Photo HodgsonSemis.tif: Une fois les semis levés, la lumière devient un élément crucial à leur survie.

Un peu de lumière sur les semis

Le mois de mars, pour bien des jardiniers, est le mois des semis. Comme nous ne pouvons pas encore jardiner à l'extérieur, nous jardinons à l'intérieur, préparant les annuelles et les légumes qui orneront nos jardins estivaux. Et c'est si facile à faire... quand l'éclairage est bon.
En effet, l'éclairage est le point faible des semis faits à l'intérieur. S'il n'y a pas assez de lumière, les semis «montent en orgueil» (s'étiolent) : les tiges s'allongent démesurément et restent pâles, souvent elles penchent au lieu de rester dressées. Les feuilles aussi sont pâlottes et faibles. Et les jeunes plants deviennent très susceptibles à la fonte des semis, une maladie dévastatrice qui fait qu'ils tombent sur le sol, comme s'ils avaient été fauchés à la base, puis meurent. Il faut donc passablement de lumière pour produire de beaux semis.
Éclairage pendant la germination
Pourtant, au début, la qualité et l'intensité de la lumière n'ont pas beaucoup d'importance. La première étape dans la vie d'un semis est la germination, la période où la graine se prépare à pousser. Elle absorbe de l'eau, elle se met à gonfler, puis une petite racine descend dans le sol pendant que les premières feuilles, habituellement deux, les cotylédons, se déroulent. C'est la germination.
Pendant cette période, qui peut prendre aussi peu que trois ou quatre jours pour certaines semences ou deux mois ou plus pour d'autres (de 7 à 14 jours est plus typique), la qualité de l'éclairage est sans importance : toute source de lumière suffira. On peut donc placer les semis sur un rebord de fenêtre, sous une lampe fluorescente ou ailleurs.
À ce stade, on recouvre le plateau de semis d'un dôme de plastique transparent ou d'un morceau de vitre pour augmenter l'humidité et pour modérer les changements de température. Mais il y a alors risque de surchauffer les graines! En effet, si les semis sont recouverts de plastique ou d'une vitre et que le soleil plombe, la température peut monter à des niveaux létaux. À ce stade, donc, évitez les emplacements au plein soleil.
Attention toutefois à une très petite minorité de graines qui exigent de la noirceur pour germer (pensées, delphiniums, etc.). Le sachet de semences soulignera ce détail. On recouvre le plateau de ces semences de quelques feuilles de papier journal pendant la germination ou on les place dans un garde-robe. Aussitôt la germination terminée, cependant, dès que de petites plantules paraissent, il leur faudra de la lumière. Il faut donc les surveiller tous les jours.
La fenêtre ou la lampe?
Changement de régime quand les semis ont germé : il faut enlever le dôme de plastique, la vitre ou le papier qui les recouvrait et les exposer à plus de lumière. Maintenant, la qualité de la lumière a subitement beaucoup d'importance.
Si vous cultivez vos semis sur le rebord d'une fenêtre, choisissez l'emplacement le plus ensoleillé dont vous disposez. Le plein soleil n'est pas trop. Un ensoleillement intense donnera des plants plus compacts et plus verts. Comme les semis tendent à se pencher vers la source de lumière, faites tourner d'un quart de tour le plateau de semences aux trois ou quatre jours, ainsi ils seront exposés au soleil de tous les côtés et pousseront plus droit.
Quand le soleil naturel manque, il faut le remplacer. La majorité des jardiniers utilisent des lampes fluorescentes pour éclairer leurs semis. Les avantages sont multiples : l'éclairage est égal tous les jours; alors que le soleil vient et va selon les caprices de Dame Nature, on peut leur offrir 12 heures ou plus de lumière par jour (bien des jardiniers règlent la minuterie de leurs lampes à 14 ou 16 heures pour imiter les conditions estivales), alors que, avant le 21 mars, les jours sont nécessairement courts devant une fenêtre. Aussi, les lampes fluorescentes offrent une chaleur relativement égale.
Pour les semis, nul besoin de tubes spéciaux très coûteux : des tubes Cool White (blanc froid), soit les tubes les moins chers, suffisent amplement. Une lampe classique à deux tubes convient pour la majorité des semis, alors qu'une lampe à quatre tubes donnera un éclairage encore plus intense que certains semis apprécieront. Opter pour les lampes fluorescentes T5, aux tubes ultraminces, qui sont naturellement plus intenses... est bien, mais aussi plus coûteux.
Les semis doivent toutefois être placés tout près des lampes fluorescentes, environ à 15 à 20 cm pour en profiter pleinement. Comme ils grandissent constamment, il faut régulièrement rehausser la lampe pour que les plantes n'y touchent pas, ce qui pourrait les brûler.
Il y a aussi la possibilité d'utiliser des lampes DEL, ces petites ampoules qui consomment si peu d'électricité. Les plantes y réussissent à merveille (les DEL bleues sont les meilleures pour les semis), et les DEL ne dégagent presque pas de chaleur, contrairement aux lampes fluorescentes... mais pour l'instant, le coût exorbitant des panneaux de lampes DEL d'une intensité suffisante pour les plantes rend leur utilisation trop coûteuse.
Quand les semis grandissent
Petit semis deviendra grand... et prendra alors plus d'espace. Il faut le repiquer dans un pot plus grand... et rechercher de nouveaux lieux éclairés. Dès le début de mai, il devient possible de placer les semis à l'extérieur... mais sous une serre temporaire, facile à construire avec quelques morceaux de bois ou de tuyaux en PVC, un rouleau de plastique transparent et une agrafeuse. On peut aussi acheter de telles serres prêtes à monter. L'avantage d'une serre à cette étape est que la lumière y est plus intense (après tout, elle vient de tous bords tous côtés et pas seulement d'un seul côté, comme sur le rebord d'une fenêtre) et que la température baisse tout naturellement la nuit, ce qui aide les semis à s'habituer aux conditions extérieures. Et sous une serre, du moins à partir de mai, il s'accumule assez de chaleur le jour pour qu'il n'y ait plus de risque de gel la nuit.
L'étape de la culture en serre n'est pas obligatoire - vous pourriez continuer à entretenir vos semis devant une fenêtre ou sous une lampe -, mais elle est bien utile aux jardiniers qui manquent d'espace.
L'acclimatation
À la fin de mai ou au début de juin, quand les températures nocturnes dépassent 10 °C, on peut enfin exposer nos semis au plein régime du soleil en les plantant en pleine terre, mais attention! Pas trop vite! Il reste l'étape de l'acclimatation.
En effet, les plants qui ont passé toute leur vie à l'intérieur n'ont pas encore été exposés aux rayons ultraviolets. Ces rayons sont bloqués par la vitre de nos fenêtres et le plastique des serres et les lampes fluorescentes n'en dégagent pas. Ces rayons peuvent facilement brûler les semis encore fragiles. Donc, placez vos semis, maintenant des plants bien avancés, à l'extérieur dans un endroit ombragé, mais recevant un peu de soleil matinal, pendant deux ou trois jours, ensuite placez-les à la mi-ombre un autre deux ou trois jours, puis au plein soleil pour deux ou trois jours. Ils seront alors prêts à être plantés, en pleine terre ou en bac.
Eh voilà : bien éclairer vos semis n'est pas si sorcier. Il suffit tout simplement de savoir s'adapter à leurs besoins.