Génération marteau: des jeunes bien outillés

Raphaëlle Plante
Raphaëlle Plante
Le Soleil
Décorer sa chambre, réparer un trou dans un mur, changer une poignée de porte ou installer du papier peint… autant de choses que les jeunes sont capables de faire, avec des instructions et un peu de persévérance. Ce sont ces connaissances que la spécialiste des rénos Stéphanie Lévesque veut transmettre aux enfants et aux ados pour les mener à l’autonomie manuelle.

L’ébéniste et entrepreneure générale vient de lancer Génération marteau, un ouvrage destiné aux jeunes de 7 à 18 ans, mais aussi à leurs parents pour les assister dans leurs réalisations. Elle a rassemblé une équipe de cobayes — à commencer par son fils Élian, 9 ans — pour voir quels genres de projets les allument, quels outils ils sont à l’aise d’utiliser. «J’ai consulté des enfants de mes amis, des ados. Je les challengeais

Celle qui a acquis très tôt sa propre autonomie manuelle se considère chanceuse d’avoir hérité des connaissances de son père. Et c’est en observant son fils dans son atelier que l’idée de ce livre lui est venue. «Élian vient avec moi à l’atelier depuis qu’il est bébé. Quand il rentre, il met toujours la main sur quelque chose. Il veut couper des tuyaux de cuivre, prendre le marteau, mais il ne va pas rester longtemps devant un projet si je ne l’accompagne pas. Et je me suis aperçue qu’il fallait que le projet soit quand même assez court. Mais si ça vient de lui, que c’est quelque chose qu’il a vu ou qu’il est allumé par une idée, alors là je peux soutirer un peu plus de son temps», indique Stéphanie.

Génération marteau rassemble près d’une quarantaine de projets originaux, qu’ils soient plus créatifs ou pratico-pratiques, répartis en quatre sections selon l’âge des jeunes : Apprendre la base (7 à 9 ans), Explorer (10 à 12 ans), S’identifier (13 à 15 ans) et Installe-toi (16 à 18 ans). On y présente aussi plus d’une vingtaine d’outils — certains à utiliser sous la supervision d’un adulte — de même que des guides sur la peinture et la pose de papier peint. L’autrice propose même une recette de peinture à la farine pour initier sans crainte les tout-petits : «C’est une peinture aux doigts, pour le bricolage, et ce n’est pas grave si un enfant en met dans sa bouche parce que ça ne contient que des produits alimentaires. Mais ce n’est pas fait pour mettre sur les murs!» prévient-elle.

Stéphanie Lévesque se considère chanceuse d’avoir hérité des connaissances de son père, et c’est à son tour de les transmettre à une nouvelle génération.

Accompagnement

Pour qu’un enfant développe son autonomie manuelle, il faut d’abord qu’il soit accompagné. «Le parent, il faut qu’il aime un petit peu le travail manuel. S’il n’aime pas ça du tout, ça part mal, reconnaît Stéphanie Lévesque. Ma vision n’est pas de prétendre que le jeune va prendre le livre et qu’il va tout faire. Le parent a sa mission là-dedans et je peux comprendre qu’il y en a qui n’aiment pas la réno et c’est correct.»

Aux jeunes, l’ébéniste de formation rappelle l’importance d’essayer et de ne pas se décourager si le résultat d’un projet n’est pas celui espéré. «C’est possible que ça ne soit pas exactement comme ce que tu as vu sur Pinterest ou Instagram. L’important, c’est que tu essaies et que tu comprennes par après où tu as fait tes erreurs, sans nécessairement conclure : “Je suis poche”.»

Celle qui a déjà signé deux guides de rénovations — Steph bricole en 2012, Réussir ses rénos en 2015 — n’a pas la prétention de former de futurs menuisiers-charpentiers ou ingénieurs en structure. «Ce n’est pas parce que tu aimes faire du bricolage et que tu aimes fabriquer des petits trucs que, automatiquement, tu vas faire ça de ta vie! Mais peut-être que ça va devenir ton hobby et que peu importe le métier que tu fais, tu pourras transformer ton environnement et ne pas attendre après quelqu’un d’autre pour installer tes rideaux ou réparer un trou dans le mur.»


« À partir du moment où tu penses quelque chose dans ta tête, puis que tu le dessines sur un papier, ça devient de plus en plus réel… mais imagine quand tu peux le fabriquer de tes mains! C’est là que la magie opère »
Stéphanie Lévesque

Créativité

S’il y a une grande qualité que Stéphanie Lévesque reconnaît chez les enfants, c’est leur créativité. Une qualité de taille lorsqu’on fait du travail manuel. «À partir du moment où tu penses quelque chose dans ta tête, puis que tu le dessines sur un papier, ça devient de plus en plus réel… mais imagine quand tu peux le fabriquer de tes mains! C’est là que la magie opère.

