Étienne Bernier (à gauche) est membre de l'Ordre des architectes depuis 2011. Ann-France Desmeules est membre du Barreau depuis 1990. Simon Hatem (à droite) a obtenu son baccalauréat en design graphique en 1993.

Hatem+D: «Du beau qui communique»

Certains lieux laissent une forte impression sur le corps et sur la tête. Le bureau de Hatem+D, rue Arago, est de ceux-là. Ouvert, blanc, lumineux, minimaliste, il pétille d'une énergie communicative qui s'abreuve à la ville et à 30 cerveaux en ébullition.
Hatem+D, c'est une firme multimédia qui touche à l'architecture, au design graphique, à la création de sites Web, à l'image de marque. «On crée du beau qui communique», résume Ann-France Desmeules, le «D» de Hatem+D, vice-présidente de la firme depuis 2005.
Grâce à sa formation d'avocate et à son expérience dans les communications, elle a été recrutée par Simon Hatem, qui avait fondé l'entreprise en 1998. L'architecte Étienne Bernier s'est joint à eux il y a trois ans à titre de vice-président. «Simon et moi, on a beaucoup d'atomes crochus», mentionne l'homme de 31 ans qui a pris l'initiative de joindre Le Soleil pour cette rencontre.
Ils dirigent cette boîte allumée constituée d'une trentaine de créatifs. «C'est pour eux qu'on se lève chaque matin», confie Ann-France Desmeules.
Leur bureau occupe une ancienne école d'ébénisterie qui était jadis un garage d'autobus, rue Arago, dans la portion sud du quartier Saint-Roch, à Québec. Situé au pied de l'escalier Lavigueur, il présente une devanture blanche et opaque. Impossible de soupçonner ce qui se cache derrière cette paroi qui forme un corridor entre la porte d'entrée et l'immense salle de travail.
Le rez-de-chaussée est si vaste, si haut, qu'on dirait la NASA. C'est à la fois silencieux et dynamique, moderne et audacieux. Des jeunes s'activent sur leurs ordinateurs dans un environnement tout blanc, piqué de formes géométriques et de logos bigarrés. Sur la mezzanine ouverte, d'autres jeunes rattachés au département d'architecture travaillent dans une ambiance amicale et studieuse.
Le design est mystérieux pour ceux qui n'en maîtrisent pas les codes. Mais quand il est réussi, il apaise, il inspire, il énergise.
Les trois patrons ont leurs bureaux à l'étage. L'immeuble étant adossé à la falaise, ils bénéficient d'un contact visuel, au sud, avec ce qui s'apparente à une forêt en pleine ville. L'interminable escalier de bois qui mène au quartier Saint-Jean-Baptiste apparaît en contre-plongée. Un véritable tableau! Au nord, de grandes fenêtres leur permettent d'embrasser du regard le rez-de-chaussée, la mezzanine et leur vaillante équipe.
<p>Des formes géométriques et des logos bigarrés insufflent beaucoup de dynamisme à ce bureau studieux et blanc.</p>
«Communication à 360°»
Ils ont évoqué, en parlant de leur firme et de ses mandats, une «communication à 360°». La configuration de leurs bureaux participe à cette idée de présenter un message d'ouverture, d'innovation et de cohérence.
«Les meubles, les objets, les matières, les mots, l'environnement, tout doit se parler», résume Ann-France Desmeules. L'architecture, le design, le site Web et la marque composent ainsi une «plate-forme» qu'ils ont le défi de bien faire comprendre à leurs clients. Et pour y arriver, ils leur soumettent toujours des «précédents», c'est-à-dire des images de réalisations comparables qui rendent leurs intentions plus concrètes.
Mais pour ceux que les concepts abstraits rebutent, il suffit de comprendre que l'équipe de Hatem+D livrera, pour chacun de ses projets, de la chaleur, de la couleur, du minimalisme, de la personnalité et une certaine «inspiration nordique».
