Le Jardin de thé japonais est considéré l'un de plus beaux, sinon le plus beau, des jardins japonais aux États-Unis.

Les superbes jardins de San Francisco

J'ai récemment eu l'occasion d'aller à San Francisco, Californie pour une réunion et, malgré un horaire serré, j'ai pu m'organiser une journée - une seule! - pour visiter ses jardins. Où aller alors? Eh bien, la réponse est évidente, car la majorité des grands jardins de San Francisco sont tous concentrés en un seul endroit : le vaste Golden Gate Park qui, à 4,5 km2, est encore plus grand que Central Park à New York. Ce long parc rectangulaire de 5 km par 0,8 km comprend des aires de sport et de jeux, des lacs, un amphithéâtre, un musée d'art... et aussi plusieurs jardins. Regardons ces derniers ensemble.
California Academy of Sciences
Ce grand musée de sciences naturelles n'est pas un jardin en soi, mais il contient beaucoup d'éléments qui peuvent intéresser une personne avide de nature : il abrite un grand aquarium public, un planétarium, un cinéma 3D, une galerie de gemmes et de minéraux et de nombreuses expositions portant sur l'évolution, les tremblements de terre, les plantes et les animaux de Madagascar et des Galapagos et j'en passe, le tout dans un édifice LEEDS platine très moderne.
Pour le jardinier comme pour le grand public, l'attrait principal demeure toutefois sa forêt équatoriale (jungle), et il y a souvent de longues files d'attente pour y entrer les fins de semaine. Sous un grand dôme vitré de 27 mètres de diamètre, le public est invité à découvrir ce qu'est la jungle, ce milieu où il fait toujours chaud et humide, l'écosystème le plus riche en espèces au monde.
Un sentier en spirale monte doucement du rez-de-chaussée jusqu'au sommet, 4 étages plus haut. En montant, on fait non seulement le tour de la forêt, avec ses arbres gigantesques et ses plantes épiphytes, ses papillons et ses oiseaux, mais on passe aussi devant des expositions sur différentes forêts équatoriales - Bornée, Amérique centrale, Afrique, etc. - où des terrariums décorés de végétaux exotiques abritent les animaux de ces forêts, comme des grenouilles aux couleurs surprenantes, des caméléons et des serpents. Après avoir visité la canopée de la forêt, un ascenseur nous emmène au sous-sol, là où les racines des arbres se mélangent à un étang rempli de poissons gigantesques... et le visiteur traverse sous l'étang dans un long tunnel vitré. Quelle belle étude de la nature!
Enfin, ne manquez pas le toit vert! Trois dômes couverts de végétation surgissent du toit autrement plat, dont le dôme central, percé de fenêtres rondes, n'est nul autre que le dôme de la forêt équatoriale. Grâce aux panneaux solaires, le toit produit toute l'électricité de l'édifice qui se trouve de plus climatisé par la couverture végétale. Les plantes qui poussent sur le toit sont toutes indigènes de la Californie et le toit est fréquenté par des papillons et même des colibris.
Dans le musée, il y a une grande boutique et un restaurant de style cafétéria : comme il faut compter de 2 à 4 heures pour faire le tour du musée, une petite collation, sinon un dîner, sera sûrement très apprécié.
Le Jardin de thé japonais
Tout près se trouve le Japanese Tea Garden, créé pour la foire mondiale de San Francisco de 1894 et nettement agrandi par la suite grâce aux bons soins de l'architecte paysager japonais Makoto Hagiwara. Lui et ses descendants ont carrément vécu dans le jardin pendant presque 50 ans et ont fait de son entretien la passion de leur vie. Leur histoire finit mal, cependant : comme tous les autres Américains d'origine japonaise, la famille Hagiwara a été forcée de quitter sa demeure et s'est vue enfermée dans un camp de concentration pendant toute la durée de la Deuxième Guerre mondiale. Même après la libération de tous les membres de la famille, à cause de la méfiance des Américains face aux Japonais, on ne leur permit jamais de réintégrer leur maison pour s'occuper du jardin. D'ailleurs, ce jardin, renommé «Jardin oriental» pour ne pas offusquer le public, fut presque abandonné. Ce n'est qu'à partir des années 1950, une fois la poussière retombée, que le jardin fut graduellement restauré.
