Les tagètes (ici l'oeillet d'Inde, Tagetes patula) attirent les insectes bénéfiques au potager, masi n'aident pas à contrôler ses ennemis.

Mythes horticoles à déboulonner

De temps à autre j'aime bien décortiquer quelques croyances qui circulent parmi les jardiniers, mais qui ne sont pas vraies ou, du moins, qui ne le sont que partiellement. Voici quelques exemples :
1- On peut planter des tagètes dans le potager pour contrôler les nématodes
Il est communément dit dans les cercles du compagnonnage qu'on peut planter des tagètes en tant que compagnons à d'autres végétaux pour prévenir ou pour contrôler les nématodes. Mais quels nématodes? Oui, il existe des nématodes nuisibles (comme des nématodes bénéfiques, d'ailleurs), mais on voit rarement, voire presque jamais, des nématodes nuisibles dans notre région. Pourquoi vous inquiéter, donc, avec un problème que vous n'aurez pas? Deuxièmement, les tagètes (dont les très populaires oeillets d'Inde ou marigold, Tagetes patula,et rose d'Inde, T. erecta) n'aident nullement leurs compagnons actuels : il faut les planter en exclusivité, donc en monoculture, pendant la saison précédente, et non pas la saison en cours, pour avoir du succès. Après une infestation de nématodes nuisibles (faites analyser en laboratoire un échantillon de terre avec des racines pour déterminer s'il y a un problème; il est inutile de traiter contre les nématodes quand il n'y en a pas!), plantez tout le secteur atteint en tagètes pour tout un été. Les racines des tagètes sont toxiques pour les nématodes de racines du genre Meloidogyne et notamment M. incognita, l'espèce nuisible la plus courante (mais toutefois très, très rare dans nos jardins, je vous l'avais dit!). À défaut d'autres sources de nourriture, les nématodes nuisibles affamés, qui ne peuvent se nourrir d'autre chose que des racines, n'ont pas d'autre choix que de migrer vers les racines de tagètes, une incursion qui leur sera fatale. L'année suivante, on pourrait donc planter sans crainte des plantes sensibles aux nématodes. Mais encore, pourquoi faire tout cela quand il n'y a probablement aucun nématode nuisible dans votre potager?
Planter des tagètes dans un potager n'est cependant pas tout à fait inutile : leurs fleurs, comme celles de presque toute annuelle, attirent les pollinisateurs (abeilles, syrphes, etc.) nécessaires à la pollinisation et donc à la fructification des tomates, des poivrons, des courges, des haricots, etc.
2- On peut contrôler les limaces avec un piège à la bière
On entend couramment dire qu'on peut contrôler les limaces avec un piège à la bière. Mais qu'en est-il vraiment? D'abord, le piège est très simple. On place un petit bol sur le sol et on y verse de la bière (n'importe laquelle, même la bière sans alcool). Les limaces, attirées par l'odeur de malt, tombent dans le plat et se noient. D'ailleurs, faites-en l'expérience et vous allez y trouver quelques limaces noyées. Donc, ça semble fonctionner. Le problème, c'est que l'odeur de malt attire les limaces de loin et donc augmente la population de limaces dans le secteur. Malheureusement, seulement une minorité de limaces trouvent le piège, car le vent diffuse l'odeur de malt un peu partout. Même celles qui trouvent le piège n'y tombent pas nécessairement : la plupart rentrent et sortent du piège, de toute évidence très contentes de leur beuverie. (Voici une vidéo qui montre les limaces en plein party : www.youtube.com/watch?v=cf6FHv5x3sc). Attirées par l'odeur de malt, toutes ces limaces demeureront dans le secteur ou, pour se nourrir, mangeront vos plantes. Il y a cependant une façon de faire en sorte que le piège à la bière réduise vraiment les dégâts causés par les limaces chez vous, mais elle n'est pas très gentille. C'est que vous recommandiez le piège à votre voisin : il l'essaie et toutes les limaces du quartier vont chez lui. Pas très catholique, non?
