Île d'Orléans: l'art et les antiquités en symbiose

À Saint-Laurent, une maison presque deux fois centenaire remplit avec dignité trois fonctions. Sous ses atours blanc, vert et rouge, elle abrite une boutique d'antiquités, une galerie d'art et une auberge. Le propriétaire, Réal Bédard, l'a aménagée avec soin et un souci particulier de bien marier meubles et oeuvres. «Je veux que ce soit un parcours pour l'oeil.»
Dans une pièce, tout de suite à gauche en entrant, les jolies sculptures de pierre de l'artiste Martine Bélanger se découpent à merveille sur une armoire brun-bourgogne, «mais pas tout à fait sang-de-boeuf», précise M. Bédard.
Ailleurs, les toiles aux murs reprennent les teintes de rouge et de jaune de la commode polychrome juste en dessous. L'antiquaire souligne que l'application de deux couleurs sur les meubles anciens était plus rare, ce qui augmente leur valeur.
Parmi l'inventaire de la boutique appelée les Antiquités île d'Orléans, il y a une bonnetière qui date de 1780. La plupart des meubles présentés ont entre 125 et 300 ans. Faits en pin et fabriqués au Québec, ils proviennent d'un peu partout dans la province, de différents fournisseurs, de particuliers, de collectionneurs, explique M. Bédard, lui-même passionné depuis plus de 20 ans. C'est lui qui date ses meubles, de par leur construction, le type de clous utilisés, le modèle des moulures.
Tout est d'origine, assure-t-il. Les meubles n'ont été que grattés dans un atelier sur l'île pour retrouver leur couleur d'antan. Ici et là, on sent la touche de l'artisan par des détails, comme ce coeur sculpté dans un dossier de chaise berçante. Ou des motifs géométriques gravés dans une boîte à couteaux. Vendues quelques centaines de dollars, les boîtes à ustensiles s'avèrent un bon choix pour les jeunes clients qui «se font la main». Et ils sont de plus en plus nombreux, observe le propriétaire en supposant qu'ils viennent chercher un peu de chaleur à mettre dans leurs décors.
Autrement, une armoire dans un coin était marquée d'un cercle rouge. Achetée par des gens de Vancouver, elle allait bientôt être expédiée. Texas, Australie, les Antiquités île d'Orléans voyagent, indique M. Bédard, tout en soulignant que la clientèle est principalement québécoise.
La boutique se confond avec la galerie d'art appelée la Marée montante. La section Maîtres canadiens, qui compte des oeuvres de Riopelle, Rousseau, Lemieux, vise une clientèle plus avertie.
Ce décorum profite aussi aux gens de passage qui dorment à l'auberge Les blancs moutons, à l'étage. Quand le temps le permet, ils petit-déjeunent sur la terrasse arrière qui offre une magnifique vue sur le fleuve et Beaumont, juste en face.
Sur l'Île, art, antiquités, plaisir et détente vivent en parfaite symbiose.
Antiquités île d'Orléans, galerie d'art La Marée montante et auberge Les blancs moutons, 1317, chemin Royal, Saint-Laurent-de-L'Île-d'Orléans, 418 828-1859
<p>Toute simple, «la chaise de l'île d'Orléans» dérive du tabouret dont on a prolongé les pieds arrière pour former un dossier. </p>
La chaise de l'île d'Orléans
Son dossier à cadre évidé permettait de se chauffer le dos au coin du feu. Toute simple, «la chaise de l'île d'Orléans» dérive du tabouret dont on a prolongé les pieds arrière pour former un dossier. Descendante du style Louis XIII, «elle est fortement inspirée des petites chaises de Lorraine ou de la Franche-Comté», indique Christian Denis, conservateur et responsable de la collection mobilier au Musée de la civilisation. On en construisait encore au XIXe siècle, dit-il.
Réal Bédard, propriétaire des Antiquités île d'Orléans, précise qu'à la base, si la chaise n'a pas de piètement en entretoise formant un H, elle provient plutôt de la Côte-de-Beaupré. Il souligne aussi que ces chaises sont souvent courtes sur pattes. Après des années de loyaux services à être utilisées dans toutes sortes de conditions, le piètement a souvent pris l'humidité et le bois pourri a été coupé. En boutique, il en a une qui a conservé sa hauteur d'origine. Une chanceuse qui a eu les pieds au sec toute sa vie.