Le Pôle culturel du Monastère des Ursulines a demandé à l’ébéniste de reproduire la pomme fractionnée qui servait jadis à apprendre les fractions.

Jacob Couture: l’ébéniste aux mille talents

Cannage, cache-pots, planches à découper, meubles sur mesure... Jacob Couture multiplie les projets et les expertises. Formé en histoire de l’art, puis en ébénisterie à l’École des métiers d’art, l’artisan de 28 ans établi à Limoilou restaure des antiquités et façonne des objets et des meubles contemporains avec le même enthousiasme indéfectible.

«Chez nous, on taponne. J’ai une grand-mère tisserande, un grand-père ébéniste et des parents entrepreneurs. Le fait main a toujours été dans ma vie, c’est juste que je ne m’en rendais pas compte», indique Jacob Couture. 

Il nous accueille tout sourire dans l’atelier de la rue Soumande qu’il partage depuis juin avec deux autres ébénistes. Arrivé tôt, il a déjà entrepris de réparer une chaise creusée de jolis dessins, mais où personne ne s’est assis depuis bien longtemps. Puisqu’il est l’un des seuls artisans de Québec et les environs à faire du cannage, ce tressage en fibre de rotin qui crée un motif ajourné, les commandes de clients vont bon train.

L’ébéniste Jacob Couture est l’un des seuls à faire du cannage dans la région de Québec.

Les chaises sont devenues l’une de ses passions. À l’exposition des finissants de l’École des métiers d’art, il avait présenté un fauteuil à la scandinave, tressé avec de la corde selon une technique danoise.

«Je me suis dit que je pourrais enchaîner avec une autre technique de corde. J’ai travaillé le motif de diamant, où ça converge vers le centre, puis la babiche. J’ai gardé le cannage pour la fin, parce que je savais que c’était un des tressages les plus complexes», raconte-t-il.

Cache-pot fait par L’Effronté

Pendant sa formation en sculpture, il travaillait dans un atelier de restauration de meubles et voyait régulièrement repartir des clients bredouilles, faute d’avoir trouvé quelqu’un capable de refaire le cannage des meubles conservés dans le patrimoine familial. «Il y a un aspect émotif lié à ces objets. On me dit souvent que c’est la chaise du grand-père ou de l’arrière-grand-mère. À ce moment-là, la chaise devient un peu la substitution de la personne», note-t-il.

Un bureau de travail démontable fait sur mesure.

À l’aide de livres et de vidéos, il a appris à poser des feuilles de cannage mécanisé dans les structures de bois pourvues de rainures et à tresser la canne à la main lorsque celles-ci étaient percées de trous. Un siège fait à la main peut prendre une douzaine d’heures. La distance entre les trous et leur grosseur lui indiquent la largeur du brin de canne à utiliser.

Le Pôle culturel du Monastère des Ursulines a demandé à l’ébéniste de reproduire la pomme fractionnée qui servait jadis à apprendre les fractions.

Dans certains cas où il n’y a ni trous ni rainures, il faut coincer la fibre avec de petites pointes de bois, qui ressemblent à des tees de golf, faire le motif puis coller le tressage en place. «J’aime surtout le processus. Le tressage, c’est très méditatif. Souvent je finis mes journées ou mes semaines avec ça. Ça change du travail d’ébénisterie, où on évolue dans le bruit, la poussière et les produits.»

Le cannage classique vu de près

En marge du cannage, Jacob Couture s’est fait connaître pour ses cache-pots en différentes essences de bois marqués du sceau de l’atelier L’Effronté. Ceux-ci avaient été sélectionnés pour faire partie du kiosque de la relève lors du Salon des artisans de Québec en 2018 et lui avaient fait remporter le Prix coup de cœur relève et la bourse de la relève en métiers d’art. Les noms de ses collections TRÄ et SKOGEN (qui comprend aussi des échasses pour surélever les pots) rappellent les noms des modèles d’un certain géant suédois, mais sont faits à Québec de manière artisanale.

Chaises de Jacob Couture présentées à l’exposition des finissants en métiers d’art en 2019.

Sa pratique éclectique se bonifie au fil des commandes et des collaborations. Il construit, il décape, il sable, il peint, restaure ou construit à partir de zéro. «Je dis souvent à mes clients que je suis un package deal», illustre-t-il.

Le cannage mécanique, en rouleau, permet d’aller plus vite que le cannage classique (à la main), mais demande que la surface à combler soit entourée d’une rainure.

On trouve la griffe de Jacob Couture un peu partout en ville; l’enseigne-sandwich de la brasserie artisanale le Griendel, les présentoirs de la boutique de soins biologiques Bloomi, les meubles qui servent à ranger les audioguides du Musée national des beaux-arts… L’ébéniste a aussi rempli un mandat inusité pour le Pôle culturel du Monastère des Ursulines. Il a eu à reproduire une pomme fractionnée, qui permettait aux religieuses d’enseigner les fractions aux jeunes filles, à partir d’un artefact de la réserve et d’un ensemble d’étampes anciennes. «Ça aide d’avoir un bac en histoire de l’art», constate l’artisan. Les visiteurs de l’exposition C’est en jouant qu’on devient grand peuvent en manipuler des exemplaires et les intéressés peuvent acquérir une pomme de bois à la boutique de l’endroit.

Une planche à découper signée L’Effronté

À Québec, on peut trouver les créations de L’Effronté chez HOYA Boutique horticole (sur l’avenue Cartier), à la boutique WenDIY (dans Saint-Roch) et chez Jardins Vitrum Hortis (dans Saint-Sauveur). Il y aura bientôt un nouveau point de vente à Montréal.

Info: @atelier.l.effronte sur Facebook.