Les sculpteurs Uziel Ruiz et Mathieu Fecteau à l'ouvrage dans les corridors de l'Hôtel de Glace.

Hôtel de Glace: sculpter l'éphémère

C'est le sprint final sur le chantier de construction de l'Hôtel de Glace. Dans l'équipe d'ouvriers, une quinzaine d'artistes s'arment de scies mécaniques, de pelles et d'outils inusités pour dessiner dans la neige et la glace des fresques et des motifs sur les milliers de mètres de murs. Nous avons visité les lieux avec le sculpteur Mathieu Fecteau.
Avec son coéquipier Uziel Ruiz, l'artiste de Québec a travaillé sur les motifs qui ornent les imposants corridors de l'hôtel éphémère érigé à l'emplacement de l'ancien jardin zoologique de Québec pendant la saison froide.
Le thème de cette année est Les mythes et légendes du monde, «c'est pourquoi on voit beaucoup de motifs inspirés des cultures anciennes», indique M. Ruiz. Les lignes horizontales qui découpent les murs des corridors permettent d'intégrer différents référents mythologiques : des formes plus géométriques près d'une chambre d'inspiration tibétaine ou inca, des vagues plus fluides près d'un mythe aquatique... «Les pointes et les courbes font un peu penser aux motifs du graffiti», souligne Mathieu Fecteau.
«On ne peut pas faire des trucs trop éclatés, puisque ça unit les différents univers des chambres et des aires d'accueil. On veut éviter l'effet "entrée de cinéma"», ajoute le sculpteur. «Dans les espaces plus hauts, on se laisse plus aller et on intègre des éléments figuratifs, qui servent de repères visuels pour que les visiteurs puissent retrouver leur chemin dans l'hôtel.»
Comme outils, les «designers d'intérieur» de l'Hôtel de Glace la scie à chaîne, des ciseaux à bois, des gouges, des pelles aiguisées et des outils artisanaux que chacun construit selon ses besoins. «C'est un métier qui est constamment à inventer», glisse Fecteau, qui a appris, au contact de Ruiz, à se laisser guider par les particularités de la neige et les formes de la structure pour concevoir des designs efficaces.
<p>Fresques, textures abstraites et éléments structurants permettent de donner une personnalité et une ambiance à chaque pièce.</p>
La température plus clémente a rendu la neige un peu plus difficile à travailler cette semaine, mais le redoux passager n'a pas eu de conséquence majeure sur le chantier. Tout ce travail est éphémère, mais constitue tout de même une occasion unique de laisser libre court à sa créativité. Il y a peu d'occasions pour les artistes de sculpter d'aussi grandes surfaces en si peu de temps.
Chaque chambre a été investie par un duo de sculpteurs, qui a placé le mobilier de glace et sculpté les murs selon le mythe qui leur a été attribué et le filage électrique. Fresques, textures abstraites et éléments structurants permettent de donner une personnalité et une ambiance à chaque pièce.
Sur le chantier, le travail s'exécute dans une ambiance de camaraderie. Martin Ernst, de L'Islet, et le Français Sébastien Dieu ont par exemple dessiné la chambre consacrée à la légende du Yéti. Les deux amis sont tous deux graphistes avant d'être sculpteurs. Dieu est même dessinateur de presse. «On n'est pas très nombreux à bien dessiner et bien sculpter. On observe beaucoup ce que font les autres pour développer nos techniques», expliquent-ils.
Une fois le travail des sculpteurs terminé, des ouvriers qu'on appelle «les anges» sablent les murs pour la finition. Un autre sculpteur intègre également des personnages de glace au décor.
<p>Chaque chambre est inspirée d'un mythe. </p>
De tailleur de neige à tailleur de pierres
Après un mois de travail intensif à l'Hôtel de Glace, le sculpteur Mathieu Fecteau aura un petit répit avant une résidence d'artiste de deux mois à Toulouse, au centre d'artiste Lieu Commun. Ensuite, il sera de retour sur les chantiers pour l'été, mais cette fois en tant que tailleur de pierres pour la restauration de bâtiments historiques. «Un peu moins créatif, mais c'est un très bon moyen de travailler la matière et se faire la main», commente l'artiste, heureux d'aller chercher un précieux savoir-faire, différent de celui de l'école de sculpture, sur les chantiers. Il a taillé des blocs, des moulures et des colonnes pour le parlement et la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, entre autres. «On utilise surtout du granit, ou des pierres de Saint-Marc-des-Carrières, qui contiennent beaucoup de petits fossiles. C'est magnifique», souligne Fecteau.