Le monarque s'est fait rare cette année entre autres à cause des conditions météorologiques aux États-Unis.
Le monarque s'est fait rare cette année entre autres à cause des conditions météorologiques aux États-Unis.

Ramenez les papillons en ville

L'été dernier a été désastreux pour les papillons. Le papillon indigène le plus célèbre, le monarque (Danaus plexippus), était essentiellement absent de nos champs et de nos jardins. Pourtant, il était présent en nombre record en 2012. Pourquoi la population a-t-elle chuté autant en une seule année?
Les autorités pensent présentement que la combinaison de deux facteurs a été déterminante : l'été anormalement chaud et sec dans le centre des États-Unis en 2012 avait peut-être poussé plus de monarques vers le nord (d'où le nombre record chez nous), mais avait aussi réduit de beaucoup le nombre total de monarques. Ainsi, il y en a eu environ 50 % moins qui ont hiverné dans les forêts montagnardes mexicaines l'hiver dernier par rapport à la normale. Puis un printemps très froid et pluvieux dans le sud des États-Unis a eu pour conséquence un retard majeur dans le développement de la première génération de monarques migrant vers le nord. Or, c'est la compétition pour la nourriture dans le sud puis dans le centre du continent qui pousse chaque génération subséquente de monarques à migrer de plus en plus vers le nord, et notre région en est la dernière étape. Comme il y a eu moins de générations en 2013, les monarques sont largement restés dans le sud et le centre des États-Unis au lieu de monter jusqu'au Québec.
Mais à part les monarques, il y avait également peu de papillons d'autres espèces dans nos jardins l'an dernier. Cette fois-ci, on doit plutôt blâmer le printemps froid, pluvieux et durable de notre région. Vraiment, les papillons n'ont pas eu de veine en 2013!
Évidemment, nous ne pouvons pas, en tant que jardiniers amateurs, contrôler le climat pour favoriser les papillons, mais nous pourrions au moins rendre nos terrains plus accueillants pour eux de façon à ce que leur population rebondisse rapidement quand les conditions sont plus propices. Que faire donc pour rendre nos terrains plus conviviaux?
<p>Qui dit papillon dit chenille, car l'un ne va pas sans l'autre. Il faut donc accepter de laisser quelques chenilles se nourrir sur nos plantes.</p>
Nourrir adultes et larves
En milieu urbain, les papillons sont coincés entre deux ennemis : la domination de l'asphalte et du béton au centre-ville, et celle du gazon dans les banlieues. Pour attirer les papillons, il faut penser à garnir nos terrasses, toits et murs de végétaux papillonophiles et à remplacer le plus possible le gazon, qui ne nourrit nullement les papillons, par des végétaux qui peuvent les alimenter.
On sait que les papillons adultes se nourrissent de nectar. Il est facile alors de penser leur fournir des plantes à fleurs : annuelles, vivaces, arbustes, etc. Sachez que les papillons préfèrent les fleurs regroupées (marguerites, achillées, verges d'or, etc.) aux fleurs individuelles (roses, lis, etc.). Les fleurs tubulaires (monardes, phlox, julienne des dames, etc.) contiennent aussi habituellement beaucoup de nectar que les papillons, grâce à leurs longues trompes, peuvent aller chercher. Les fleurs doubles, pourtant populaires auprès des jardiniers, sont à proscrire : la multiplication de leurs pétales rend leur nectar peu accessible. Pensez aussi à offrir des fleurs toute la saison : les fleurs d'automne (sédums, eupatoires, rudbeckies, etc.), notamment, aident à prolonger l'intérêt des papillons au-delà de la seule saison estivale.
Mais à quoi bon nourrir les adultes si on n'offre rien aux larves? Et tristement, les larves, qu'on appelle chenilles, consomment les végétaux, et surtout le feuillage. Il faut donc accepter que certaines de nos plantes servent un peu de bouc émissaire : on va les planter dans le but de les laisser se faire dévorer. Heureusement, les dégâts sont généralement mineurs : quelques feuilles mâchouillées, voilà tout.
Si les papillons adultes sont assez indifférents dans leur choix de fleurs, c'est tout à fait le contraire en ce qui concerne la nourriture de leurs larves. Chaque espèce a ses préférences et ne pondra ses oeufs que sur ces plantes. Pour les monarques, c'est l'asclépiade dont il existe heureusement plusieurs espèces ornementales. La piéride du chou (Pieris brassicae) n'aime que les plantes de la famille du chou (chou, moutarde, brocoli, etc.); le superbe papillon du céleri (Papilio polyxenes), que les apiacées (carottes, persil, panais, etc.); et les coliades (Colias spp.), seulement la luzerne, le trèfle et certaines autres légumineuses. Avez-vous pensé à laisser un petit coin sauvage moins à la vue où vous pourriez laisser pousser des «mauvaises herbes»? Ces endroits plaisent à plusieurs papillons. Les larves de la belle-dame et du vulcain (Vanessa spp.), par exemple, ne se nourrissent que de chardons, et celles des polygones (Polygonia spp.), que d'orties.
<p>Pourquoi ne pas laisser un petit coin de votre terrain «sauvage» pour qu'ainsi les chenilles et les papillons s'y trouvent à l'aise?</p>
Un environnement pour les papillons
La plupart des papillons que nous trouvons attrayants, soit les papillons diurnes (nous aimons moins les plus ternes papillons de nuit), préfèrent les emplacements ensoleillés et plutôt chauds, car ils ont besoin de soleil pour se réchauffer. Un jardin de papillons serait alors idéalement situé au soleil ou, du moins, comportera des sections ensoleillées. Et parfois une haie ou un autre écran vert peut être utile pour réduire le vent.
Une petite mare est essentielle pour plusieurs papillons qui s'y arrêtent pour s'abreuver et se recharger en minéraux. Un robinet extérieur qui coule juste assez pour créer une petite flaque de boue sera alors utile.
Vous pouvez aussi laisser des fruits (des quartiers d'orange ou de pamplemousse, par exemple) dehors : certains papillons (les polygones et le papillon du micocoulier [Asterocampa celtis], notamment) s'en nourriront.
Enfin, il n'y a que le monarque et les vanesses qui s'envolent vers le sud l'hiver : les autres papillons restent chez nous, sous forme de chrysalide, d'oeuf, de chenille ou d'adulte, le plus souvent cachés dans les feuilles mortes, les branchages, les vivaces encore debout et d'autres soi-disant «déchets» du jardin. Donc, la pire chose que vous pouvez faire si vous voulez augmenter la population de papillons, c'est de faire le ménage sur votre terrain à l'automne. Et il n'y a pas que les papillons qui souffrent de ce souci de propreté maladif : les crapauds, les coccinelles, les bourdons et presque tous les autres amis de nos jardins souffrent quand on fait le «ménage d'automne». Laissez Dame Nature s'occuper de ces «déchets» (elle les décomposera, tout simplement) et votre terrain sera alors bien plus accueillant pour la faune indigène.