Habitat 67 fut la première réalisation de l'architecte.
Habitat 67 fut la première réalisation de l'architecte.

Habitat 67: le fruit d'une thèse d'étudiant

Michèle LaFerrière
Michèle LaFerrière
Le Soleil
Le nom de Moshe Safdie est intimement lié à Habitat 67, cet ensemble de logements construits le long du fleuve Saint-Laurent, à Montréal, dans la foulée d'Expo 67.
Habitat 67 fut sa première réalisation. Elle s'appuie sur les idées qu'il avait développées dans sa thèse à l'Université McGill, à Montréal, où il a obtenu son diplôme d'architecte en 1961.
Safdie s'intéressait à l'architecture urbaine de haute densité et il souhaitait construire un ensemble résidentiel à prix réduit grâce à l'emploi d'éléments préfabriqués.
Il s'agit, encore aujourd'hui, d'un design révolutionnaire dans l'histoire de l'architecture.
Habitat 67 est constitué de trois blocs modulaires disposés en quinconce. Ils forment des unités d'habitation à mi-chemin entre l'appartement et la maison individuelle.
Le chantier a débuté en 1965. Il a duré 30 mois.
Les 354 modules en béton préfabriqué ont été produits dans une usine spécialement construite à proximité du site. Ils ont été mis en place à l'aide d'une grue.
L'immeuble compte 158 appartements, de 15 types différents, répartis sur 12 étages. Ils occupent en moyenne deux ou trois modules. Leur structure dégage de vastes terrasses en gradins qui forment des pyramides entrelacées. Chaque appartement bénéficie de trois orientations.
En 2009, Habitat 67 a été classé monument historique, devenant ainsi le premier édifice moderne à obtenir cette reconnaissance du gouvernement du Québec.
«Dans les années 60, on ne pouvait pas imaginer que, 50 ans plus tard, les villes auraient de telles densités», a commenté Moshe Safdie dans sa conférence présentée la semaine dernière au Musée de la civilisation.
<p>Le projet de Chongging, l'une des villes les plus peuplées de Chine. </p>
Une icône revisitée
Il y a quelques années, sa firme «a revisité Habitat 67», mais dans le contexte actuel. Il a fallu «simplifier», pour que ça coûte moins cher, et densifier davantage, en incluant des bureaux et des boutiques dans les niveaux inférieurs.
En Chine, dans la ville de Qinhuangdao, il a conçu le long d'une rivière un projet résidentiel dont la densité est 10 fois plus élevée que celle d'Habitat 67. À Chongging, il a planché sur un complexe de 10 millions de pieds carrés amalgamant logements, bureaux, musées, boutiques, etc. À Singapour, son Sky Habitat propose des jardins privés inouïs et une piscine près du ciel. Ces projets, issus d'Habitat 67, sont tous en cours de construction, ce qui explique les nombreux déplacements de Moshe Safdie dans le monde.
<p>Golden Dream Bay, le projet de Qinhuangdao, en Chine </p>
Aux quatre coins du monde
Entre Israël, Singapour, la Chine, le Canada et les États-Unis, Moshe Safdie mène une carrière internationale depuis ses débuts dans la profession.
En 1970, après Habitat 67, il a ouvert un bureau à Jérusalem afin de s'impliquer dans la reconstruction de la ville. Il était responsable de la restauration de la vieille ville et de l'érection du nouveau centre. Il a aussi dessiné le terminal trois de l'aéroport Ben Gourion, au sud de Tel-Aviv.
Moshe Safdie est né à Haïfa, en Palestine, en juillet 1938. Il s'est installé à Montréal avec sa famille à l'âge de 15 ans. Il a étudié à l'Université McGill, à Montréal, et a enseigné à l'Université Harvard, aux États-Unis.
Sa firme compte aujourd'hui des bureaux à Boston, à Jérusalem, à Singapour et à Toronto. Outre Habitat 67 et le Musée de la civilisation de Québec, le Canada lui doit le Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, l'ancien hôtel de ville d'Ottawa, le deuxième bâtiment du Musée des beaux-arts de Montréal, le Vancouver Library Square et l'aéroport Lester B. Pearson de Toronto.
L'architecte a remporté de nombreux prix. Il a été fait compagnon de l'Ordre du Canada, notamment, et il a reçu la médaille du Mérite 2012 décernée par l'Ordre des architectes du Canada.