L'Azulée: de la lavande bio plein les yeux et les narines

Dans la vallée de Baie-Saint-Paul, là où l'on sent le va-et-vient des marées et des oiseaux migrateurs, une jolie fermette fleure bon la lavande. Son champ autrefois voué aux petites cultures maraîchères voit aujourd'hui pousser des épis bleus certifiés biologiques. Bienvenue à l'Azulée.
Lors de la visite du Soleil à la mi-juillet, la lavande venait tout juste d'éclater. Une équipe de jeunes cueilleurs et de bénévoles prêtait main-forte à Louise Vidricaire, traductrice de métier qui avait ce projet «pour ses vieux jours». «J'appelle ça les blues du bas de la baie», dit-elle avec couleur.
Son chignon frisé dissimulé sous un chapeau en vannerie, elle fait visiter son domaine et sa maison qui datent de 1844. L'Azulée a d'ailleurs reçu un Prix du patrimoine de Charlevoix 2015, dans la catégorie Préservation et mise en valeur du patrimoine.
Louise Vidricaire et son amoureux possèdent cette terre depuis 2000. Partis un temps en Ontario, ils sont revenus l'an dernier pour y planter de la lavande et du coeur. Sur un demi-acre, pour commencer, les boutures ont bien profité. «Elles ont aimé le sol charlevoisien parce qu'elles sont rendues presque aussi grosses que des plants de trois ans», indique la propriétaire.
Par contre, l'hiver rude et le peu d'enneigement ont eu raison de sa variété préférée, la 'Grosso' aux fleurs très foncées. Elle tente sa chance une seconde fois. En venant voir «ses belles» cet été, l'horticulteur qui l'a aidée à démarrer lui en a gentiment redonné. 
Vocation culinaire
Alors que les fleurs de la 'Grosso' étaient destinées au marché de fleurs fraîches, la production principale d'Azulée a une tout autre vocation, cette fois culinaire. D'où l'importance d'une certification bio, souligne Louise Vidricaire, qui est aussi membre affiliée de la table agroalimentaire de Charlevoix. Si tout va bien, certains produits comestibles devraient pouvoir être vendus l'an prochain.
Pour y parvenir, elle parle d'«alliances stratégiques». Elle mentionne la boulangerie locale Louise Desrosiers, avec qui elle a un projet de sablés à la lavande. Avec la ferme Cassis et Mélisse, qui fait des fromages de chèvre dans Bellechasse, elle essaie de créer un fromage à pâte semi-ferme avec de la lavande.
Parallèlement, l'Azulée offre un baume à lèvres à base de lavande et de géranium élaboré avec l'herboriste Chantal Dufour, un savon au lait de chèvre et à la lavande conçu avec Marjolaine Gagnon, de la boutique La lavandière à Baie-Saint-Paul. Louise Vidricaire a aussi concocté une tisane lavande et mélisse.
La coupe de sa lavande se fait de façon précoce, explique-t-elle, parce que la teneur en huile essentielle est plus forte. Elle la coupe aussi très court, car elle n'a pas besoin des tiges pour fabriquer ses produits.
La récolte est placée dans des corbeilles anciennes. Elle raconte qu'après plusieurs
valses-hésitations, les Petites Franciscaines de Marie, communauté religieuse dont la maison mère est à Baie-Saint-Paul, sont venues la voir pour lui offrir une vingtaine de paniers de cueillette. Une bénédiction, elle qui en cherchait justement.
Deux types de bouquets y sont déposés, les formés et les
non-formés. Ils sont ensuite transportés dans le séchoir où ils sont accrochés la tête en bas. Cet espace en construction et recouvert de bois de grange est charmant et, bien sûr, divinement odorant.
Les gens de passage sont invités à s'arrêter dans le pré bleu de l'Azulée pour une visite informelle. Ils risquent, comme nous, de croiser des voisins venus aider ou jaser. «Le voisinage m'a beaucoup encouragée. Sans eux, ça ne serait pas aussi l'fun», lance Louise Vidricaire, Montréalaise devenue Charlevoisienne.