Marie Baillargeon rêvait d'un jardin où elle pourrait déambuler. Elle a réalisé son rêve sur sa terre de l'île d'Orléans.

Le jardin de Marie: les fruits d'un travail acharné

Foi de Marie Baillargeon, le jardinage, c'est comme le bridge : ça comble la solitude, ça permet de traverser les périodes difficiles, mais il y faut travailler sans relâche.
<p>Marie Baillargeon est propriétaire de la boutique Les Halles en fleurs.</p>
<p>Le jardin de Marie Baillargeon</p>
Marie cultive son jardin depuis 1998, sur le terrain qu'elle a acheté avec son conjoint, Martin Vaugeois, dans le village de Sainte-Famille, à l'île d'Orléans. «C'était une terre décapée, une terre de Caïn», a-t-elle raconté, au fil d'une radieuse matinée de juillet.
Elle est propriétaire des Halles en fleurs depuis 29 ans, une boutique de l'avenue Cartier, à Québec. Elle trouve son plaisir à composer pour ses clients des bouquets naturels et champêtres, agencés «dans un heureux désordre».
L'été, elle avait du mal à trouver des fleurs et des plantes à son goût. D'où l'idée d'acheter cette terre de l'île d'Orléans, d'y aménager un jardin et d'y faire pousser des végétaux pour son commerce. «Les feuilles, c'est important pour moi dans un bouquet», confie-t-elle, en précisant qu'à peine 20 % de sa production (les pivoines et les tulipes, notamment) est utilisée pour sa boutique. Et souvent gratuitement.
Cette «terre de Caïn» a bénéficié d'une expérience menée par la papetière Daishowa, qui souhaitait tester l'efficacité de ses boues de désencrage (des dérivés du papier) pour la revitalisation du sol. Jumelée à «plusieurs amendements» et à l'utilisation de fumier de cheval, l'expérience a été concluante.
Souvenirs d'enfance
Marie cultive des fleurs en autodidacte depuis qu'elle est «haute de même», explique-t-elle en mettant sa main à la hauteur de sa taille. Elle se souvient de son père, Louis Baillargeon, qui plantait ses Marigolds en les gavant d'engrais «en petite poudre verte», le fameux Rapidgrow. Elle s'émerveillait de la beauté que son père tirait de la nature et de ses fleurs qu'elle voyait s'épanouir à vue d'oeil. «Elles venaient grosses de même», décrit-elle en dessinant avec ses mains un rond gros comme un 33 tours.
Petite, elle passait ses étés avec ses neuf frères et soeurs dans le village de Saint-Jean, à l'île d'Orléans, où ses parents possédaient un chalet. «Je ramassais des fleurs chez la voisine avec ma mère», dit-elle. Ce souvenir très vif a eu une influence majeure sur sa vie d'adulte.
À l'adolescence, «à une époque où la vie était difficile», le jardinage lui a «redonné le goût de vivre».
Une fois installée sur l'île avec son conjoint, cette femme qui a grandi dans le quartier Saint-Sacrement, à Québec, s'est mise à rêver d'un jardin où elle pourrait déambuler. «J'ai débuté avec des allées, avec des plantes faciles à cultiver, comme la campanule Lactiflora, l'alchémille et l'Euphorbia», relate-t-elle.
Marie Baillargeon a l'air pas mal savante quand elle désigne ses fleurs avec leurs noms communs ET leurs appellations latines. «Je prends mes trucs dans la revue française Mon ami mon jardin», glisse-t-elle. Chaque printemps, elle en relit des exemplaires et finit par dénicher de nouvelles informations, des détails qui lui avaient échappé. L'expérience et l'observation font le reste.
Dans le jardin de Marie, il n'y a pas d'objet purement décoratif, «pas de bebelle», dit-elle. Les bancs disséminés à l'ombre des grands arbres lui offrent des espaces de répit, elle traverse ses plates-bandes sur des pas japonais métalliques très pratiques en forme de hérissons, les cabanes et les bains sur pieds attirent vraiment les oiseaux.
Troncs dénudés
Marie a aussi un dada : elle dénude les troncs de ses arbres, même ceux de ses lilas. «Je leur lève la jupe», plaisante-t-elle. Ces troncs dépouillés magnifient la beauté et l'amplitude du feuillage.
Marie aime les jardins simples. Le sien, elle l'a «fait avec la lune». Encore aujourd'hui, elle sème les graines lorsque la lune en ascension attire les plants vers le ciel; et elle travaille le sol quand l'astre qui descend influe sur l'action des engrais.
D'avril à novembre, entre son jardin et sa boutique, Marie travaille sans relâche, tout à sa joie de soumettre ses sens à la formidable emprise de la nature.
<p>La molène, «la fleur des sols pauvres»</p>
<p>Le lys Leichlinii, une des fleurs cultivées dans le jardin</p>
Histoires de fleurs
L'alchémille
Surnommée «manteau de Notre-Dame», l'alchémille est la première vivace que Marie a plantée dans son jardin. Au Moyen-Âge, raconte-t-elle, les femmes qui avaient perdu leur virginité s'en servaient pour se fabriquer de faux hymens.
Le robinier faux-acacia
La couronne d'épines du Christ aurait été confectionnée avec les branches de cet arbre. Sa fleur, elle, est incorporée dans la recette des loukoums, un dessert «dont les femmes arabes se bourrent dans les harems», plaisante Marie. Le robinier faux-acacia attire les abeilles, ce qui est formidable pour les jardiniers.
La molène
Voici «la fleur des sols pauvres». Quand Marie a emménagé à Sainte-Famille, «c'était la seule qu'il y avait sur le terrain, se souvient-elle. C'est une fleur de chez nous, elle est très féminine.»