De nombreux Québécois ont des plates-bandes d'iris des jardins, mais ne savent pas comment les contrôler.
De nombreux Québécois ont des plates-bandes d'iris des jardins, mais ne savent pas comment les contrôler.

La division des iris

Larry Hodgson
Larry Hodgson
Le Soleil
Pour le jardinier amateur, l'été est généralement une période relativement tranquille. À part l'arrosage quand la pluie manque et la tonte du gazon, on peut, la plupart du temps, prendre un long congé et regarder nos plantes pousser. À moins que vous considériez que récolter fruits et légumes soit une tâche ardue! (La plupart des jardiniers trouvent que récolter les fruits de leur labeur relève plus d'une détente et d'une récompense!)
Une fois divisée, la talle d'iris semble bien ordinaire, mais elle reprendra vite une belle allure.
Reste une tâche qu'on ne peut pas trop remettre : la division de l'iris des jardins (Iris x germanica). Cet iris, aussi appelé iris germanique, iris barbu ou iris à barbe, produit de grosses fleurs multicolores à la fin du printemps ou au début de l'été, avec, sur les sépales un peu retombants, une «barbe» (une espèce de brosse de poils jaunes), d'où les noms d'iris barbu et d'iris à barbe. Cet iris est facile à distinguer des autres (et il existe de nombreuses espèces d'iris) par ses feuilles en forme d'épées qui poussent en éventail à l'extrémité d'épais rhizomes reposant à la surface du sol. Chez les autres iris, le rhizome est soit absent ou très petit et toujours enterré : si vous voyez ces curieuses structures, rappelant une pomme de terre allongée, bien visibles à la base de la plante, il s'agit d'un iris des jardins.
Contrairement à la plupart des iris vivaces, qui sont en pleine croissance l'été, l'iris des jardins sombre dans une sorte de semi-dormance de six à huit semaines après sa floraison. Son feuillage sèche à l'extrémité et n'est pas très beau à voir. On profite de ce ralentissement pour le diviser, normalement entre la mi-juillet et la fin d'août.
Une division nécessaire
La plupart des autres iris peuvent rester en place une dizaine d'années, voire plus, sans nécessiter de division, mais l'iris des jardins décline assez rapidement si on ne s'en occupe pas. Au bout de trois à cinq ans, il ne fleurit plus au centre et même sa floraison en périphérie diminue et on voit bientôt plus de rhizomes que de feuillage. La division le ravigote... et permet de plus de le remettre à sa place, car autrement il a tendance à former des talles beaucoup plus grosses que prévu.
Personnellement, je ne suis pas un grand amateur de l'iris des jardins : en tant que jardinier paresseux, je trouve qu'il demande beaucoup d'entretien contre une floraison spectaculaire peut-être, mais de durée relativement courte. Je préfère des iris qui fleurissent fidèlement sans exiger beaucoup de soins de ma part, comme l'iris de Sibérie (I. sibirica) et l'iris versicolore (I. versicolor). Mais je suis de toute évidence dans la minorité, car l'iris des jardins demeure de loin le plus populaire des iris et est aussi l'une des vivaces les plus populaires : peu de jardiniers qui cultivent des vivaces n'ont pas au moins une talle de cette plante.
La division étape par étape
Pour diviser un iris des jardins d'allure fatiguée, commencez par couper son feuillage, le rabattant de moitié : cela réduira ses besoins en eau subséquents ainsi que le stress de la transplantation. Puis, déterrez la plante en conservant un maximum de racines, ce qui vous donnera une grosse motte, parfois de 90 cm de largeur! Rincez bien la motte avec un tuyau d'arrosage pour faire tomber la terre et pour mieux voir ce que vous faites.
Avec un couteau tranchant, commencez à séparer les rhizomes, gardant seulement les plus dodus et seulement ceux qui portent un éventail de feuilles à leur extrémité. Jetez au compost tout rhizome pourri, faible ou sans feuillage. Laissez les rhizomes sélectionnés sécher pendant environ 24 heures (pour laisser les blessures se cicatriser et réduire le risque de pourriture). Si vous êtes trop pressé pour cela, badigeonnez au moins les blessures avec une solution de 1 partie d'eau de Javel et de 10 parties d'eau pour les stériliser.
Si vous décidez de déplacer vos iris, n'oubliez pas qu'ils préféreront le plein soleil avec peut-être un peu d'ombre dans l'après-midi. La mi-ombre convient aussi, mais peut réduire la floraison. Le sol doit être riche et surtout bien drainé : contrairement à la plupart des autres iris, qui sont presque des plantes semi-aquatiques, l'iris des jardins nécessite un sol qui s'assèche bien entre les arrosages. Idéalement le sol sera plutôt neutre, avec un pH de 6,8 à 7,0. Cependant, il est difficile de maintenir un tel pH dans notre région où les sols sont naturellement acides... de plus, la vaste majorité des vivaces et arbustes de nos jardins préfèrent un sol un peu plus acide. Sachez donc que l'iris des jardins tolérera sans trop se plaindre un pH allant jusqu'à 6,0.
Une fois l'emplacement choisi, replantez chaque rhizome à l'horizontale à environ 30 cm d'espacement. Ne placez pas tous les rhizomes dans la même direction. Certaines touffes de feuilles doivent pointer vers l'extérieur, d'autres vers l'intérieur de façon à ce que les rhizomes se développent dans toutes les directions. Profitez de la transplantation pour ajouter un peu de compost ou un engrais à dégagement lent (n'importe lequel) à la terre prélevée.
Pour placer les rhizomes au bon niveau, creusez un trou de plantation de 12 cm de profondeur, assez gros pour accueillir de 5 à 10 rhizomes, puis formez dans le trou des petites buttes de terre de 10 cm de hauteur sur chacune desquelles vous poserez un seul rhizome, laissant les racines retomber vers le bas, tout autour. Remplissez alors avec de la terre de façon à ce que la moitié supérieure du rhizome soit exposée. Certains jardiniers préfèrent les recouvrir de terre, mais dans ce cas il faut faire attention à ce que le point de jonction entre le rhizome et la touffe de feuilles ne soit pas couvert : il doit rester à la surface du sol. Pour finir, arrosez abondamment.
Paillis ou pas?
L'utilisation de paillis sur l'iris des jardins est controversée. La vieille école veut que les rhizomes restent exposés au soleil en tout temps alors que la nouvelle dit qu'une mince couche de paillis (2 ou 3 cm) ne fasse pas de tort. Personnellement, je les paille toujours, sinon ils sont vite envahis de mauvaises herbes... mais à vous de décider!
Et voilà! Vos iris sont bien replantés et prêts à fleurir dès le printemps prochain. Mais une question reste : que faire des rhizomes supplémentaires? Car force est de constater que chaque fois qu'on divise un iris, on finit avec une foule de rhizomes pour lesquels on n'a aucune place. J'ai une suggestion pour cela! Pourquoi ne pas les offrir en cadeau à vos voisins moins avides de jardinage? Donnez-leur même un petit cours de plantation... et dans le temps de le dire, à la suite du succès qu'ils auront, ils deviendront d'aussi fervents jardiniers que vous!