3- Quand une plante va mal, il faut la fertiliser
Beaucoup de mythes contiennent une graine de vérité et c'est le cas ici. Si votre plante va mal à cause d'une carence d'un élément quelconque, souvent noté par un jaunissement ou un rougissement du feuillage, bien sûr il faut la fertiliser. Idéalement vous utiliserez un engrais à base d'algues ou de poisson vaporisé directement sur le feuillage, car ces engrais contiennent tous les oligo-éléments, contrairement à la plupart des engrais de synthèse qui contiennent surtout du N-P-K (azote, phosphore, potassium).
Mais normalement, quand une plante va mal, ce n'est pas à cause d'une carence, mais d'un autre problème : manque de lumière, manque d'eau, sol trop compacté, trop salin ou trop humide, infestation d'insectes ou maladie, etc. Quand une plante va mal pour ces raisons, elle est en état de stress et ne sera pas capable d'absorber adéquatement l'engrais : son système racinaire n'est pas en état de le faire. Au mieux, votre traitement ne donnera rien; au pire, il pourrait nuire. Pour faire une analogie avec l'humain, quand vous avez une fièvre, le médecin ne suggère pas de vous gaver de nourriture, mais plutôt de réduire votre régime jusqu'à ce que vous vous sentiez mieux. Eh bien, c'est la même chose pour les plantes : attendez qu'elles aient repris leur élan avant de les fertiliser de nouveau. Ma suggestion : considérez l'engrais non pas comme un traitement, mais comme une récompense; donnez-le seulement aux plantes qui répondent à vos besoins. Ainsi, vous les encouragerez à faire encore mieux. Quand une plante va mal, la fertiliser est souvent la pire chose à faire.
4- Mieux vaut arroser avec un engrais transplanteur lors de la plantation
Les engrais transplanteurs (appelés aussi engrais de départ, engrais de démarrage, engrais démarreurs, etc.) sont des engrais très riches en phosphore (le deuxième des trois chiffres sur l'étiquette). L'engrais transplanteur le plus courant est le 10-52-10. On utilise ceux-ci à la plantation, au repiquage, à la transplantation et, en général, chaque fois qu'on dérange les racines d'une plante. L'idée est que le phosphore dont ils sont si riches stimulera la croissance des racines et, donc, en appliquant un tel engrais à la suite du déplacement des racines, la reprise devrait être meilleure. Du moins, c'est la théorie. Mais le plus bizarre dans cette utilisation est qu'il n'y a aucune preuve - mais vraiment aucune! - qu'un taux très fort en phosphore stimule l'enracinement! Toutes les études démontrent que oui, les plantes s'enracinent mieux quand il y a une certaine présence de phosphore dans le sol, mais que l'application d'engrais très riches en phosphore, au lieu d'aider, nuit à l'enracinement! Au Québec, la plupart des sols contiennent déjà assez de phosphore pour stimuler l'enracinement et donc, théoriquement, vous n'avez aucunement besoin d'ajouter du phosphore à la plantation. Juste pour être certain, vous pouvez ajouter un peu d'engrais tout usage (4-4-4, 5-3-2, etc.) lors de la plantation. Mais ajouter un engrais extra riche en phosphore (plus de 14 %) peut carrément retarder l'enracinement! Les engrais transplanteurs ne sont donc d'aucune utilité pour le jardinier.
5- Pour alléger un sol glaiseux, il suffit d'ajouter du sable
L'idée paraît logique. Après tout, si un sol glaiseux est si dense et lourd, laissant difficilement pénétrer l'eau et l'air, c'est qu'il est composé de particules extrêmement fines qui se serrent les unes contre les autres. Quoi de mieux alors que d'ajouter du sable, dont les particules sont énormes en comparaison. N'est-ce pas évident que la présence de grosses particules à travers des particules plus fines aidera à mieux laisser circuler l'air et l'eau (et donc à alléger le sol)? Mais c'est mal comprendre comment les sols fonctionnent. Ajoutez du sable dans de la glaise et elle va tout simplement s'insérer partout à travers le sable, créant un mélange qui ressemble davantage à du ciment qu'à un sol de jardin.
