Certains concombres, comme 'Patio Snacker', on été conçus pour la culture en pot.

L'année du concombre

Oui, en plus d'être l'année du pétunia et de l'échinacée, 2014 est aussi l'année du concombre. Vous trouvez que le concombre est un légume bien trop ordinaire pour mériter un tel honneur? Attendez de lire plus loin : vous verrez que ce légume est beaucoup plus intéressant qu'on pense!
Origine incertaine
L'origine du concombre est perdue dans la nuit des temps. D'ailleurs, le concombre qu'on connaît (Curcumis sativus) ne pousse nulle part à l'état sauvage. On croit qu'il a été développé à partir d'un concombre sauvage dans le nord de l'Inde, car on a trouvé des graines de concombre dans une caverne de cette région datant de 9750 avant notre ère.
Chose certaine, à partir de 3000 av. J.-C., son utilisation s'étend et on commence à le cultiver en Chine et en Égypte, puis en Grèce, puis tout autour de la Méditerranée. Les Romains l'ont rapidement adopté, et l'insistance de l'empereur Tibère (42 av. J.-C. à 37 apr. J.-C.) pour avoir des concombres frais à sa disponibilité toute l'année (il en mangeait jusqu'à 10 par jour!) a forcé ses jardiniers à innover. Au début, ils cultivaient les concombres dans des chariots qu'ils poussaient à l'intérieur la nuit ou quand il faisait froid, question de permettre à cette plante d'origine tropicale de survivre aux hivers frisquets de Rome. Plus tard, ils développèrent les premières serres au monde, des abris rectangulaires couverts de grandes feuilles de sélénite (une roche transparente), un système qui captait la chaleur le jour et la conservait la nuit tout en laissant entrer la lumière.
Au IXe siècle, sous Charlemagne, le concombre gagne la France et, peu après, le reste de l'Europe. Au XVIIe siècle, le jardinier en chef de Versailles en fera pousser sous serre de façon à assurer une primeur à son patron, car Louis XIV en était très friand. Même Christophe Colomb en a cultivé dès 1493, dans le premier jardin expérimental au Nouveau Monde. Par la suite, avec la colonisation européenne, le légume s'est diffusé à travers ce nouveau territoire. On sait que le concombre était connu et cultivé en Nouvelle-France, par exemple.
Le concombre moderne typique est allongé et vert foncé avec un épiderme piquant, mais il existe aussi des concombres ronds, ovales, à peau lisse et de différentes couleurs : blancs, jaunes et bruns. Donc, si vous voulez impressionner vos invités...
Question de sexe
Le concombre (Curcumis sativus) est membre de la famille des Cucurbitacées, avec les courges, les gourdes et les melons. Comme eux, c'est une plante rampante ou grimpante ayant des feuilles rugueuses et des vrilles qui s'entortillent autour des tiges des plantes environnantes, ce qui lui permet de monter sur des arbustes (dans la nature) et des tuteurs et des treillis (en culture).
Ses fleurs sont jaunes et ne durent qu'une journée. Elles sont habituellement monoïques, c'est-à-dire que les fleurs mâles (qui produisent le pollen) et les fleurs femelles (qui produisent le fruit) sont portées séparément, mais sur la même plante. On peut facilement reconnaître la fleur femelle, car elle porte un ovaire en forme de miniconcombre à sa base, ovaire qui deviendra le fruit si la fleur est pollinisée. Un pollinisateur, habituellement un insecte, doit nécessairement transférer le pollen lourd d'une fleur mâle à une fleur femelle, sinon le fruit avorte.
Les concombres produisent de 10 à 20 fleurs mâles pour chaque fleur femelle. Du moins, c'est normalement le cas. Les hybrideurs ont toutefois développé plusieurs formes de concombre ayant un ratio différent, et ce, pour satisfaire les besoins des jardiniers.
Les concombres gynoïques, par exemple, ne produisent que des fleurs femelles. Comme toutes les fleurs sont femelles, ils produisent beaucoup plus de fruits par plant. Quand on achète un sachet de semences de concombres gynoïques, il contiendra toujours quelques graines teintées d'une couleur contrastante : ce sont les concombres normaux, donc monoïques. En effet, il faut toujours cultiver un ou deux plants monoïques dans un rang de concombres gynoïques pour assurer la pollinisation.
Et on a aussi développé des concombres parthénocarpiques. D'ailleurs, les consommateurs québécois les connaissent bien : il s'agit des concombres que nous appelons couramment «concombres de serre». Ces concombres aussi ne produisent que des fleurs femelles, mais à la différence des concombres gynoïques, ces fleurs peuvent produire des fruits sans pollinisation (c'est le sens du mot parthénocarpique). Il en résulte les concombres que nous voyons au marché : longs, sveltes et, nécessairement - puisqu'il n'y a pas eu pollinisation -, sans pépin. Mais il faut cultiver les concombres parthénocarpiques en l'absence de tout autre concombre, car s'il y a des fleurs mâles dans les environs et qu'un insecte pollinise une fleur parthénocarpique, son fruit se trouvera déformé.
<p>Le concombre 'Lemon' est de la taille et de la couleur d'un citron. </p>
Pour éviter les rots?
Les premiers concombres étaient très amers, car ils contenaient beaucoup de cucurbitacines, des composés chimiques dont le goût insupportable dérange les herbivores et protège ainsi les plants de dommages. Aussi, les cucurbitacines sont difficiles à digérer et provoquent des éructations quand on les consomme. D'où la réputation des concombres de provoquer les rots. Cependant, à force de choisir toujours les plantes les moins amères de génération en génération, la quantité de cucurbitacines a diminué chez les concombres modernes et leur goût est souvent presque sans amertume... et les éructations aussi sont moins fréquentes! Les concombres dits libanais sont justement réputés pour être sans amertume. Il reste quand même qu'un concombre stressé - par un manque d'eau, par exemple - retrouvera facilement son amertume d'autrefois... et aussi son effet secondaire désagréable!
Culture facile
On peut semer les concombres en pleine terre au début de juin, mais on prend alors des risques, car si le temps est froid et pluvieux comme l'an dernier, cela retarda et diminuera la récolte. Il est plus sage de semer les concombres à l'intérieur, mais attention : pas trop tôt! Vers le 15 mai, pas plus tôt, sinon les plants seront trop matures et s'adapteront mal lors du repiquage. Semez-les en pots de tourbe (ainsi leurs racines fragiles ne seront pas blessées lors du repiquage) et acclimatez-les aux conditions extérieures avant de les transplanter en pleine terre.
Plantez les concombres au plein soleil dans un sol riche et bien drainé. Vous économiserez de l'espace... et aurez des fruits plus beaux et plus droits - en les faisant monter sur un treillis ou un filet. Notez qu'il faut récolter les concombres avant leur pleine maturité, car ils deviennent alors durs et orange et ne sont plus comestibles. On récolte les concombres standards à une longueur d'environ 15 à 20 cm, les concombres de serre à 25 cm et plus, mais les cornichons - de petits concombres destinés aux marinades - encore plus tôt, quand ils n'ont que de 3 à 10 cm de longueur. Il existe d'ailleurs des lignées de concombre spécialement développées pour servir de cornichons.
Et un dernier conseil : récoltez souvent! Enlever des fruits stimule la plante à en produire d'autres. Et le contraire est aussi vrai : si vous laissez les fruits sur la plante, elle va arrêter de produire.
Fascinant, n'est-ce pas? Ce n'est pas pour rien qu'on a nommé 2014 l'année du concombre!