Les fruits de l'actée rouge (Actaea rubra), une vivace indigène, sont très attrayants, mais toxiques.

Le côté sombre du jardin

Dans une réponse à une lettre de Francine Blouin le 28 juin, qui cherchait à savoir quelle plante provoquait de graves irruptions cutanées quand elle travaillait dans le jardin, j'avais suggéré quelques plantes courantes qui causent de tels problèmes : herbe à la puce (Toxicodendron radicans), berces (Heracleum spp.), grande ciguë (Conium maculatum), panais sauvage (Pastinaca sativa), euphorbes (Euphorbia spp.), rue (Ruta graveolens), fraxinelle (Dictamnus albus) et boutons d'or (Ranunculus spp.). Et j'en ajoute ici deux autres : l'apocyne à feuilles d'androsème (Apocynum androsaemifolium) et l'ortie (Urticaria spp., Portea spp.).
<p>Les fruits de la plupart des chèvrefeuilles (ici le chèvrefeuille de Tatarie, Lonicera tatarica) sont toxiques.</p>
<p>La vigne vierge pousse un peu partout au Québec. Les oiseaux adorent ses fruits, mais ils sont toxiques aux humains. </p>
Mais Mme Blouin n'avait pas ces plantes chez elle. Finalement, elle m'a envoyé des photos de plantes suspectes que j'ai reconnues, la clématite de Virginie (Clematis virginiana). Normalement, cette plante n'est pas considérée comme aussi irritante que les autres, mais il faut souligner que les réactions varient d'un individu à un autre et sans doute que Mme Blouin réagit beaucoup à cette plante. Donc, mystère résolu, mais...
Que dire des autres plantes toxiques qu'on trouve sur nos terrains ou dans la nature? Pourquoi ne pas en faire un résumé dans cette chronique?
Feuillage toxique si avalé
Pour certaines plantes, c'est le feuillage (et généralement aussi les tiges, les racines, etc.) qui est toxique non pas au toucher, mais s'il est ingéré. C'est le cas de plusieurs plantes ornementales trouvées couramment dans nos aménagements, comme l'aconit (Aconium spp.), l'azalée (Rhododendron spp.), le brugmansia (Brugmansia spp.), le datura (Datura spp.), le delphinium (Delphinium spp.), la digitale (Digitalis spp.), l'hellébore (Helleborus spp.), la jacinthe (Hyacinthus spp.), le lis (Lilium spp.), le marronnier d'Inde (Aesculus spp.), le narcisse (Narcissus spp.), le rhododendron (Rhododendron spp.), le ricin (Ricinus communis) et la sanguinaire (Sanguinaria canadensis). On ne peut même pas faire confiance aux plantes comestibles, car plusieurs ont un fruit comestible alors que le feuillage est toxique : c'est le cas des cerisiers et des pruniers (Prunus spp.), de la pomme de terre (Solanum tuberosum) et de la tomate (Lycopersicum esculentum). Chez la rhubarbe (Rheum rhabarbarum), le pétiole (la «tige» de la feuille) est comestible, mais le limbe (la «feuille» elle-même) est toxique. Allez comprendre!
Heureusement, peu de personnes, même les enfants, s'intoxiquent avec des feuilles ou des tiges, car elles ne nous paraissent pas tellement appétissantes. Mais les fruits, c'est une autre histoire.
Fruits toxiques
Là où il y a un réel danger que des plantes empoisonnent les humains, c'est avec les fruits. Les fruits toxiques sont colorés, souvent agréablement parfumés et parfois même sucrés au goût (du moins, c'est ce qu'on me dit!). Les jeunes enfants, notamment, peuvent les prendre pour des bonbons. Peu sont mortels, mais plusieurs peuvent causer bien des désagréments.
Voici une croyance à bannir tout de suite : on entend souvent dire que si un oiseau mange un fruit, il n'est pas toxique. C'est probablement vrai pour l'oiseau qui le mange, mais l'humain n'a pas le même système digestif que les oiseaux, et plusieurs fruits que les oiseaux mangent impunément peuvent nous rendre bien malades.
Quelques fruits qu'il ne faut pas manger
Actée (Actaea spp.) : vivace indigène de nos sous-bois, parfois cultivée aussi. Les fruits rouge vif ou blancs sont moyennement toxiques.
Bourreau des arbres (Celastrus spp.) : grimpante vigoureuse produisant des fleurs discrètes, mais des fruits très colorés à l'automne, soit des capsules jaunes ou orange qui s'ouvrent pour révéler une baie rouge. Légèrement toxique.
Chèvrefeuille (Lonicera spp.) : certains chèvrefeuilles sont des grimpantes, d'autres des arbustes, certains sont cultivés, d'autres poussent à l'état sauvage. La plupart ont des fruits vivement colorés rouges ou orange, généralement portés deux par deux. Or, ces fruits sont légèrement toxiques. Curieusement, au moins une espèce, le camérisier (L. caerulea), produit des fruits comestibles et il est d'ailleurs cultivé comme fruitier!
