L'horticultrice Marthe Laverdière a connu la célébrité grâce à ses capsules sur Facebook. «J'étais jamais allée sur Facebook. Les réseaux sociaux, ça m'intéressait pas. On fait assez de social à l'ouvrage que le soir, le social, ça tombe à deux pis c'est ben en masse...»

Marthe Laverdière: graine de star

Il a fallu une seule capsule vidéo sur la page Facebook des Serres Li-Ma, il y a environ un an, pour chambouler la vie tranquille de Marthe Laverdière. Le bagout de cette horticultrice terre-à-terre, son sens de l'humour et sa façon unique et, disons-le, assez olé olé, d'expliquer le b.a.-ba du jardinage, en ont fait bien malgré elle une star du Web.
Dans le rang de la Fourche, à Armagh, l'entreprise de la femme de 54 ans, jusque-là plutôt anonyme, attire son lot de curieux, surtout au printemps, lors de la grosse saison de vente d'annuelles et de vivaces. 
«Ils viennent voir la madame. Ils me disent : t'as la même face que dans les vidéos. Ben là... oui», lance au Soleil la quinquagénaire à la simplicité désarmante.
Son coin de pays est magnifique. Les marguerites abondent sur le bord de la route. En contrebas coule la rivière du Sud. Au loin, le Massif du Sud se profile. Le temps d'une paix, version Bellechasse. Sur son immense terrain, le vert abonde, que des fleurs, des arbustes, des arbres fruitiers.
Allergique à la ville, Marthe Laverdière, mère de trois fils, ne se verrait pas vivre ailleurs qu'ici, auprès de son mari Sylvain, qui partage sa vie depuis 35 ans. L'un de ses enfants a repris la ferme, juste à côté, que le couple a tenue pendant un quart de siècle.
Dans la grande salle attenante à sa résidence, où elle organise depuis 20 ans des fêtes de groupes et des réceptions de mariage, la verbomotrice quinquagénaire raconte que sa notoriété soudaine n'a pas été planifiée un seul instant. Massothérapeute à ses heures, c'est à la demande d'une cliente plutôt anxieuse qu'elle a décidé de faire une vidéo rigolote pour lui faire plaisir, sans se douter un seul instant des retombées.
«J'étais jamais allée sur Facebook, explique-t-elle au Soleil. Les réseaux sociaux, ça m'intéressait pas. On fait assez de social à l'ouvrage que le soir, le social, ça tombe à deux pis c'est ben en masse...»
Avalanche de courriels
Toujours est-il que dans cette première capsule, réalisée avec toute la spontanéité que son entourage lui connaît, avec sa bru Marie-Christine derrière la caméra, l'horticultrice aborde la façon de mettre une plante en pot. Avec, en prime, quelques allusions salées dont elle a le secret. Tout cela en se présentant vêtue d'un simple t-shirt qui mettait en évidence sa poitrine «double DD»...
«Le lendemain, mon plus vieux débarque. ''Maman! Qu'est-ce que t'as fait là? Y'a 65 000 personnes qui t'ont vu la craque.'' Il me parlait de partage de vidéos, de ces affaires-là, je ne comprenais rien. Personnellement, je m'en foutais comme de l'an quarante.»
Au lendemain de la diffusion de cette première vidéo, plus de 300 courriels tombent dans la boîte de courriels des Serres Li-Ma. 
«Je ne sais pas ce qu'on a fait là, mais on va en faire un autre», décide alors Marthe. Le sujet : les semis. «Commence par une grosse graine, pour une fois que tu peux choisir», lance-t-elle. «Je suis devenue la grivoise de l'horticulture...»
La vidéo fait encore plus fort que la première fois : 400 000 vues.
Dans le fond d'un rang anonyme de Bellechasse, sans l'«avoir demandé ni désiré», une humoriste au pouce vert était née...
L'importance d'être soi-même
Ces capsules vidéo, mises en ligne tous les dimanches, l'ont amenée à réaliser que son talent de conteuse pouvait servir à semer le bonheur autour d'elle. Des gens malades, parfois mourants, lui ont écrit pour la remercier de les faire rigoler autant et ainsi oublier un moment leur mal. Elle a pris la peine d'en contacter quelques-uns. «J'ai dit à ma bru que je les lâcherais pas tant qu'ils ne seraient pas partis.»
Sa soudaine notoriété a connu aussi des échos en librairie, avec la publication d'un livre, Jardiner avec Marthe - Pas plus compliqué que ça. Un bouquin écrit dans la plus grande simplicité, à l'image de son auteure, où fleurissent conseils aux jardiniers du dimanche, anecdotes et tranches de vie. Du Marthe pur jus!
Jouer une game, très peu pour elle. «Je ne peux pas dire que je suis grossière. Je suis réellement comme ça dans la vie, pis c'est ça, c'est à prendre ou à laisser.»
Une façon aussi pour elle d'inciter les femmes à s'accepter comme elles sont, sans se soucier constamment des apparences. C'est d'ailleurs l'un des thèmes de ses conférences, plus sérieuses, qu'elle présente à l'occasion.
«Avoir des rides pour moi, c'est un privilège. J'ai vécu assez longtemps pour en avoir et je veux pas les cacher. Je veux juste être moi et profiter de la vie, avec ses joies et ses peines.»
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Vendue au bio
À l'épicerie, ne cherchez pas Marthe Laverdière au rayon des fruits et légumes. Pommes, laitue, carottes, poires, fines herbes, tout ce qu'elle et son mari consomment provient de son immense jardin. Et à l'automne, histoire de pouvoir manger frais pendant la saison froide, elle fabrique ses propres conserves. Sans engrais ni pesticides.
