Un jardin cinq étoiles

Jack Lavoie, le fondateur des Artisans du paysage, est «parti d'un champ de pelouse» pour s'inventer un jardin où fleurissent les oeuvres d'art, un coin d'Angleterre et des harmonies végétales, au gré d'un parcours apaisant, source de bien-être.
Il vit depuis 1993 sur ce terrain bordé par la rivière Cap-Rouge où il a recréé une forêt avec une épinette bleue transplantée (son premier arbre), 50 sapins baumiers et 12 «arbres matures» récupérés d'une pépinière de Montmagny qui fermait ses portes.
Jack Lavoie et sa femme, Annie Racine, son associée dans l'entreprise qu'il a fondée il y a 40 ans, décrivent ce domaine comme le «projet d'une vie».
«Ce bien-être, ça peut être chez vous», assure cet homme de Québec né d'une mère anglophone portée sur les arts et d'un père beauceron au tempérament d'entrepreneur. Il a hérité de ce couple mixte un accent prononcé que sa femme emprunte par mimétisme, en parsemant ses phrases de «you know».
Jack, lui, invente des mots savoureux. Quand on lui demande s'il a une formation d'horticulteur, il répond qu'il s'est «autodidacté». Lors du passage du Soleil, il avait d'ailleurs convié Julie Fournier, directrice du département d'entretien aux Artisans du paysage, qui s'est beaucoup occupée de son terrain au début. Le patron, comprend-on, se recueille davantage dans son jardin qu'il ne s'y salit les mains.
Végétaux
Jack Lavoie mise sur la subtilité. «C'est la tendance», fait-il observer. En pénétrant dans la cour, on cherche les couleurs franches de la floraison, mais on ne trouve que des camaïeux de verts. Les fougères, les pervenches, le lamier, le lamium et les hostas sont agencés en fonction de riches jeux d'ombres et de hauteurs.
Les plantes fleuries sont regroupées autour de la piscine où le couple a conservé une portion d'un ancien «jardin tropical», soit un espace ensablé en forme de coeur et un palmier. Des mandevillas roses tout en hauteur exhalent un parfum qui nous suit jusqu'au majestueux cèdre blanc «autour duquel la maison a été construite», précise Annie Racine.
Près du cabanon, des feuilles aussi grosses que des trampolines profitent de la proximité de la rivière. Ce sont des pétasites, plantes que le couple a découvertes au manoir de Chartwell, en Angleterre, qui fut la résidence officielle principale de Winston Churchill entre 1922 et 1965, année de sa mort. «Il était peintre et jardinier», rappelle Annie.
Voyages
Dans le comté du Kent, en Angleterre, Jack et Annie ont aussi visité le jardin de Sissinghusrt, créé au début du siècle. La poétesse et jardinière Vita Sackville-West y prônait déjà l'utilisation de plantes aux couleurs uniformes. Mais si Jack s'est inspiré d'elle, c'est pour son propre cabanon: il a aménagé une terrasse sur son toit plat, allégeant la présence de ce bâtiment ingrat et donnant l'illusion d'une oasis sous la canopée.
Jack rêvait d'une tourelle semblable à celles qu'il a vues au château de Boldt, dans les Mille-Îles. Des chichis avec la Municipalité l'ont forcé à abandonner le projet. En revanche, il reprend maintenant chez ses clients cette idée d'une terrasse sur le toit de leur cabanon.
Arts
Érigé dans le sous-bois, un charmant pavillon a été baptisé Chez Maminette, le surnom donné à la mère d'Annie. Il est flanqué de trois oeuvres d'art: un vire-vent naïf, une ancre jadis échouée à Tadoussac et un banc sculpté dans le roc par Céline Lapointe, paré de deux visages de pierre représentant Jean-Louis et Josey, les parents de Jack. «C'est le coin monument de nos parents», confie-t-il.
Une structure élancée de tôle recyclée ressemble à une fleur. Mais c'est une mauvaise herbe. «Elle symbolise la tolérance», commente Jack, en montrant sa pelouse piquée de verdure indésirable. Plus loin, deux cerfs «payés 19,95 $ chez Canac» se bécotent. Sur le côté, une sculpture de l'ami Benoît Gaulin a, pour certains, une forme phallique. Au bord de la piscine, un Bouddha arbore un collier de perles en plastique.
L'art au jardin fait jaser, au grand plaisir de Jack: «Je ne vends pas d'aménagement paysager, je vends des relations humaines.» En 40 ans de métier, il a appris qu'un jardin évoluait par essais et erreurs. Installé à Cap-Rouge depuis 23 ans, il a atteint chez lui l'objectif qu'il vise pour chacun de ses clients: un jardin cinq étoiles qui diffuse du bien-être.