Maxime Nolin (à gauche) et Jean-Luc Boily ont fondé Bois d'Antan il y a quatre ans.

Granges d'hier, créations d'aujourd'hui

Jean-Luc Boily et Maxime Nolin gagnent leur vie en démolissant des granges. Leur salaire? Le bois qu'ils récupèrent et qu'ils revendent aux gens qui créent, construisent, rénovent, décorent.
On s'imagine, à tort, que toutes les vieilles granges du Québec sont maintenant réduites en planches, clouées sur nos murs, assemblées en meubles. Eh bien non. «Dans certaines régions, il y en a encore en abondance», soutient Jean-Luc Boily, 31 ans, copropriétaire de l'entreprise Bois d'Antan, à Saint-Raymond, avec Maxime Nolin, 35 ans. «On est deux anciens du forage dans le Nord, poursuit-il. On cherchait de l'or. 
Mais ni l'un ni l'autre, on n'aimait passer la moitié de notre vie loin de la maison.»
Il y a quatre ans, ils ont fondé Bois d'Antan, forts du constat que le Québec recelait beaucoup de constructions de bois en désuétude. «Les activités agricoles tendent à se concentrer, explique Jean-Luc Boily. Les agriculteurs veulent des granges à aire ouverte avec des plafonds hauts.» Leurs vieilles granges sont devenues inutiles. «On est la solution», affirme le jeune homme.
Le matériau apporte beaucoup de chaleur à ce salon de coiffure.
À deux ou trois gars, ils démolissent entre 12 et 15 granges par année, à raison de «deux, trois semaines» de travail pour chacune d'elles. Ils débarrassent le paysage d'une structure qui ne sert plus, en offrant leur service de démolition gratuitement, en échange du bois. «On nettoie aussi le terrain», ajoute Jean-Luc Boily.
Les démolisseurs se préoccupent de préserver les belles planches. En général, ils «jettent le bâtiment à terre». Le toit, souvent la section «la plus pourrie», s'ouvre en deux. Les parois sont déconstruites planche par planche.
Nettoyage
À ce stade, la moitié de leur travail est fait. Reste le «conditionnement», soit le nettoyage du bois. «Sans produits», assure Jean-Luc. Il le fait souvent à la main, armé d'une simple brosse. Mais Bois d'Antan est maintenant équipé d'une machine à brosse d'acier qui maximise la récupération. Elle est efficace pour retirer la chaux, par exemple. 
«On veut s'automatiser de plus en plus», glisse-t-il. Ainsi, l'entreprise sera-t-elle dotée, d'ici trois semaines, d'un «moulin à scie à l'ancienne» qui permettra un meilleur taux de récupération, notamment avec les planches pourries sur lesquelles il reste toujours du bois sain. D'une longueur de 40 pieds, le chariot va et vient, avec le bois, à la rencontre de la scie ronde d'un diamètre de 42 pouces.
Cet appartement illustre les possibilités offertes par le bois récupéré.
Une grange démolie fournit des planches grises (celles de l'extérieur, qui ont vieilli avec les intempéries), des planches brunes (celles de l'intérieur, qui étaient souvent superposées en deux ou trois couches) et des poutres. Elles trouvent preneurs auprès des ébénistes, des artisans, des designers et des fabricants de meubles. Bois d'Antan est le «fournisseur exclusif» du magasin L'Usine. Il approvisionne aussi le Groupe Blanchette, qui a investi dans l'entreprise et qui utilise son bois pour rénover ses restaurants et ses commerces.
Les deux partenaires ont décidé de développer le créneau de «fournisseur de bois» et de faire moins de transformation. Ils ont fort à faire au rayon de la démolition dans la Beauce, Portneuf, Bellechasse, au Saguenay-Lac-Saint-Jean (région d'origine de Jean-Luc) et même en Gaspésie. 
Et comment trouvent-ils leurs granges? Grâce au bouche-à-oreille et grâce à des gens qui arpentent les campagnes ou qui naviguent sur Internet pour eux. 
Info : boisdantan.ca