«Pour moi, en ébénisterie, c’était exactement ça : j’avais un projet dans la tête, je le mettais sur papier et le dessin était affreux, mais quand je le réalisais en trois dimensions… c’est fou ce que ça fait comme effet! Une journée de travaux manuels c’est tangible, ça se voit», souligne la native de Rimouski, qui a vécu plusieurs années à Québec avant de s’installer à Montréal.

En plus d’enseigner les techniques de base de la rénovation au grand public, Stéphanie Lévesque est aussi chroniqueuse dans plusieurs médias et poursuit des études au certificat en gestion de la construction à l’École des technologies supérieures de Montréal. Elle confie qu’elle explore aussi l’idée de lancer des ateliers pour les enfants. «Je suis convaincue que ça va fonctionner.»

Pour suivre ses projets : stephanielevesque.ca

Stéphanie Lévesque, <em>Génération marteau – En route vers l’autonomie manuelle</em>, Éditions La Presse 176 pages, 34,95 $

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QUELQUES OUTILS POUR COMMENCER 

Pour commencer à équiper son enfant, sa nièce ou son filleul, que conseille la spécialiste des rénos? Voici quelques suggestions qui pourraient fort bien se retrouver sous le sapin!

› On s’attendait à ce que Stéphanie Lévesque mentionne d’emblée le marteau, mais c’est plutôt le fusil à colle chaude qui lui vient d’abord en tête «Si tu veux des résultats, c’est un incontournable! Il te permet de faire tellement de choses, il va t’amener à faire des bricolages, mais à un autre niveau. Ça fait toute la différence!»

› L’Exacto est aussi un outil de base à avoir sous la main pour tailler, gratter et couper, mais ce couteau à lame rétractable doit être manipulé par quelqu’un qui est quand même assez à l’aise, prévient Stéphanie, qui note aussi l’importance du «fameux» couteau universel.

› Le ruban à mesurer permet de repérer les chiffres et de comprendre les unités de mesure, divisées en fractions. S’il est possible de trouver des rubans à mesurer en centimètres, l’autrice de Génération marteau indique qu’ils sont généralement gradués en pouces, car c’est l’unité de mesure utilisée en construction. «Il y en a qui ne sont pas chers, et ce n’est pas nécessaire qu’il soit très long.»

› Quant au marteau et au tournevis, «évidemment, t’as pas le choix d’en avoir», souligne Stéphanie, sans pour autant prendre pour acquis que chaque foyer en détient. Elle suggère un tournevis à embouts multiples, ainsi qu’un marteau plus compact et pas trop lourd pour les jeunes. «Mais il faut faire attention : un marteau trop léger manquera de force de frappe.»

› Et aussi à ne pas négliger : une bonne paire de ciseaux, «pas celle du Dollorama qui ne coupe pas!» lance-t-elle en riant.

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MON BEAU SAPIN

Génération marteau rassemble une foule de projets originaux. Pour les Fêtes, on propose aux jeunes de 13 à 15 ans cette décoration de Noël toute simple : «Un sapin, c’est à la fois sobre et très symbolique. Tu peux lui donner la forme que tu souhaites.»

Outils, matériaux et quincaillerie

  • carton double cannelure ou bois très mince (si tu as une scie sauteuse et la permission de l’utiliser sous la supervision d’un adulte)
  • Exacto
  • peinture et pinceau pour la déco
Le modèle de la photo est fabriqué avec du bois très mince. Les entailles ont été faites à la scie sauteuse par un adulte.

Préparation

  • Fais un dessin de ton sapin (voir le modèle proposé). Reporte-le sur le carton ou le bois.
  • Si tu veux peinturer ton sapin, fais-le avant de le découper. Tu feras des retouches après.
  • Prépare les décorations pour ton sapin.

Astuces, trucs et idées

  • Trouve du carton solide (celui à double cannelure est parfait). Il ne doit pas avoir été plié ni avoir absorbé d’humidité.
  • Tu peux faire un sapin en 2 dimensions, mais c’est plus chouette en 3 dimensions.
Modèle de sapin proposé

Étapes

  1. Trace ton modèle sur le carton.
  2. Inspire-toi du modèle pour dessiner ton sapin. Taille deux sapins.
  3. Pour pouvoir emboîter les deux pièces l’une dans l’autre, il faut faire une entaille au milieu de chacune. Fais une entaille à partir du bas jusqu’au milieu du premier sapin. Puis, dans le second sapin, fais une entaille à partir du haut jusqu’au milieu. Mesure bien le centre de chaque sapin, sinon les pièces ne s’emboîteront pas parfaitement.
  4. Assemble ton sapin.