Pierre Richard est le nouveau président-directeur général de l'Association des fabricants de meubles du Québec.

Industrie du meuble: «La Chine n'est plus la panacée»

Affaiblis par l'exportation asiatique et par la crise de 2008, les fabricants de meubles québécois doivent se réinventer. Ramener la production ici pourrait faire partie de la solution à leurs difficultés.
Pierre Richard est devenu, en octobre 2013, le nouveau président-directeur général de l'Association des fabricants de meubles du Québec (AFMQ). 
Dès son arrivée, il a pris 100 jours pour rendre visite à ses membres et pour «vivre» le Salon canadien de l'ameublement résidentiel de Toronto, dont il est aussi responsable.
De passage à Québec au début de juin, il a rencontré Le Soleil afin de dresser le portrait de cette industrie «en difficulté». «Le statu quo n'est pas une option», a-t-il lancé, d'entrée de jeu.
À la suite de sa virée à travers le Québec, il a constaté que la majorité des manufacturiers de meubles fonctionnaient à 40, 50 % de leurs capacités. En revanche, il a noté que «ceux qui restaient s'étaient réinventés», en améliorant leur processus technologique et leur efficacité.
«Collectivement, qu'est-ce qu'on fait? Comme industrie, quelles solutions avons-nous pour grandir?»: ce sont les questions qu'il leur a posées. Les réponses viendront sans doute des initiatives déjà mises en place par les membres.
Pierre Richard voit le «marché américain repartir» et il entend de plus en plus d'entreprises exprimer leur intention de ramener la production au pays. Il ressent un «optimisme conservateur». 
«En Chine, les coûts de production et de transport ont augmenté de 70 % en quatre ans, fait-il valoir. La Chine n'est plus la panacée.»
Pour l'acheteur, avance-t-il, il y a plusieurs avantages à se procurer des meubles canadiens et québécois: la qualité, la personnalisation du mobilier et l'intégration du design. 
«Les manufacturiers québécois comprennent, mieux que les Chinois, qui est leur consommateur, résume-t-il. Le consommateur, en fait, c'est elle [la femme].»
Quant à la personnalisation des meubles, elle fait partie de la «réinvention» de l'industrie, analyse-t-il. Il donne en exemple la compagnie El-Ran, installée à Pointe-Claire. «Il n'y a pas deux fauteuils semblables sur sa chaîne de production, dit-il. Ça prend une bonne technologie pour faire ça.»  
Quand une entreprise n'a «pas le bénéfice du volume», elle doit tirer ses avantages ailleurs, dans la personnalisation par exemple.
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Une relance du Salon de Toronto
Le Salon canadien de l'ameublement résidentiel vivote depuis quelques années. Pierre Richard lui donnait un an ou deux avant de mourir. Son idée: le tenir en juin plutôt qu'en janvier. «Car Toronto, en janvier, c'est pas winner...»
Le Salon se déroule depuis 42 ans à Toronto. Il est en compétition avec ceux de High Point (Caroline du Nord), en avril et en octobre; et avec ceux de Las Vegas, en janvier et en juillet. 
À l'instar de tous les salons, il connaît une baisse d'achalandage depuis cinq ou six ans, a noté son pdg, Pierre Richard. 
Une industrie du meuble en déclin a entraîné, en effet, une baisse du nombre d'exposants et d'acheteurs. «La perception du Salon en a été affectée», a-t-il diagnostiqué.
Nouvellement arrivé dans le secteur, Pierre Richard a réuni les membres de l'Association des fabricants de meubles du Québec, dont il est aussi le pdg, afin d'entendre leur son de cloche. 
Ils lui ont affirmé qu'ils tenaient à leur salon. Il a donc suggéré qu'il se tienne du 4 au 7 juin 2015, proposition à laquelle «80 % de joueurs» ont acquiescé.
Vers un «happening du meuble»
Le Salon de Toronto s'adresse aux professionnels du meuble. Dans un sondage que Pierre Richard a envoyé à ses 135 membres, plusieurs idées ont fusé : qu'il soit ouvert aux consommateurs pendant une journée, que l'éclairage brutal des hangars soit tamisé, que les meubles similaires soient regroupés, qu'il devienne un «happening du meuble à Toronto», qu'il change de nom. Pierre Richard propose: The Furniture Show.
<p>Mobilier de la collection Danemark</p>
<p>Mobilier de chambre pour enfant de la collection Livia</p>
Industries AP: place à la vente directe, sans détaillant
Après sept mois de fermeture, les Industries AP, de Laurier-Station, ont rouvert leur usine, en mars, ainsi qu'une salle de démonstration permanente. L'an prochain, elles inaugureront deux boutiques, une à Montréal et l'autre dans la rue Saint-Joseph, à Québec, où elles vendront leur mobilier de chambre directement aux consommateurs, sans l'intermédiaire d'un détaillant.
Il s'agira de petites boutiques de 1000 ou 1500 pieds carrés, avec quelques articles en démonstration et des écrans qui seront jumelés à un «site Internet transactionnel». Les clients pourront y commander leurs meubles.
Ce concept de «vente directe aux consommateurs» permet aux Industries AP d'offrir des prix 35 % plus bas que dans les magasins au détail, assure le président, Daniel Benjamin. «On se rapproche du prix de l'importation», observe-t-il.
La Fabrique du meuble
La salle de démonstration de 25 000 pieds carrés, à Laurier-Station, changera bientôt de nom, elle deviendra La Fabrique du meuble. Spécialisée en meubles de chambre moyen et haut de gamme, l'usine se lancera dans le mobilier de salle à manger.
EQ3, IKEA, Matelas Dauphin et Matelas René ont tous adopté cette stratégie de vente directe, sans détaillant, fait valoir Daniel Benjamin. Meubles Rive-Sud, de Sainte-Croix-de-Lotbinière, mise, pour sa part, sur les achats en ligne.
Les Industries AP fabriquent tous leurs meubles dans leur usine de Laurier-Station. «On veut démontrer que c'est réalisable», affirme le président.
Avant la fermeture, 120 personnes y travaillaient. Une trentaine y sont maintenant à l'oeuvre, et Daniel Benjamin souhaite que leur nombre ira en grandissant.