Steve Fortier-Evers trouve que Limoilou a beaucoup de potentiel pour accueillir ce genre de terrasse urbaine.

Limoilou: une terrasse urbaine inspirante

Septembre est le mois de la récolte du houblon. Steve Fortier-Evers en fait pousser dans sa minuscule cour en façade urbaine, dans Limoilou, à Québec. «Je produis ma bière», lance-t-il fièrement, convaincu qu'il y a plein de possibilités pour mieux exploiter l'espace extérieur en ville.
Quand lui et sa copine ont acheté leur condo avenue Jeanne-Mance, il y a un an et demi, c'était l'hiver. Ils n'avaient aucune idée de l'espace dont ils disposaient, mais Steve, qui est stagiaire en architecture chez DG3A, voulait déjà aménager quelque chose. «Au fur et à mesure que la neige a fondu, j'ai découvert mon terrain de jeu.» 
Dès le premier été, il a exploré les possibilités. Ses critères : aménager une terrasse fonctionnelle, réglementaire et conviviale, sans sacrifier l'intimité. La Ville de Québec est pointilleuse sur la réglementation en façade et interdit notamment les potagers, expose Steve. Il ne cultive pas de légumes, mais des plantes et des herbes en bacs, et non en pleine terre, comme lui a recommandé un conseiller de l'arrondissement de La Cité-Limoilou.
L'idée était de créer un prolongement du parc à côté.
Autre défi, il a fallu gérer le trafic de la rue, qui relie le parc Cartier-Brébeuf à la 18e Rue, et du trottoir à côté. «Limoilou offre une belle vie de quartier. On échange avec les passants qui trouvent qu'on a une belle terrasse, un beau chien et que le souper a l'air bon!» s'amuse Steve, en caressant la tête de son compagnon à quatre pattes, Whisky.
Pour que son projet coûte le moins cher possible, il a recyclé des bacs à fleurs de jardins communautaires qui délimitent aujourd'hui sa terrasse. En «phase 2» , Steve a monté une structure légère. Pour obtenir un toit «sans faire d'ombre», il a conçu de toutes pièces l'installation de sept pieds de hauteur, qui «descend le plafond» et crée l'effet d'un cocon avec la verdure qui s'y agrippe.
Le houblon en fleur
En bacs, il cultive de la stevia, une herbe ultrasucrée, dont les feuilles aromatisent les cocktails. Ailleurs, Steve pointe de la mélisse, qui repousse les moustiques et qu'il utilise en tisane. Il commence aussi une culture d'arbres, avec deux pommiers. «On a des pommes... qu'on s'est fait voler. Mais on le fait en le sachant», lance le jeune homme. Les passants ont une petite tendance à s'approprier les choses, qui semblent laissées sur le trottoir. 
«Ça nous oblige à créer des frontières», dit Steve en désignant une rangée de graminées et de lavande pour montrer que l'espace est privé. Malgré tout, le barbecue trouvé sur Kijiji et payé 30 $ est fixé à une poutre. Comme la table neuve et les chaises, qui sont attachées et barrées. Un moindre mal, alors que les soirées en plein air sont agréables.
Les graminées servent de barrière psychologique parce que, dans le secteur, les passants se servent et les vols sont fréquents, a constaté Steve Fortier-Evers.
Le condo du couple est en coin. L'aménagement en façade et sur le côté se veut un prolongement du parc à côté. Quant à la fabrication de la terrasse et de la tonnelle, il s'agissait aussi pour le stagiaire en architecture de tester des notions apprises à l'école. «Rien de mieux que de le faire soi-même!» 
Il a contacté Le Soleil en espérant donner l'idée aux gens de s'approprier ce genre d'espace. «En marchant dans Limoilou, j'ai réalisé qu'il y avait tellement de potentiel!» dit-il tout en déplorant les contraintes imposées par la Ville en façade.
Pour sa part, Steve a tiré une soixantaine de bières à partir des fleurs de houblon en forme de cocottes qui pendent de la tonnelle et d'un mur en treillis qu'il a placé à l'entrée. Tout a été bu. La prochaine cuvée est en production.