L'aménagement comestible

Larry Hodgson
Larry Hodgson
Le Soleil
Dans une économie plutôt anémique, bien des gens recherchent des moyens pour épargner. Et une des façons les plus évidentes de moins dépenser est de cultiver ses propres fruits et légumes. Mais il n'est pas nécessaire d'installer chez soi un potager en bonne et due forme, avec sa forme rectangulaire et ses longs rangs droits. Il est parfaitement loisible d'incorporer des plantes comestibles dans un aménagement paysager attrayant. On appelle cette combinaison de plantes au bon goût et d'aménagement de bon goût un «aménagement comestible».
Le principe de base de l'aménagement comestible consiste à utiliser des plantes utiles de façon ornementale et ainsi à récolter des fruits et des légumes sans pour autant déparer le paysage. Et quand on regarde les plantes comestibles, on découvre que plusieurs sont souvent aussi jolies que les variétés strictement décoratives.
Voyez-vous, par exemple, une différence majeure entre un pommetier ornemental et un pommier à fruits? Tous deux se couvrent de fleurs extraordinaires au printemps; la différence principale est que, par la suite, le pommetier produit de petits fruits, le pommier, de gros fruits. Ces derniers sont tout aussi décoratifs tant qu'ils sont sur l'arbre, mais à la fin de la saison, les fruits du pommetier finissent au compost, alors que ceux du pommier peuvent se manger frais ou cuits.
C'est la même chose pour les autres arbres fruitiers : pruniers, cerisiers, poiriers, etc. Ils sont à la fois ornementaux et utiles. Et les petits fruits aussi. Le bleuetier, notamment, a tout pour plaire comme arbuste ornemental : de belles fleurs en clochette au printemps, des fruits colorés et délicieux l'été et des feuilles rouge flamboyant à l'automne. Les gadelliers et les groseilliers ne sont pas moins décoratifs qu'utiles. La vigne fait une superbe plante grimpante lorsqu'on la fait monter sur un treillis ou une pergola et ses fruits pendants verts, rouges ou pourpres sont de toute beauté à l'automne! Le kiwi rustique (Actinidia kolomitka), aux feuilles roses, argentées et vertes, est aussi joli que comestible... à la condition de planter quelques plants femelles au lieu des seuls plants mâles que la plupart des pépinières se limitent à nous offrir.
Les légumes aussi
Il n'y a pas que les fruitiers qui sont à la fois décoratifs et ornementaux, mais les légumes aussi. Il suffit de les sortir de leurs rangs rectilignes et de les utiliser autrement pour découvrir leurs attraits. Ainsi, la pomme de terre a été importée en Europe en tant que plante ornementale et servait de bulbe d'été, un peu comme on cultiverait un dahlia de nos jours. Après tout, ses fleurs bleu-violet à blanches sont magnifiques et son port arrondi, impeccable. C'est Antoine Parmentier qui a réussi à convaincre les Français que ses tubercules étaient comestibles en 1772.
La tomate a vécu la même situation. Pendant presque 300 ans, on l'utilisait comme plante décorative, la faisant grimper sur des treillis et des obélisques, mais personne n'osait manger ses fruits. On pensait à l'époque qu'ils étaient toxiques. En France, on l'appelait même «pomme de la mort»! Essayez de cultiver une tomate cerise sur un treillis et vous verrez : elle est tout aussi ornementale qu'elle l'était au XVIIIe siècle.
Parmi les autres légumes naturellement attrayants, il y a le haricot d'Espagne, aux superbes fleurs rouge vif; le chou, avec ses feuilles tantôt bleu-vert, tantôt rouge-pourpre; la rhubarbe, avec ses feuilles énormes et sa floraison massive blanc crème; l'asperge, qui ressemble à un buisson mousseux; et la bette à carde, avec ses pétioles épais rouges, jaunes, roses ou blancs. Le piment fort produit des fruits rouges, jaunes, pourpres et bien d'autres couleurs et se vend comme plante ornementale à Noël sous le nom de «piment de Noël»... mais il s'agit de la même plante et elle est tout aussi jolie dans le potager estival qu'en pot au temps des Fêtes. Plusieurs fines herbes ont aussi des attraits décoratifs indéniables : ciboulette, origan, lavande, bourrache, etc.
D'autres légumes ont, en soi, une apparence assez ordinaire, mais offrent des variétés ornementales. La laitue frisée, par exemple, disponible en vert, mais aussi en rouge. Il y a aussi des variétés de betterave, notamment 'Bull's Blood', à feuillage pourpre. D'ailleurs, allez voir au Jardin botanique de Montréal et vous verrez qu'on y emploie la betterave telle une annuelle dans plusieurs plates-bandes. Il existe aussi des variétés ornementales (et utiles) de plusieurs fines herbes : le basilic pourpre, l'origan doré, la sauge tricolore, etc.
D'ailleurs, même des légumes «ordinaires» peuvent devenir des vedettes... quand on arrête de les planter en rangs. Semez le maïs par touffes de quatre à cinq plantes çà et là dans l'aménagement et vous voilà avec une graminée ornementale extraordinaire. Les haricots grimpants sont enchanteurs sur un treillis, les courges et les concombres aussi. Et une bordure de persil frisé? Quelle merveille!
Les côtés insoupçonnés des «plantes ordinaires»
Mais tant qu'à découvrir les côtés ornementaux des plantes dites utiles, pourquoi ne pas découvrir les côtés utiles des plantes dites ornementales? Les boutons floraux, les fleurs, les pousses et même les racines des hémérocalles sont consommés comme légume au Japon. La monarde, aux fleurs et aux feuilles parfumées et délicieuses, est vue comme une fine herbe dans bien des pays. On peut manger les fleurs parfumées des rosiers et aussi leurs fruits. Les fleurs des bégonias tubéreux sont comestibles et d'ailleurs délicieuses. Et la liste se prolonge presque à l'infini. Plusieurs plantes de votre plate-bande actuelle sont peut-être comestibles : il s'agit juste de faire quelques recherches pour le savoir (on ne goûte jamais à une plante sans s'informer auparavant, car certaines sont toxiques).
Donc, que vous ayez déjà une plate-bande ou que vous vouliez diminuer la surface gazonnée chez vous en rajoutant une cet été, pensez à incorporer dans vos plans d'aménagement des plantes comestibles. C'est bon pour votre portefeuille, c'est bon pour votre santé et, soyons honnêtes, produire ses propres fruits et légumes plutôt que de les faire venir de la Californie par camion, c'est aussi bon pour la planète.