Rompue à l'alimentation biologique depuis un diagnostic de tumeur à la thyroïde à l'âge de 39 ans, Marthe aimerait voir davantage de monde adopter cette façon plus saine de cultiver et de s'alimenter, mais un long travail d'éducation reste à faire.
«Cultiver bio c'est une chose; acheter bio c'en est une autre», explique-t-elle, au sujet du penchant populaire à préférer la pomme quasi parfaite, cultivée avec des engrais, à celle, plus moche, développée exclusivement sous les auspices de Mère Nature.
«Une dame me disait, Marthe, moi je mange bien, je mange souvent des raisins, mais je prends juste ceux sans pépins. Ok, que je lui ai dit, réalises-tu qu'ils n'ont pas de pépins? Penses-tu que cette plante n'a pas été modifiée? Elle ne se reproduit plus par la semence. Quelque part, c'est la faute du consommateur. T'aimes pas ça les raisins avec des pépins? Ça te tanne de les cracher, les pépins? Pas de problème, on va te les enlever.
«Mais ce que tu achètes bio doit rester bio, renchérit-elle. Il y en a qui vont t'arroser ça de 20-20-20 et de chimique, parce qu'ils ont une compétition de jardinage avec  le voisin qui a des carottes deux pouces plus grosses...»
Patience et longueur de temps, comme dans la fable de La Fontaine. Trop de jardiniers du dimanche sont pressés d'obtenir des résultats sans respecter le rythme de la terre. Dans une société où tout va de plus en plus vite, la tendance est forte de tirer sur les fleurs pour les faire pousser plus rapidement...
«Même si tu lui mets 56 000 affaires à ton arbre, la nature va prendre son temps. Même si tu l'engraisses en fou, la seule affaire que tu vas avoir fait, c'est de raccourcir sa vie parce que tu vas l'avoir brûlé.»
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Pour Jeanne et les enfants malades
Les facéties horticoles de Marthe Laverdière sont en train de la mener plus loin qu'elle l'aurait cru. En plus d'être invitée sur les plateaux de télé, elle a monté un spectacle d'humour qu'elle promène aux quatre coins de la province. Une décision qui a peu à voir avec une soif de notoriété, mais davantage avec le souci de venir en aide à sa petite-fille et aux enfants malades.
Jeanne a quatre ans. Elle est l'une de ses six petits-enfants, «bientôt sept». Elle souffre du syndrome de Rett, une maladie orpheline que la médecine a longtemps confondue avec une forme d'autisme très sévère. Son état nécessite des soins particuliers très onéreux.
Lorsque la direction du centre communautaire du village de Saint-Lazare, le village natal de Marthe, lui a offert de monter sur scène pour un show d'humour, le déclic s'est fait. Et si une portion des profits de la soirée servait à aider Jeanne? «Je ne suis pas humoriste, mais je me suis dit que si une partie du prix des billets pouvait aller à la p'tite, crousse, j'étais capable d'aller me faire pâtir pendant deux heures.»
Quelque 500 personnes ont rempli la salle communautaire de Saint-Lazare et lui ont réservé une ovation. Bilan de la soirée : 8000 $ amassés au bénéfice de sa petite-fille.
Pour une maison de répit
Marthe n'a pas été longue à comprendre qu'elle pouvait pour donner au suivant de façon plus large et réaliser un rêve : recueillir assez d'argent pour ouvrir une maison de répit pour les parents d'enfants comme Jeanne. Des parents à bout de souffle, épuisés, endettés jusqu'au cou dans leur volonté d'offrir un semblant de vie normale à leur gamin.
En plus d'être invitée sur les plateaux de télé, Marthe Laverdière a monté un spectacle d'humour qu'elle promène aux quatre coins de la province.
«Avant, je voyais juste Jeanne. Maintenant, on dirait que ma sphère de souffrance s'est élargie. Plein de parents nous écrivent. Humainement parlant, ça m'a fait grandir. Ça m'a sortie de mon cocon.»
En plus du Nouveau-Brunswick, de la région de Montréal et de Trois-Rivières, l'horticultrice trimballera son spectacle en août, à La Chapelle de Vanier. Tous les billets sont déjà vendus, mais une supplémentaire est prévue en janvier. Une tournée sur la Côte-Nord, jusqu'à Havre-Saint-Pierre, est également dans l'air pour le printemps 2018.
Sur scène, Marthe l'horticultrice fait place à Marthe la conteuse. Elle fait la part belle à des histoires survenues dans sa vie personnelle, comme son premier bikini ou ses multiples anecdotes dans les hôpitaux - dont un lavement reçu par erreur...
«Je ne peux pas te dire où on s'en va avec ça, dans le champ ou dans le néant, j'le sais pas...»
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Les perles de Marthe
«Quand vous achetez un pot pour y mettre des fleurs, assurez-vous qu'il est percé au fond. Un trou, bâtard! Dans la vie, c'est le trou qui est important. Tout passe par le trou!»
«Pour venir à bout d'une colonie de fourmis, cherchez la reine et souhaitez-lui bonne journée avec un coup de pelle ronde su'a tête. Effoirez-moi ça.»
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«Quand vous achetez un pot pour y mettre des fleurs, assurez-vous qu'il est percé au fond. Un trou, bâtard! Dans la vie, c'est le trou qui est important. Tout passe par le trou!»
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«Faites pas confiance à une p'tite poche mince qui, à la première manipulation sérieuse, va vous exploser dans face.»
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«L'arbre autofécond a besoin de personne, il est capable de se polliniser lui-même. Il ressemble à un vieux garçon qui se débrouille tout seul.»
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«Si t'as une haie de cèdres, attends pas qu'a soit rendue trop large du bas. Si ça te prend une boussole pour passer chez le voisin, ben siffleux, t'aurais dû la tailler un p'tit peu avant.»