L'architecte Émile Gilbert a participé à la transformation du Domaine Cataraqui (2010) en école hôtelière et en espaces protocolaires.

Hommage à un grand défenseur du patrimoine

Les Mérites d'architecture de Québec ont rendu hommage, cette année, à «un grand défenseur du patrimoine», l'architecte de Québec Émile Gilbert.
«Dans les années 70, j'étais un jeune homme aux cheveux longs du quartier Saint-Jean-Baptiste», a-t-il raconté au Soleil, par téléphone, quelques jours avant d'être honoré. La préservation du patrimoine l'allumait déjà. «Nos modèles n'étaient pas ici, précise-t-il. Ils étaient européens.»
«J'ai suivi toutes les formations», poursuit-il. Encore aujourd'hui, il est membre bénévole de l'Association internationale pour la préservation et ses techniques, section Québec.  
Il valorise la formation des architectes. Il s'intéresse à la transmission des techniques. «Ce sont elles qui garantissent la pérennité du patrimoine», assure-t-il, en évoquant les bardeaux de cèdre et les enduits de chaux traditionnels. Il espère qu'un jour les acteurs du monde de la construction, les entrepreneurs notamment, travailleront main dans la main pour la mise en valeur du patrimoine.
S'il a été formé «pour les gros projets», Émile Gilbert a aussi fait des «virages de portes», soit des petits mandats.
Il a travaillé «un peu» dans le secteur résidentiel avec sa femme, l'architecte et designer France Laberge. «Nos clients sont devenus des amis», a-t-il confié. Une maison d'architecte, en effet, est souvent le projet d'une vie. «Il faut que les clients aient confiance.» Quand il a commencé, la profession n'était pas reconnue. La perception du public a changé et il s'en réjouit.
Émile Gilbert a fondé une firme qu'il a dirigée pendant 39 ans, d'abord sous le nom de Chabot & Gilbert, puis maintenant sous celui de BGLA|architecture + design urbain. Il affirme avoir traité plus de 1700 dossiers. La ville de Québec lui doit de grands projets de revitalisation. En voici quelques-uns.
Son premier contrat : le palais de justice
En 1979, Émile Gilbert et son bureau remportent un concours pour la construction du palais de justice de Québec. «J'avais 32 ans, j'étais un junior en architecture», relate-t-il. Il forme un consortium avec d'autres firmes. Mais il se retrouve «presque tout seul jusqu'à la fin, en 1994, au terme de quatre années de travail intensif». Il a fait la recherche, le concept d'aménagement, les plans et devis, la surveillance. «Ç'a été toute une école», confie-t-il.
Le complexe Méduse, premier geste de la revitalisation du quartier Saint-Roch. «Une belle aventure pour un architecte», se souvient Émile Gilbert.
Un projet-phare : Méduse
Avant le jardin de Saint-Roch, la coopérative Méduse a été «le premier geste» dans la revitalisation du quartier, analyse-t-il. Le projet s'est concrétisé «bâtiment par bâtiment». «C'est une belle aventure pour un architecte.» Le maire de l'époque, Jean-Paul L'Allier, est celui qui a le plus «poussé» pour faire avancer les choses. «Le téléphone sonnait à 7h du matin : ''Y'a pas de travaux!'' C'était le maire qui trouvait que ça ne bougeait pas assez .»
Une grande fierté : la chapelle François-de-Laval
Attenante à la basilique-cathédrale de Québec, la chapelle François-de-Laval, rue de Buade, a été inaugurée en 1993. «J'ai mis à profit toutes mes connaissances», laisse tomber le passionné de patrimoine. Le tombeau de Mgr Laval reposait autrefois dans la chapelle du Séminaire de Québec. L'institution voulait qu'il soit plus accessible au public. Émile Gilbert a réalisé les plans de la nouvelle chapelle, dans le respect du patrimoine, mais avec «une marque de modernité». «Ce n'était pas l'endroit pour faire un statement», résume-t-il.
Une collaboration excitante : le Maroc
En 2007, Émile Gilbert a participé à la préparation du concours international d'architecture de la place Lalla Yeddouna, un quartier de la Médina de Fès, au Maroc, un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Représentant le «client», soit un groupe d'organismes locaux, M. Gilbert a rédigé les règles du concours. Il n'avait pas «le beau rôle de l'architecte», mais il a agi comme «mentor» et est devenu «surveillant» de l'équipe qui avait obtenu le contrat. Ce fut un «dossier majeur», qu'il décrit comme un «projet difficile et motivant».
Émile Gilbert
Autres réalisations
Émile Gilbert a conseillé la Commission de la Capitale-Nationale du Québec pour trouver une autre vocation aux Nouvelles Casernes, «sans les mettre en péril», nuance-t-il. Rien n'est encore défini, car il reste de la recherche à faire dans cet ouvrage immense. 
L'architecte a été impliqué dans la transformation du Domaine Cataraqui (2010) en école hôtelière et en espaces protocolaires. 
Il a restauré le phare de Pointe-des-Monts, sur la Côte-Nord (2012).
Il a eu la responsabilité de transformer l'ancien monastère des Franciscains, avenue de l'Alverne, en édifice d'habitation sociale de 106 logements. «On a gardé l'aménagement, explique-t-il, pour donner l'impression que le changement était réversible.»
Il s'implique depuis 1984 auprès de la Maison Michel-Sarrazin, comme bénévole et comme architecte. «On a fait les deux premières phases», mentionne-t-il. Son bureau s'occupera aussi de la troisième, qu'il supervisera.