Herbe à la puce (Toxicodendron radicans, anc. Rhus radicans) : port arbustif bas dans notre région, mais grimpant ailleurs (important à savoir si vous êtes en voyage). Toute la plante est toxique au toucher, et notamment les feuilles trifoliées, du moins chez les individus susceptibles. Les fruits blanchâtres portés en grappes aussi sont irritants au toucher, mais carrément toxiques si avalés.
Daphné (Daphne spp.) : petit arbuste aux fleurs blanches ou roses très parfumées... et aux fruits rouge vif très toxiques.
If (Taxus spp.) : conifère arbustif, sauvage ou cultivé. La partie rouge du fruit est comestible, mais la graine au centre est toxique. Les oiseaux semblent le savoir, les humains non. Ma suggestion : ne pensez même pas à y goûter!
Morelle douce-amère (Solanum dulcamara) : mauvaise herbe grimpante aux fleurs pendantes violettes et aux fruits verts devenant orange, puis rouges. Les fruits moyennement toxiques nous avisent de leur dangerosité par leur odeur nauséabonde, mais il y a quand même des gens qui vont oser les manger!
Muguet (Convallaria majalis) : joli couvre-sol vivace, cultivé pour ses clochettes parfumées blanches ou roses au printemps. Il ne produit pas toujours de fruits, mais quand il le fait, les fruits ovales rouge vif sont très toxiques.
Ricin (Ricinus communis) : tout est toxique chez le ricin, une plante annuelle cultivée pour l'allure exotique de ses énormes feuilles, mais les graines, contenues dans une capsule piquante, sont très colorées et peuvent attirer l'attention de jeunes enfants.
Sureau du Canada (Sambucus canadensis) : toutes les parties de cet arbuste indigène sont toxiques... sauf les fruits noirs parfaitement mûrs. Même là, mieux vaut les faire cuire avant de les manger. Les fruits des sureaux à fruits rouges, comme le sureau à grappes (S. racemosa), très commun dans la région, sont considérés comme légèrement toxiques, même après cuisson.
Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) : grimpante sauvage ou cultivée. Les fruits bleu foncé sont très toxiques. Les fruits du lierre de Boston (P. tricuspidata), pourtant un proche parent, ne seraient pas toxiques ou, encore, seulement très légèrement.
Que faire?
D'abord, même si la plupart des plantes décrites ici sont abondantes dans la nature et les jardins, les cas d'intoxication sont rares. Et il y a tellement de plantes potentiellement toxiques qu'il est impensable les éliminer toutes de votre environnement. Mais, sans faire inutilement peur aux enfants, il est important de leur montrer de ne jamais manger des fruits ou des plantes - même du potager! - avant qu'un parent ou qu'un adulte n'ait donné son approbation.
Si vous doutez d'un cas d'empoisonnement, téléphonez au Centre antipoison du Québec (1 800 463-5060) à n'importe quelle heure, et on vous éclairera rapidement.
<p>Les dommages visibles ici ont probablement été causés par des limaces.</p>
Réponses à vos questions
Un engrais devient-il périmé?
Q Peut-on réutiliser de l'engrais en poudre (soluble dans l'eau, comme le 4-6-10) qui a passé l'hiver dans une remise non isolée? Ces engrais perdent-ils en partie ou en entier leur efficacité quand ils sont entreposés ainsi d'année en année? Ginette P.
R Ni le froid ni le passage du temps ne dérangent les engrais en poudre ou un granule. Même un engrais datant d'il y a 40 ans sera essentiellement aussi bon qu'un engrais frais. Il arrive toutefois que de vieux engrais s'agglomèrent et deviennent durs à cause d'un surplus d'humidité atmosphérique. Dans ce cas, réduisez la motte ainsi formée en poudre avec un pilon avant l'utilisation.
Qu'est-ce qui mange mes plantes?
Q Qu'est-ce qui cause les dommages visibles dans la photo jointe? C'est la deuxième année que nous trouvons ce genre de problème. Comment éviter cela à l'avenir? Ginette P.
R Les dommages semblent indiquer la présence de limaces. Comme elles travaillent surtout la nuit, il arrive souvent qu'on voie les dégâts, mais pas les coupables. Pour les contrôler, n'appliquez pas de coquilles d'oeuf autour des plantes, malgré ce qui se dit sur Internet : vous ne ferez qu'empirer le problème. Si vous avez accès à des cendres de bois, on peut les épandre sur le sol autour des plantes pour garder les limaces au loin, mais il faut réappliquer après chaque pluie. On peut utiliser de la terre de diatomée (vendue en jardinerie) à la même fin et avec la même mise en garde: il faut réappliquer après chaque pluie. Pour un effet plus durable, essayez des traitements de phosphate de fer, un molluscicide biologique. Le métaldéhyde, un autre molluscicide, est efficace aussi, mais dangereux pour les enfants et les petits animaux. Encourager sur votre terrain la présence de prédateurs des limaces, comme les carabes (coléoptères noirs), les crapauds et les couleuvres, est aussi très efficace.