Aujourd'hui le Jardin de thé japonais est un jardin de promenade de deux hectares qui contient plusieurs éléments architecturaux importés directement du Japon, comme des grandes portes, un pont lune, une pagode, une maison de thé et de nombreuses lanternes. On le visite sur des sentiers sinueux, découvrant à chaque tournant de superbes panoramas : des arbustes et des arbres taillés en nuages, de petits étangs et des ruisseaux, des tapis de verdure, des arbustes fleuris, des arbres centenaires et beaucoup plus encore. Il y a aussi, selon les saisons, des expositions de bonsaïs et d'arrangements floraux japonais. Enfin, il y a également une boutique et, bien sûr, une maison de thé.
Un détail amusant : c'est depuis ce jardin qu'aurait été introduit en Amérique du Nord le célèbre fortune cookie, ce biscuit oriental contenant un horoscope. Même si on l'appelle couramment «biscuit chinois» et qu'on l'associe aux restaurants chinois, il est, paraît-il, d'origine japonaise.
Le Jardin botanique
Presque en face du Jardin de thé japonais, il y a le San Francisco Botanical Garden. C'est un jardin de bonne superficie (22 hectares) présentant plus de 8000 variétés de plantes du monde entier.
Le jardin se spécialise dans les magnolias (lors de ma visite en janvier, il y avait spécimens de Magnolia campbellii de 20 m de haut, couverts fleurs roses de presque 30 cm de diamètre!) et dans les plantes provenant du climat méditerranéen, soit un climat où les hivers sont frais et pluvieux et les étés chauds et secs... comme le climat de San Francisco. Le jardin est divisé en collections de plantes représentant chacune de ces parties du monde : la Californie, l'Europe, le Chili, l'Australie et l'Afrique du Sud. Il y a également une forêt de nuages, un jardin représentant ce milieu unique, normalement caché en haute montagne où, sous l'humidité constante, les plantes atteignent des tailles gigantesques. À défaut de nuages, des brumisateurs assurent l'humidification des végétaux. Aussi, il y a des collections de plantes provenant de la Nouvelle-Zélande et de l'Asie, un jardin des parfums, un jardin de camélias et beaucoup plus encore.
J'ai été particulièrement fasciné par le jardin des plantes anciennes, décoré de mousses, de prêles, de fougères arborescentes et de conifères aux formes inhabituelles, comme le désespoir des singes (Araucaria auracana) et le pin de Wollémie (Wollemia nobilis), tous des végétaux antérieurs aux plantes à fleurs. Il ne manquait pour compléter ce portrait d'un monde primitif qu'un ou deux dinosaures croquant les feuilles des ginkgos!
Le Jardin botanique comprend une boutique et une bibliothèque, mais aucun restaurant. Toutefois, lors de ma visite par une journée hivernale exceptionnellement chaude (23 °C), les vastes pelouses étaient parsemées de piqueniqueurs.
La serre des fleurs
Je dois me confesser : il y avait tellement de plantes fascinantes à découvrir dans le Jardin botanique que j'y ai passé plus de 4 heures... Je n'avais donc plus le temps d'aller voir le dernier des grands jardins du Golden Gate Park : le Conservatory of Flowers (la grande serre des fleurs). Ce jardin, essentiellement le pendant sous abri du Jardin botanique, se compose d'une vaste serre victorienne entièrement restaurée depuis 2003 et qui contient des collections de plantes tropicales du monde entier. Elle abrite elle aussi, selon les saisons, des expositions d'orchidées, de gesnériacées et d'azalées. Il paraît que cette serre est tout aussi attrayante que les autres jardins, et je compte bien y passer plusieurs heures lors de ma prochaine visite à San Francisco!