Polyvalence et créativité
Pour les créateurs de Hatem+D, tous les mandats sont valables, qu'ils soient résidentiels, commerciaux ou institutionnels. Ils ont remodelé les bureaux de la station NRJ de la place D'Youville, revu la mise en marché et la personnalité des boutiques Crocs, réaménagé l'espace de l'Office du tourisme, rue Sainte-Anne, en le dotant d'un mur vidéo et de bornes interactives, repensé l'image de marque du bureau montréalais de l'entreprise parisienne eNovence. Voici trois projets architecturaux qui illustrent la polyvalence et la créativité de cette firme.
>> La boutique Pénélope de Place Ste-Foy
Mandats
Pour célébrer les 45 ans de la marque, le propriétaire désirait agrandir son commerce, donner un vent de fraîcheur au design et revoir son image. La prémisse consistait à préserver les vitrines existantes, mais à leur offrir un traitement minimaliste.
Gestes
Les architectes ont créé trois zones distinctes. La zone «montres», de couleur noire; la zone «diamant», de couleur champagne; et la zone «bijoux», de couleur blanche. Un prisme en acrylique agit comme «élément signal». Et une bande noire appliquée à la hauteur du regard fait tout le périmètre de la boutique et offre une niche qui propose un avant-goût des produits en vente à l'intérieur.
Commentaires de l'architecte Étienne Bernier
«C'est un projet que nous n'aurions pas pu faire sans les interventions du client [...]. Pour faire un bon projet, ça prend un bon client. Ça prend un climat qui favorise un dialogue constant et il ne faut pas avoir peur de faire évoluer le projet.»
>> La résidence de Lausanne
Mandat
Rénover un bungalow existant à Charlesbourg. L'ajout d'un étage complet et d'un garage ainsi que la réorganisation des façades ont été pensés avec soin.
Gestes
Pour tirer le maximum de leur terrain, les propriétaires souhaitaient décloisonner l'intérieur afin de le faire respirer, de profiter de la vue sur le boisé et d'optimiser la luminosité naturelle. Un hall a été ajouté. L'architecture des façades, la disposition des ouvertures et les matériaux extérieurs ont été revus. Le bloc principal a été recouvert de bois gris, tandis que le bloc d'accueil horizontal a été paré de bois et de brique noire. Ce jeu de volume simple crée un dynamisme en façade d'une manière sobre et élégante.
Commentaires de l'architecte
«Un projet de résidence personnalisée possède souvent une charge émotive. Notre client était en couple. La vision de l'homme était très contemporaine, alors que celle de sa conjointe était plus traditionnelle. De l'écoute et de la créativité ont été nécessaires pour croiser les visions et parvenir à une solution qui fasse l'unanimité. Je suis très heureux du résultat, et eux aussi!»
>> La Boutik Suisse, avenue Maguire
Mandats
Métamorphoser le lieu en conservant l'image de marque et en respectant le style du bâtiment. Ouvrir l'espace, autrefois cloisonné, et magnifier les divers éléments de bois.
Gestes
Hatem+D Architecture a proposé un concept ouvert et lumineux, aux lignes épurées. Les salles d'essayage se concentrent dans un module central qui disparaît dans l'espace grâce à de grands miroirs. Tout le rangement est dissimulé dans le mobilier installé en périphérie de la boutique, ce qui a permis d'éliminer l'entrepôt (le backstore). Les présentoirs surélevés reposent sur des appuis en plexiglas, d'où l'impression de flottement. La couleur rouge est devenue l'accent principal à travers les éléments blancs, de bois et de béton. Cette rénovation commerciale a valu à Hatem+D un prix spécial de design, fin janvier, dans la catégorie Grande idée à petit budget. «Les créateurs ont su trouver des solutions astucieuses qui maximisent l'espace tout en mettant en valeur les produits», a relevé le jury des Grands Prix du design qui sont décernés chaque année à Montréal.
Commentaires de l'architecte
«Voilà un projet qui nous a permis de mettre en valeur l'architecture existante du commerce. Le avant/après est assez surprenant.»