Orchidée sauvage
Q Voici, à ma grande surprise, ce que j'ai trouvé en désherbant ma plate-bande : des orchidées sauvages. Les six plants se trouvent près d'un sapin, au bas d'une pente, exposition à l'ouest. J'ai plusieurs questions. S'agit-il d'Epipactis helleborine? S'agit-il d'une rareté? Comment les protéger? Dominique Lagueux, L'Ancienne-Lorette
R Vous l'avez bien : c'est un E. helleborine, épipactis petit hellébore de son nom commun, une orchidée originaire d'Europe, mais bien établie en Amérique du Nord comme plante naturalisée. On la trouve couramment dans les plates-bandes ombragées au Québec où elle pousse spontanément. C'est bien la seule orchidée qui s'installe couramment dans nos aménagements, et certaines personnes la considèrent comme une mauvaise herbe juste du fait qu'elles ne l'avaient pas plantée. Mais elle n'est pas envahissante de nature et pousse plutôt çà et là sans jamais dominer. C'est une petite plante somme toute assez insignifiante, aux minifleurs de couleur variable : habituellement vert pourpré, mais aussi blanche, verte ou violette, appréciée surtout parce que sa seule présence donne droit au jardinier de se vanter qu'il cultive des orchidées chez lui! L'épipactis ne fleurit qu'une seule fois, puis meurt, mais produit des rejets par rhizome pour assurer sa survie. Il est surtout important de ne pas sarcler, car elle tolère mal qu'on dérange ses racines. Pour plus d'information, j'en parle en détail dans mon dernier livre, La bible des vivaces, tome 3.
Pour poser vos questions : courrier@jardinierparesseux.com
Précision
Dans les adresses données la semaine dernière pour obtenir plus d'information sur la culture des shiitakes dans Réponses à vos questions, il fallait lire ceci :
www.mycoflor.ca, www.fermedesaintemarthe.com, www.whperron.com. Et une lectrice attentive a ajouté l'adresse suivante : http://violonetchampignon.com.
Calendrier horticole
Visite de jardins à Saint-Hyacinthe
La Société des Amis du Jardin Van den Hende vous invite à un voyage horticole le samedi 16 août au Jardin Daniel A. Séguin, avec ses 20 jardins thématiques, et chez Passion Doré, un producteur de cerises de terre. Le voyage comprend deux repas, dont le souper à la microbrasserie Le Bilboquet. Info : Jacques Allard, 418 656-3410
Fête horticole au Domaine Joly-De Lotbinière
Aujourd'hui et demain, participez aux Tendances horticoles en fête au Domaine Joly-De Lotbinière. On vous promet une fin de semaine de découvertes, d'échanges, de partage et de rencontres à vivre entre collègues ou entre amis. Conférences et animations commentées par Daniel Fortin et Rock Giguère (aujourd'hui et demain) ainsi que Jean-Claude Vigor (demain). Pour information : www.domainejoly.com ou 418 926-2462
Voyage horticole au Lac-Saint-Jean
La Société d'horticulture Chaudière-Etchemin organise un voyage horticole au Lac-Saint-Jean aujourd'hui. Le voyage comprend des visites du Jardin Scullion à L'Ascension et de l'Odyssée des Bâtisseurs à Alma, plus le dîner et le souper. Pour information et réservation: Jacques Hallé, au 418 564-0544, ou Guy Lessard, au 418 832-7263
Tournée de l'île d'Orléans
La Société d'horticulture de Sainte-Foy invite la population à participer à un voyage à l'île d'Orléans le samedi 16 août. La visite comprend la fromagerie Les fromages de l'Isle, la Ferme Lemelin  (culture des poireaux), le jardin de La Seigneurie de l'île d'Orléans, ainsi que L'Art au jardin (commerce de décoration pour le jardin). Pour information et réservation : Michelle Turcotte, au 418 654-9282, ou par courriel au michelleturcotte@gmail.com
Voyage horticole en Estrie
La Société d'horticulture de Québec vous invite à son prochain voyage horticole aux jardins du parc Marie-Victorin et aux Jardins Vivaces de Fernand le dimanche le 17 août. Dîner-buffet inclus sur place (repas froid). Souper inclus à la Brasserie Fleurimont. Info : 418 956-6389 ou societehorticulturequebec@hotmail.com
Courriel infocompost
Les citoyens de Québec, de L'Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin-de-Desmaures peuvent profiter du service de courriel infocompost jusqu'au 10 octobre. Voici où aller pour poser vos questions concernant le compostage domestique, l'herbicyclage et le feuillicyclage : infocompostvq2014@gmail.com
Pour toute activité horticole, écrivez-nous à magazine@lesoleil.com.