Pour alléger un sol glaiseux, la vraie solution est d'y mélanger une bonne quantité de matière organique : 5, 10, 15 cm ou plus de bois raméal fragmenté, de paillis forestier, de compost, de fumier, etc. L'humus créé par la décomposition de la matière organique fait s'agglomérer les particules de glaise, laissant de l'espace pour la circulation d'air et d'eau. Et continuez d'ajouter de la matière organique régulièrement, car la matière organique, de par sa nature, est portée à disparaître avec le temps. Il suffit maintenant de l'appliquer en surface, sous forme de paillis, car l'humus descendra tout naturellement dans le sol désormais allégé.
Ou encore, faites comme un jardinier paresseux : ne touchez pas à la glaise d'origine, mais ajoutez plutôt une épaisse couche (20 à 30 cm) de bonne terre directement sur sa surface et jardinez dans cette nouvelle couche de terre arable. Car il se trouve que, si la glaise fait un piètre sol de surface, elle forme un excellent sous-sol, retenant bien l'eau et les minéraux et les libérant aux plantes au besoin. Avec une couche de bonne terre par-dessus un fond de glaise, vous venez de créer un milieu ressemblant drôlement aux meilleures terres horticoles du Québec.
<p>La teigne du poireau sur des feuilles d'oignon.</p>
<p>On voit parfois des champignons dans les pots de nos plantes d'intérieur.</p>
Réponses à vos questions
Autre plante provoquant des allergies cutanées
Q Dans votre réponse à Francine Fournier (Le Soleil, 28 juin), vous mentionnez plusieurs plantes pouvant provoquer des dermatites. Je vous propose d'en ajouter une : l'apocyne à feuilles d'androsème (Apocynum androsaemifolium). Je suis extrêmement sensible à cette apocyne qui provoque chez moi les mêmes symptômes que l'herbe à puce (Toxicodendon radicans). Il y a probablement une base génétique à cette réaction car mes soeurs y sont aussi sensibles que moi. Dans notre enfance, à Saint-Michel-de-Bellechasse, nous nommions ces deux plantes «herbe à puce».
Pierre Morisset, biologiste, Saint-Jean-Port-Joli
R Merci pour cette information que je m'empresse de partager avec les lecteurs du Soleil. Je dois admettre que je n'étais pas au courant de cet effet et avais plusieurs fois manipulé cette apocyne, qui poussait dans les plates-bandes de mon père, sans problème. Par contre, je ne semble pas sensible à l'autre herbe à puce non plus. Des fois, la génétique est du bon côté!
La teigne du poireau... sur l'ail
Q J'ai planté de gousses d'ail biologique en octobre. Il a très bien poussé mais quand les tiges des fleurs ont commencé à sortir, il est apparu des trous et des traînées blanches sur celles-ci. J'ai coupé les tiges attaquées par je ne sais quoi. On m'a vendu une poudre à mettre sur le sol, autour des plants. Et on m'a aussi dit que les bulbes d'ail des plants infestés ne sont plus mangeables. Pourtant, j'ai déterré deux des plants et les bulbes (incomplets naturellement) étaient intacts, sans piqûre ou trous, bien blancs et odorants. Questions : qui ou quoi attaque mes plants? Que faire? Et est-ce vrai que les bulbes ne sont plus comestibles? Enfin, les plants qui ne semblent pas atteints sont-ils vraiment indemnes ou sont-ils eux aussi «finis»?
