48 à 60 po de hauteur) pour éviter d’endommager les matériaux avec la vapeur. Pour un coin café vraiment optimal, on peut penser à intégrer un évier, un robinet mural, un réfrigérateur, une poubelle intégrée, etc.