Diane D., Neufchâtel
R Vos ails semblent attaqués par la teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella). L'adulte, un papillon nocturne brun, est rarement vu. On voit plutôt les dégâts sur les plantes de la famille de l'ail, les alliacées (oignons, poireaux, ail, ciboulette, etc.), et les petites chenilles vertes. Chez les alliacées qui possèdent des feuilles plates, comme le poireau et l'ail, les larves s'attaquent surtout à la surface des feuilles et des tiges, créant de nombreux petits trous et une espèce de poudre blanche. Elles pénètrent carrément dans les feuilles creuses, comme celles de l'oignon et de la ciboulette, pour se nourrir de tissus foliaires depuis l'intérieur, laissant en plusieurs endroits une mince couche de tissu translucide qui fait penser à une fenêtre. Il est bien possible que les bulbes de vos ails ne soient pas encore attaqués, mais ils peuvent l'être plus tard dans la saison, car il y a plus d'une génération de cet insecte. La teigne est très difficile à contrôler. Je ne sais pas quelle poudre on vous a donnée, mais j'espère qu'elle n'est pas toxique aux humains! Plus logiquement, on peut essayer de contrôler l'infestation en écrasant les larves ou par l'application de BT (Bacillus thuringiensis), une bactérie spécifique aux chenilles (larves de papillons) qui est biologique... mais encore faut-il appliquer ces deux actions quand les larves sont en surface, car après elles sont à l'intérieur des feuilles ou dans le bulbe, à l'abri de vos efforts. Un traitement aux deux semaines devrait réduire l'infestation à un niveau plus tolérable. Aussi, il paraît que les perce-oreilles sont des prédateurs des larves : vous pourriez en ramasser ailleurs sur le terrain et les libérer dans le potager. Il est bien possible que certains plants d'ail ou d'autres alliacées, pourtant dans le même potager, aient évité ce fléau, auquel cas ils demeurent comestibles. Même chez les bulbes atteints, certaines gousses seront utilisables : il s'agit d'enlever la partie atteinte. La prévention est plus facile. Cet automne, au moment de replanter l'ail, inspectez d'abord les gousses pour vous assurer qu'elles sont intactes et qu'il n'y a pas de pupes qui y sont fixées. Plantez votre ail dans un emplacement où il n'y avait pas d'alliacées cet été, car les femelles et les pupes hivernent dans le sol autour des plants infestés. Enfin, au printemps prochain, dès la fonte des neiges, recouvrez la nouvelle plantation d'une couverture flottante (genre de toile légère qui laisse passer l'air, la pluie et le soleil) bien fixée au sol. Ainsi, les femelles pondeuses n'auront pas accès à votre ail.
Champignons dans le terreau
Q Je vous fais parvenir des photos de champignons que j'ai découverts dans ma plante verte d'intérieur, le pothos (Epipremnum aureum). Est-ce dangereux pour notre santé? Que faire pour les faire disparaître?
Andrée Gauvin
R Il arrive parfois que des champignons (ici, des lépiotes jaunes : Leucocoprinus birnbaumii) poussent dans les pots de nos plantes d'intérieur, mais ils ne font aucun mal aux plantes. Ils vivent plutôt du terreau en décomposition. Il s'agit de les arracher et d'aérer le terreau en surface pour essayer d'éliminer les jeunes en voie de développement. S'ils repoussent, essayez de nouveau. Dans certains cas, il peut être sage de rempoter la plante en changeant le terreau, car ils préfèrent le terreau âgé en train de se décomposer aux terreaux frais. Côté risque pour la santé, ce champignon est toxique bien que non mortel : on peut le manipuler, mais il ne faut pas le manger.L'apocyne à feuilles d'androsème peut provoquer des dermatites aussi sévères que l'herbe à puce. - photo www.jardinierparesseux.com
Voyage horticole
La Société d'horticulture de Québec vous invite à son prochain voyage horticole aux jardins du parc Marie-Victorin et des Jardins Vivaces de Fernand le dimanche 17 août 2014. Dîner buffet inclus sur place (repas froid). Souper inclus à la Brasserie Fleurimont. Info : 418 956-6389 ou societehorticulturequebec@hotmail.com